D'VN AVEVGLE PORTANT SVR SON DOS VN ESTROPIE
Ainsi de deux moitiés se fait vn homme entier L'vn porte, et l'autre montre à suiure le sentier. Nature n'ayant pu vaincre tous les obstacles. Qu'elle trouua au moment qu'vne mère conçoit. Fait que sur deux défauts attachant deux miracles, Qu'vn estropié marche, et qu'vn aueugle voit.
PLAINTE AMOVREVSE.
O amour! ô destin! qui gouuernés mon sort Ne serés-vous iamais ensemble bien d'accord "r Traistre destin, vous n'estes qu'vn barbare De desunir ceux que l'amour a ioints ' Mais, vous. Amour, vous ne Testes pas moins, D'oser unir ce que le ciel sépare?
AMOVR RAISONNABLE.
le hay tous ces galans, dont la caiollerie,
Sent touiours la voirie!
Ils ne parlent qu'en bière, et croient animer : Lisis si d'vn corps mort vous étiés mieux seruie, Tout aussi bien comme eux, ie m'osterois la vie, Mais on ne peut mourir, sans vous cesser d'aymer. Qu'ainsi ieviue donc des siècles sans mesure.
O Dieux qui réglés nostre sort.
Bien loin de souhaitter la mort, Afin que mon Amour éternellement dure !
AMOVR INGVRABLE.
Damon ie viens de lire auec contentement
Les vers que tu m'écris, pour guérir mon tourment,
Par là, ie connois que ma flamme
A brûlé iusques dans ton ame,
Et que ta fidèle amitié
En a conceu quelque pitié.
Ta grâce en raisonnant ne chante que merueille. Mais pardon si pourtant i'y fais la sourde oreille. Tu dis que la vertu dompte la passion. Mais hélas! que peut-elle, où fut l'affection r Que la suitte du temps insensiblement aide, Mais on meurt bien souuent attendant ce remède :
6o Les Restes
Tes forts conseils enfin montent à la rigueur, Que ie triomphe en Parthe, et que bien loin ie
[quitte Vn obiet dont la veue à l'aimer sollicite, Maison ne sçauroit fuir, ce que l'on porte au cœur.
AMOVR INEVITABLE.
O Loy, qu'vn ignorant vulgaire nomme humaine Dont la peine est d'oster le iour, A qui pour autre a de l'amour Qu'aux yeux des clairuoyans, tu parois inhumaine ? Si de pécher il est si naturel icy, Et de ne pécher pas, pourtant si nécessaire, O nature imparfaite, à la loy trop contraire O loy contre nature iniurieuse aussi!
VENGEANCE AMOVREVSE.
Av gré des mouuements d'vne ardeur insensée, Thirsis tu veus auoir raison de ma rigueur, Mais approche, etviens lire au fond de ma pensée. Rien ne te vange mieux, que ta propre douleur,
Si ie t'appelle enfin mon ame Comme tu Tes malgré les obstacles du sort,
Le feu qui te brûle est ma flaine.
Et i'en ressens hélas ! bien mieux que toy l'effort;
de la Guerre d'Estampes. 6i
La gloire de souffrir est à toy seul sans peines, Ton cœur à mes despens forme mille soupirs, Et ces pleurs dont tes yeux arrosent tes désirs, Cruel, ne sont-ce pas le pur sang de mes veines ?