‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 25 sur 80 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

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2e SÉRIE

ment. Il suffira pour le moment de remarquer que l'écriture de l'appariteur a été fortement surestimée par tous les gra-

phologues sans exception : c'est la preuve qu'une personne peut avoir moins d'intelligence que son écriture.

Le cas inverse se présente aussi.

3 et 3 bis. — Je vais m'étendre un peu longuement sur ce couple et citer in extenso les examens qui en ont été faits. Le 3 (fig. 20) est l'écriture d'un petit magistrat de province, intelligence ordinaire, esprit sans originalité, sans curiosité,

Fig. 20. — La banalité d'une intelligence très moyenne se lit clairement dans cette écriture.

quelque chose de gris et de terne. Le 3 bis (fig. 21) est celle de Henner, le grand peintre. Leurs deux manifestations graphiques ont toujours été bien jugées; sans aucune exception les graphologues ont accordé la préférence à Henner. Voici par exemple la solution de M. Crépieux-Jamin :

3 (Le petit magistrat). — Intelligence moyenne, sans qualités ni relief. Plus de culture que de jugement. Intelligence 30.

3 bis (Henner). — Très supérieur au précédent par une activité mentale énorme, avec une belle imagination et une culture très grande. Intelligence 50.

L'ordre de préférence est exact, et la différence considéra-

ble des deux intelligences me paraît bien perçue. L'explication est brève, car je l'ai demandée brève. A un second envoi, M. Crépieux-Jamin donne, sur ma demande, une longue et

Fig. 21. — Un mot aimable de J. J. Henner, le grand peintre.

très intéressante justification graphologique. Je la transcris entièrement :

3 (Le magistrat). — Écriture montante, ardeur.

Écriture assez rapide, (montant avec des liaisons et simplifications en vue d'accélérer le mouvement graphique) ; activité moyenne.

Ecriture inégale de dimensions, de direction, de continuité; sensibilité intellectuelle assez vive.

Ecriture claire ; clarté d'esprit.

Ecriture abrégée et modifiée, culture d'esprit.

Voilà pour les qualités : Mais, d'autre part,

Ecriture sans caractère, sans relief, sans tenue, sans netteté ; esprit faible.

Ecriture surhaussée, ornée et élargie, (dans l'espèce L surhaussée, enroulé, M et B élargis), indices d'orgueil non systématisés, comme chez les médiocres, avec des allures déplacées.

Nous avons donc d'une part une activité, une sensibilité, une clarté et une culture moyennes qui valent 35, d'autre part des marques de volonté faible qui appartiennent aux médiocres et valent 25. J'ai balancé le compte par 30 qui, en somme, indique bien la virtualité du personnage. Mais c'est un chiffre faible pour exprimer sa faculté de comprendre.

3 bis (Henner) :

Ecriture espacée; esprit clair.

— rapide, activité.

— montante, ardeur.

— pâteuse, tempérament fougueux.

— très inégale de direction et de dimensions ; sensi-

bilité intellectuelle très vive.

— mouvementée, imagination.

— simplifiée et modifiée, culture d'esprit.

Tous ces signes sont harmonieusement unis et sont la manifestation d'une très belle intelligence, avec des vues originales et puissantes. Le d enroulé (sur l'enveloppe) est un petit indice de prétention sans importance dans un tel milieu de qualités.

M. Vie, dans son premier envoi, m'annonçait simplement sa préférence pour le 3 bis. Après son travail de revision, il justifie ou plutôt corrige sa première appréciation x .

3 (le petit magistrat). — Clarté d'esprit (1), précision (6), réflexion (3), finesse (11), originalité (15), sagacité (10), naturel (23), assimilation (43), distinction (24, 32) — Révélations dignes d'un rang élevé dans la moyenne intellectuelle.

3 bis. (M. Henner). — Cette écriture, formée sans goût et sans soin, avec une plume d'oie émoussée, laisse cependant transparaître de l'originalité (15), de l'imagination (45), de la spontanéité (19); mais par maints endroits elle échappe à l'analyse. Je l'ai classée, par impression, au-dessus du n° 3; à seconde vue, c'est un mauvais document, qui aurait dû me commander l'abstention.

