SCÈNE XIII
Les mêmes , MATHIEU MAGIS , DON RAMON.
MATHIEU MAGIS
Je vous amène don Ramon , sans l'avis duquel je ne veux plus rien faire.
don ramon, à FoYilanarès.
Monsieur, je suis ravi d'entrer en relations avec un homme de votre science. A nous deux , nous pourrons porter votre découverte à sa plus haute perfection.
Monsieur connaît la mécanique, la balistique, les mathématiques, la dioptrique, catoptrique, statique... stique.
DON RAMON
J'ai fait des traités assez estimés.
En latin?
DON RAMON
En espagnol.
Les vrais savants, monsieur, n'écrivent qu'en latin. Il y a du danger à vulgariser la science. Savez-vous le latin?
DON RAMON
Oui, monsieur.
Eh bien! tant mieux pour vous.
FONTANARÈS.
Monsieur, je révère le nom que vous vous êtes fait; mais il y a trop de dangers à courir dans mon entreprise pour que je vous accepte : je risque ma tête, et la vôtre me semble trop précieuse.
DON RAMON
Croyez-vous donc, monsieur, pouvoir vous passer de don Ramon qui fait autorité dans la science ?
Don Ramon? le fameux don Ramon qui a donné les raisons de tant de phénomènes qui, jusqu'ici, se permettaient d'avoir lieu sans raison.
DON RAMON
Lui-même.
Je suis Fontanaresi, le directeur de l'arsenal de la république de Venise, et grand-père de notre inventeur. Mon enfant, vous pouvez vous fier à monsieur; dans sa position, Il ne saurait vous tendre un piège : nous allons tout lui dire.
DON RAMON
Ah ! je vais donc tout savoir.
FONTANARÈS.
Comment?
Laissez-moi lui donner une leçon de mathématiques, ça ne peut pas lui faire du bien, mais ça ne vous fera pas de mal. [A don Ramon.) Tenez, approchez... (Il montre les pièces de la machine.) Tout cela ne siguifie rien, pour les savants, la grande chose...
DON RAMON
La grande chose?
C'est le problème en lui-même. Vous savez la raison qui fait monter les nuages?
DON RAMON
Je les crois plus légers que l'air.
Du tout! ils sont aussi pesants, puisque l'eau finit par se laisser tomber comme une sotte. Je n'aime pas l'eau, et vous ?
DON RAMON
Je la respecte.
Nous sommes faits pour nous entendre. Les nuages montent autant, parce qu'ils sont en vapeur, qu'attirés par la force du froid qui est en haut.