M. Humbert est resté sobre de développements les deux fois.

Le n° 3 est peu original, peu actif, peu distingué. Le n° 3 bis a toutes ces facultés.

i. Les numéros indiqués dans le texte d'une analyse graphologique, renvoient au tableau de M. Vie, que nous avons publié à la fin du chapitre pi'écédent.

M. Paulhan. Premier jugement :

3 bis (M. Henner).— Intelligence vive, active, sensible et assez décidée, simple et cultivée, plus forte que subtile. (Réserves sur ce dernier point, à cause de la plume (d'oie probablement) employée.)

3 (le petit magistrat).— Esprit distingué, cultivé et actif. Il parait assez hésitant, et je trouve à ce sujet des différences sensibles entre l'enveloppe et la lettre. Sont-elles dues à des différences de date, et d'âge par conséquent, ou bien à la différence de fonction de l'adresse et du corps de la lettre? Je ne puis guère le décider. Il pourrait y avoir eu un développement réel si l'enveloppe est antérieure, un affaiblissement si elle est postérieure. Si elle est de la même époque que la lettre, on pourrait peut-être conclure que la personne n° 3 est, dans ses rapports avec les autres, hésitante, prudente, timide, ou influençable.

A la revision :

3 bis (Henner) :

54 écriture rapide, et )

„n . . t Activité.

50 un peu montante )

15 simplifiée Culture d'esprit.

très irrégulière Sensibilité intellectuelle.

39 appuyée Force? et décision? (influence possible de la qualité de la plume).

Quelques formes peu harmoniques. L'écriture trop appuyée et même pâteuse, l'irrégularité des barres des t, un certain manque de netteté et d'ordre empêchent de donner une cote plus élevée que 42 (et même, c'est peut-être une cote trop élevée) mais il faut tenir compte de la plume probablement employée.

3 (Le petit magistrat) :

6 écriture assez nette et 7 ordinaire Netteté d'esprit.

50 ascendante dans quelques

lignes Activité (pas très régulière).

15 quelques simplifications, irrégularités de hauteur .... Culture, distinction, sensibilité. 53 écriture très hésitante (sur

l'enveloppe) Hésitation? timidité?

Les caractères de simplification, de liberté d'allures, les mouvements variés du n° 3 bis frappent d'abord et font conclure à une certaine supériorité par rapport au n° 3. Celui-ci reste dans les supérieurs (cote 37), mais il est déprécié d'emblée par certaines formes inharmoniques et recherchées et hésitantes à la fois des lettres de l'adresse, par l'aspect moins personnel et moins original de l'écriture.

Mme de Salberg :

3 bis (Henner). — L'ensemble et l'allure générale de l'écrit révèlent un homme cultivé, doué d'rine ^conception prompte, d'une intelligence

brillante. La direction sinueuse des lignes montre une grande souplesse d'esprit.

Le n° 3 (Le petit magistrat) est l'écriture d'une personne âgée ayant également l'intelligence ouverte, beaucoup d'intuition, des sentiments très idéalistes marqués, mais inférieure au n° 3 bis par un degré de culture en moins, par conséquent plus d'intelligence native que d'intelligence acquise.

M. Eloy, spontanément, m'a envoyé la minutieuse documentation de tous ses jugements, et je lui suis très reconnaissant du grand travail qu'il a entrepris. Voici ce qui concerne Henner et le petit magistrat.

3 (Le magistrat) (2 documents). — Activité très faible (écriture lente quoique un peu montante). — Sensibilité assez vive (écriture inégale de dimensions, écriture inclinée). — Simplicité (écriture naturelle). — Modération faible (barres des t montantes, lignes montantes).— Distinction moyenne (formes des majuscules inharmoniques). — Imagination très faible (peu de mouvement, lenteur de l'écriture). — Réflexion bonne (ponctuation assez soignée et judicieuse). — Clarté d'esprit (écriture bien lisible). — Culture faible (très peu de simplifications).

Soit intelligence très ordinaire.

3 bis (Henner) (2 documents). — Activité moyenne (écriture assez rapide quoique très empâtée). — Sensibilité assez grande (inégalités de direction, écriture inclinée). — Simplicité bonne (écriture spontanée, peu de traits inutiles). — Modération très faible (écriture grossissante, barres des t longues et fortes, empâtements). — Distinction plus apparente que réelle (formes assez gracieuses, mais empâtements boueux ; disposition peu gracieuse de la première ligne « cher monsieur Rinet »). — Imagination nulle (aucun signe d'imagination). — Réflexion très faible. — Clarté d'esprit assez bonne (espacement des lignes et des mots qui rendent lisible cette écriture, malgré ses empâtements boueux). — Culture d'esprit bonne (simplifications de formes).

Soit intelligence bonne malgré certains obscurcissements. Donc n°3 bis supérieur à n° 3.

Mme Ernest Forichon :

3 bis (Henner). — On peut le définir ainsi : un ours qui serait quelqu'un. Un ours sensible, pensant, mais maladroit à formuler sa pensée dans des phrases, un ours qui ne sera jamais dégrossi, parce qu'il se complaît dans sa lourdeur. Dieu nous garde de ses mots d'esprit! Il a du mouvement, de la force, de la douceur, de la clarté, sans netteté, par exemple. Le point de vue sensuel domine dans l'orientation des idées. Cote 41.

3 (Le magistrat). — Une de ces intelligences moyennes qui constituent le fond de la bourgeoisie cultivée. Un ensemble assez équilibré de plusieurs dons, sensibilité, finesse, clarté. Rien de supérieur. Cote 32.

Je crois que cette série d'esquisses intéressera tous leslec-

teurs et surtout les graphologues. Chacun y verra un peu comment ses collègues opèrent.

Notons que j'ai choisi deux spécimens d'écriture sur lesquels l'accord s'est fait à l'unanimité, ce qui n'est pas la règle. J'entends accord sur la hiérarchie intellectuelle des deux personnes. Or, malgré ces conditions si favorables, je suis frappé des divergences : elles sout nombreuses, et portent non seulement sur les interprétations de signes, mais sur leur existence même. D'abord, certains graphologues insistent

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Fig. 22. — Adresse écrite par Jules Simon. Plusieurs graphologues prétendent que l'écriture de V adresse est révélatrice d'une belle intelligence; le corps de la lettre serait bien moins significatif.

sur un signe, et d'autres le passent sous silence, ce qui donne déjà une orientation différente à l'interprétation ; puis certains signes sont affirmés par les uns et niés par les autres. M. Eloy refuse l'imagination à l'écriture du 3 bis, et M. Vie la lui accorde largement. Il y a aussi plus d'une divergence sur l'écriture montante. En ce qui concerne l'interprétation des signes, on discerne bien des méthodes différentes : une revue analytique est dans le procédé de M. Eloy, tandis que M. Grépieux-Jamin s'élève vite à la synthèse ; parmi cette série de synthèses qu'on nous sert, je n'en vois pas deux d'identiques. Enfin, quelques-uns, comme Mme Forichon, ne se contentent pas d'une synthèse abstraite de qualités, ils vont plus loin, ils font une sorte de personnification ; cest bien plus intéressant, ça devient littéraire vivant... et très audacieux.

J'ai vu, dans plusieurs autres portraits d'après l'écriture qu'on m'a envoyés, ce travail de personnification ; on attri-

buait par exemple une écriture à un vieux militaire en

retraite, une autre à un juge grincheux, une troisième à

moi ... quand j'avais vingt ans. Ah ! que tout cela était faux !

9 et 9 bis. Jules Simon, l'homme d'État, et un petit pro-

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Fier. 23. — Lettre de Jules Simon.

fesseur de collège, esprit soigneux et étroit. C'est encore une comparaison qui doit être facile, car personne ne s'y est trompé. Les uns ont déclaré géniale l'écriture de Jules Simon; d'autres ont été plus sévères, ainsi M. Vie écrit :

9 fris (J. Simon). — Est d'un tracé bien vulgaire, mais où les idiotismes de forme, très nombreux, ont beaucoup de relief *.

1 . Intéressante remarque de M. Crépieux-Jamin : « M. Vie n'a pas tout à fait tort, mais l'enveloppe était révélatrice d'une très belle écriture. Sans l'enveloppe, il y aurait eu des erreurs, peut-être de moi-même, et il eût fallu en accuser... l'expérimen-

M. Éloy est plus élogieux :

9 bis (J. Simon). — Activité forte et puissante. C'est l'écriture d'un vieillard et elle a une allure rapide et ascendante ; le paraphe est celui d'un homme d'action, les renflements de beaucoup de lettres indiquent un grand vitalisme, je pourrais m'arrêter là pour l'étude de cette écriture, car par son activité, cette composante si importante de l'intelligence, elle dénote une supériorité assez grande sur le n° 9. Néanmoins j'indique sommairement mon appréciation des autres composantes : Sensibilité vive et forte; — simplicité, — modération très bonne et sans contrainte; distinction fine et originale ; — imagination active, mais bien réglée, et cela tout naturellement; réflexion puissante, facilité pour approfondir un sujet quel qu'il soit; — clarté et originalité de l'esprit; — grande et riche culture intellectuelle.

18 et 18 bis. — Victorien Sardou et un commerçant lourdaud.

Aucune erreur. L'écriture de Sardou est préférée par tous. Préférée, mais pas toujours bien jugée. Voici par exemple la note de Mme Forichon :

18 bis (Sardou). — Intelligence assimilatrice, qui comprend plus clairement qu'elle ne rend nettement ; parce qu'il y a de la mollesse dans le tempérament. L'activité est suffisante néanmoins, la culture est soignée. Il y a un ensemble assez harmonieux de qualités. Cote 39.

On ne reconnaît guère Sardou dans les lignes précédentes. La cote 39, — même pas de talent ! — est d'une faiblesse indiscutable. Culture soignée pour ce passionné d'érudition qui a tout vu, tout su, tout pénétré, n'est pas très juste. Le défaut de netteté du rendu étonne. Mais ce qu'il y a de plus remarquablement faux, c'est d'accuser de mollesse, d'activité suffisante néanmoins cet homme-poudre, qui garde à 75 ans une activité créatrice merveilleuse. Je m'empresse d'ajouter que C'est par hasard que j'emprunte à Mme Forichon ce portrait défectueux. Cette dame en a composé beaucoup d'autres qui sont très finement exacts, et que malheureusement je ne puis pas publier, par discrétion.

tateur qui nous documentait mal. On ne peut cependant pas juger Jules Simon sur un document pareil, et c'est merveilleux, entièrement à la louange de la graphologie, qu'on puisse rectifier son jugement avec un si petit second document. » C'est très curieux ; mais remarquons combien les observations de ce genre pourraient devenir dangereuses pour le contrôle. En adoptant le point de vue de M. Crépieux-Jamin, le graphologue aurait toujours raison : s'il trouve J. Simon supérieur, c'est l'enveloppe qui lui donne raison ; et s'il le trouve médiocre, c'est le corps de la lettre. M. Crépieux-Jamin ne. m'en voudra pas de lui faire remarquer que ceci, c'est la méthode et la morale des tours de prestidigitation.

Binet. — Ecriture. 6

M. Humbert, mieux inspiré, écrit :

18 bis (Sardou). — Me parait doué d'une intelligence tout à fait supérieure. Grande originalité, grande activité cérébrale, imagination créatrice, délicatesse, aptitudes artistiques.

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Fig. 24. — les pattes de mouche de Victorien Sardou rayonnent d'intelligence.

Toutes ces épithètes s'appliquent, très justement, sauf peut-être celle de délicatesse, qui aurait besoin d'être précisée, car elle est un peu obscure.

Je dois dire, à propos de l'écriture des 18 et 18 bis que j'ai tendu un piège à M. Humbert. Je lui ai demandé de m'expliquer graphologiquement pourquoi le 18 (le commerçant lourdaud) est supérieur au 18 bis (V. Sardou) ce qui est manifestement faux. M. Humbert a un peu résisté à ma suggestion, car il commence sa réponse par ces mots :

Il n'est pas possible de découvrir a priori cette supériorité. Mais celle-ci connue d'autre part, la graphologie permet de l'expliquer aisément.

J'avoue que l'accouplement de ces deux phrases me rend très perplexe. La graphologie expliquerait donc ce qu'elle ne démontre pas. Elle serait d'une souplesse inquiétante. L'auteur continue en cherchant à expliquer comme quoi l'écriture du 18 bis (le commerçant lourdaud) est moins bête qu'elle en a l'air; je ne transcris pas le passage, qui serait peu compréhensible, puisque, pour des raisons de discrétion, je ne publie pas l'écriture. Je dirai seulement que le biais trouvé par M. Humbert est de supposer chez le 18 une influence morbide, un déséquilibrera ent, qui explique la

plupart de ses défauts d'écriture. Je termine par ce portrait tout a fait flatteur... « On obtient comme résultante un esprit puissant, d'une très grande finesse, produisant des choses légères et aériennes, d'une délicatesse exquise de sentiment. » L'expert aborde ensuite le 18 bis (Sardou) et il débute ainsi : « Pour le 18 bis, je me suis laissé enthousiasmer par la grâce et l'harmonie de l'écriture, et je n'ai pas examiné à fond les autres caractères intellectuels. Il s'agit évidemment (!) d'un grand peintre, et non d'un littérateur,

Ut

Fig. 25. — Un avisé commerçant a tracé ces quelques lignes.

car la considération de l'imprimeur ne joue aucun rôle dans la formation des tracés. »

Ici, malgré l'imprudence de Y évidemment, M. Humbert a assez bien résisté à ma suggestion, et n'a point trop diminué Sardou ; il lui reconnaît une originalité puissante, le sens esthétique ; l'activité, la clarté, la modération, la simplicité ; malheureusement, il lui reconnaît aussi une volonté très faible, de l'imprécision et de l'utopie.

7 et 7 bis. — M. Marey (fig. 26) et un commerçant d'une intelligence avisée et moyenne (fig. 25). Presque toujours la comparaison a été bien faite. Peut-être a-t-elle été aidée. L'écriture du commerçant m'avait paru très commerciale, M. Crépieux-Jamin trouve que non.

M. Eloy me paraît l'avoir bien analysée.

7 bis (le commerçant). — Activité faible. C'est une écriture très rapidement tracée, mais ce n'est pas une écriture rapide. Bien des

employés de commerce écrivent très vivement leurs lettres qui ne sont la plupart du temps que des formules; mais sans aucune activité intellectuelle (Écriture monotone, aux lettres trop éloignées les unes des autres dans chaque mot), — sensibilité intellectuelle très faible (Écriture égale et d'un mouvement machinal : presque toutes les lettres sont liées sans qu'il y ait puissance de déduction), — simplicité intellectuelle douteuse; insuffisance si l'on veut, mais finasserie. (Écriture simple, aux formes de convention ; paraphe bien compliqué; mots filiformes), — modération. — C'est le calme intellectuel, la monotonie (lignes horizontales

Fig. 26. — M. Marey, un des esprits les plus fins, les plus ingénieux, les plus originaux qui se sdient produits dans les sciences.

et égales, d'un mouvement tout automatique). — Distinction bien faible, terre à terre intellectuel (formes et disposition bonnes par l'habitude, mais sans originalité aucune, c'est assez peu distingué de nommer celui à qui on écrit; cela est d'un usage devenu obligatoire pour la lettre d'affaires que l'on copie à la presse; c'est mal porté dans une lettre où il est parlé d'affaires, c'est vrai, mais qui débute par a Cher Monsieur » et faisant mémoire de famille, se termine par « bonnes amitiés »), — imagination nulle. (Écriture monotone, sans vie, presque calligraphique), — réflexion sérieuse, pratique, bonne pour certaines choses, mais impuissante en dehors des habitudes. (Bonne ponctuation, exactitude et soins des détails; mais manque de sobriété et surtout d'originalité. Encore une fois, c'est une écriture automatique). — Clarté d'esprit bonne pour son usage, très amplement suffisante (espacements communs bien observés;

il a de l'ordre dans les idées comme il en a pour les choses matérielles (culture arrêtée ou insuffisante (?). — Elle est bien suffisante pour ce qu'il fait; mais elle ne lui permet pas de se perfectionner en élevant, son niveau intellectuel (nulle simplication; il s'en tient aux formes convenues).

Soit : intelligence bien ordinaire, celle d'un homme d'affaires ou d'un négociant soigneux, honnête, assez habile et travailleur. Ces braves genslà, très insignifiants intellectuellement, peuvent être utiles aux autres et leur rendre service pour les détails matériels de la vie, quand ils ne sont pas trop égoïstes : c'est le cas.

10 et 10 bis. — Charcot et un professeur de l'Université. La supériorité de Charcot a été presque toujours reconnue.

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Fig. 27. — La maîtrise de Charcot a presque toujours été perçue dans

cette écriture.

M. Eloy seul s'y est mépris. Il me paraît intéressant de mettre bout à bout deux études sur Charcot qui aboutissent à des conclusions contraires. Celle de M. Eloy, par laquelle je commence, me paraît méticuleuse et très complète :

10 bis (Charcot) . — (Deux documents) . Activité grande; mais par moments un peu fébrile, puis déclinante. Ecriture rapide; mais perte de temps par des traits inutiles; quelques mots — ils sont très inclinés — sont tracés avec précipitation, — sensibilité très grande ; elle confine le nervosisme. (Écriture très inégale de dimensions, de formes, de direction et de mouvement en général) — simplicité, sans la signature on pourrait la dire absolue. (Écriture spontanée et simple, mais il y a une certaine recherche dans le grossissement de la signature, dans la forme du C qui descend en forme de parenthèse et dans le paraphe soulignant). Modération moyenne (Écriture sobre, mais si inégale ; quelques finales montant en courbe et d'autres descendant; barres des t jetées à droite et en pointes). — Distinction certaine, quoique un peu maniérée (singulière disposition de la salutation d'un des documents : M. pour « Monsieur », c'est du sans-gêne; un post-scriptum non précédé des lettres P. S.; et un post-scriptum dans une si courte lettre! — les ratures que vous avez faites me gênent bien! il y en a à presque toutes les lignes; elles rompent le mouvement et je ne puis juger de l'harmonie). — Imagination peu développée; elle n'a pas besoin d'une règle bien stricte (absence de grands mouvements, mais rupture de l'allure, même dans le billet du 26 mars 1893 d'un graphisme si précipité). — Réflexion continuelle; il se connaît sans doute et n'agit jamais qu'après examen (nombreux signes d'arrêt; ponctuation, tirets, parenthèses). — Clarté d'esprit assez bonne (espacements réguliers et bien compris; mais quoiqu'il soit lisible, il a des mots qu'on déchiffrerait difficilement s'ils étaient isolés ; certaines lettres sont trop tassées), — culture bonne et suffisante, mais qui me paraît arrêtée; et quand on s'arrête dans ce chemin, on recule (simplification de formes ; mais des traits inutiles ; il éprouve le besoin de remuer la plume sans former de nouveaux mots).

Soit : bonne intelligence, mais quinteuse dans ses forces. Donc n" 10, supérieur au n° 10 bis.

Voici le travail de M. Paulhan :

10 bis (Charcot) :

3 écriture sobre ? Vie intellectuelle intense, cul-

15 écriture simplifiée ' ture d'esprit. Supériorité.

écriture irrégulière Sensibilité intellectuelle.

5 écriture nette Netteté, lucidité.

24 assez élégante Maîtrise, sens esthétique.

34 marges à droite et à gauche. . . Goût. Sens esthétique. Originalité dans les formes des

lettres et dans les liaisons. . . Originalité.

55 points en accent Vivacité, culture (?)

19 négligée par excès de rapidité. . Vivacité, maîtrise.

Le tout donne une personnalité intellectuellement supérieure et très

riche. Quelques courbes ascendantes sinistrogyres à la fin des mots sont

le seul signe fâcheux que je relève et qui viennent indiquer les limites

de cette supériorité. A signaler encore la force, la fermeté de certains

traits. Il y a sans doute aussi, dans l'ensemble, une allure magistrale assez difficile à analyser.

Rien n'est intéressant comme la comparaison de ces deux analyses. Elles ne se contredisent pas dans leurs éléments ; l'un des experts n'affirme pas ce que l'autre nie; mais l'interprétation des signes diverge curieusement ; là où M. Paulhan voit de la sensibilité intellectuelle, M. Eloy discerne du nervosisme ; M. Paulhan signale de l'originalité, M. Eloy passe cela sous silence. L'excès de rapidité fait conclure à M. Paulhan : maîtrise ; et à M. Eloy : fébrilité. Enfin, l'écriture sobre et simplifiée, d'où M. Eloy ne tire aucune interprétation spéciale, amène M. Paulhan à affirmer : « Vie intellectuelle intense. Culture d'esprit, supériorité. » Je crois que ces désaccords sont vraiment bien utiles à connaître pour la graphologie.

M. Crépieux-Jamin s'accorde ici avec M. Paulhan :

10 bis (Charcot). Ecriture très claire

— très rapide,

— très simplifiée et modifiée,

— très nette,

— en relief,

— sobre,

— montante,

— très inégale de dimensions, sans discordance. Cet ensemble de qualités est des plus élevés; l'accord qu'il y a entre

elles est remarquable, et place le scripteur dans la plus haute catégorie.

13 et 13 bis. — Mosso (fig. 28) et un modeste pharmacien. Presque tous les experts ont bien fait la comparaison. Ont échoué M. Paulhan, qui a cependant reconnu l'écriture de Mosso (peut-être s'est-il méfié d'une contrefaçon) etM. Eloy, qui a été bien sévère pour le physiologiste italien; il lui reproche un défaut de simplicité, de modération, de distinction, de clarté d'esprit, et même de culture : « Soit, conclue t il, intelligence très médiocre et obscurcie par l'imagination, ou plutôt par la complication. »

Pour consoler notre illustre ami, s'il en était besoin, je lui citerai le beau portrait que fait de lui Mme Forichon. Elle aussi lui reproche, il est vrai, un défaut de culture! Mais le reste est fort bien.

13 bis (Mosso). — Intelligence douée de mouvement, de force et de clarté. L'imagination est un peu trop prépondérante pour que le jugement soit sans défaut. On souhaiterait une culture plus profonde, pour mettre encore mieux en valeur des facultés qui sont belles. Du souffle, de la har diesse, des vues larges et nettes-

Enfin, M. Crépieux-Jamin a fait un portrait digne du modèle :

13 bis (Mosso). Écriture montante, activité

— anguleuse, ténacité, netteté, fermeté.

— très claire, esprit très clair.

— grande, imagination.

— mouvementée, imagination, activité.

— très modifiée, culture d'esprit.

— qualitativement inégale de direction, vive sen-

sibilité intellectuelle.

La combinaison de ces divers signes est rare ; elle aboutit à une très belle systématisation.

Quelques légères complications du tracé gâtent l'impression d'ensemble, mais sont presque à négliger en regard des merveilleux dons du scripteur. Cote 51.

Ici, on peut vraiment dire que M. Crépieux-Jamin sauv

Fig. 28. — Sur l'écrilure de Mosso, les graphologues sont en désaccord. Quelques-uns cependant sont parvenus à découvrir cette rare combinaison d'aptitudes pour l'art et pour la science qui caractérise le grand physiologiste italien.

l'honneur de la graphologie. Il y a des contradictions flagrantes entre son portrait et celui de ses collègues. Il est le seul qui ne refuse pas la culture à Mosso.

16 et 16 bis. — Deux domestiques dont l'une, le 16 bis, cuisinière (fig. 30), présente sur l'autre (fig. 29) une supériorité incontestable d'intelligence et de volonté.

Ce couple a vivement intrigué les graphologues. M. Vie a cru à une falsification : « Je n'ai pas de préférence à exprimer, dit-il, ces écritures étant, selon moi, contrefaites. Malgré les fautes grossières et les déformations accumulées à plaisir, 16 bis semble indiquer plus d'intelligence et de culture, mais des falsifications ne peuvent fournir un dia-

c/é& ayù^t^-

Fig. 29. — Ecriture d'une femme de chambré, dont l'intelligence a des parties naïves et peu développées.

gnostic valable. » M. Vie a eu bien tort de se méfier, et je puis l'assurer que les « déformations accumulées à plaisir » n'existent point. Ce sont deux écritures absolument naturelles, deux lettres qui ont passé par la poste.

Dans l'ensemble, les graphologues ont bien saisi la supériorité du 16 bis. 11 n'y a guère queMmeX3 qui s'y soit trom pée, et refuse au 16 bis du bon sens. Je regrette qu'elle n'ait pas motivé son jugement.

M. Crépieux-Jamin ne s'est pas mépris sur l'ordre de

préférence; mais il y aurait beaucoup à dire sur l'appréciation de chaque écriture. Voici son analyse :

16 .(Femme de chambre). — Écriture floue et lâchée, esprit faible, commun, désordonné.

Écriture trop espacée et vu l'absence des signes de supériorité, esprit insignifiant.

Écriture très inégale de dimensions, sensibilité exaltée.

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Fig. 30. — L'intelligence de cette vieille cuisinière sans culture, se lit dans son graphisme maladroit, surtout si on la compare à la fig. 29, on l'on voit aussi une écriture de domestique, avec culture égale, mais mentalité bien inférieure.

Cet ensemble est très faible, l'insignifiance domine et me fait coter 15. 16 bis (Cuisinière) :

Écriture vulgaire, vulgarité,

Ecriture montante, ardeur,

— mouvementée, imagination vive, activité,

— inégale dans tous les modes, sensibilité vive, espritvif,

— claire, esprit clair.

— assez ferme, netteté, sûreté.

L'écriture mouvementée et très inégale donne comme résultante un peu d'agitation.

Cette intelligence, malgré sa vulgarité, est assez vive et très supérieure à la précédente au point de vue des services qu'elle peut rendre. La culture très faible oblige cependant à ne coter que 23.

Je relève des erreurs dans cette esquisse. D'abord le 16 ne mérite certainement pas la cote 15. C'est une femme d'une .intelligence ordinaire, ce n'est pas un « esprit faible »; elle n'a rien de « désordonné » ; elle est au contraire pleine d'ordre dans tout ce qu'elle fait; elle est tranquille, un peu molle, nullement « exaltée ». Le n° 16 bis est mieux jugé; la cote est aussi trop faible.

Je crois l'occasion bonne de demander aux graphologues si, jugeant l'intelligence à travers l'écriture, ils n'ont pas tendance à accorder trop d'importance à la culture d'esprit, qui certes doit agir bien plus fortement sur l'écriture des gens que sur leur degré d'intelligence, puisque l'écriture est un mouvement appris.

M. Paulhan, que je cherche à citer le plus souvent possible, a fait une étude bien curieuse de ces deux documents. Je la donne in extenso, et je recommande à l'attention surtout les dernières lignes.

16 bis (la Cuisinière) :

Ecriture assez gauche, peu simplifiée, (53), formes hésitantes

fautes d'orthographe manque de culture.

50 Ecriture montante Ardeur, entrain, vivacité.

— assez mouvementée Quelque imagination. 16 (La femme de chambre) : Ecriture non simplifiée, sans relief et sans distinction, lettres ou jambages oubliés, fautes d'ortographe. — Ecriture molle avec, quelques grands traits. ....... Manque de culture et insignifiance.

Ecriture plutôt descendante (51) Manque d'activité. La première écriture, le 16 bis, a plus de relief, elle est ascendante et

mouvementée, elle me parait l'emporter par là et très sensiblement. Elle dénote plus de personnalité et d'activité. Le 16 est bien efïacé, sans relief, insignifiant. Et pourtant, je ne puis m'empêcher de remarquer qu'avec un tableau des signes on pourrait faire un très joli portrait de la personne qui a tracé cette écriture. Ecriture claire et espacée (1) : clarté d'esprit ; sobre (3) : réflexion, jugement ; — simple et gracieuse (24) : distinction ; — marges à droite et à gauche (34) : distinction ; — serpentine (35) souplesse d'esprit. Majuscule à la place d'une minuscule : exaltation (47). Je crois bien que tous ces signes graphiques se trouvent plus ou moins dans le 16, cela prouve seulement, je pense, combien peu leur signification est constante, et combien elle est sous la dépendance de l'ensemble des caractères, ou du caractère général parfois difficile à analyser.

Nous reviendrons plus tard, dans notre conclusion, sur la question très importante que M. Paulhan soulève ici. 19 et 19 bis. — Alexandre Dumas fils et le secrétaire

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Fig. 31. — Un petit employé qui porte le même nom qu'un littérateur connu (mettons Caro) a donné le change sur la valeur de son intelligence aux experts qui ont vu la signature de son billet.

d'une petite entreprise commerciale de banlieue. Ce dernier porte le nom et le prénom d'un professeur célèbre de la Sorbonne, mort aujourd'hui.

Il s'est produit ici une double suggestion. D'une part, plusieurs graphologues qui ont reconnu l'écriture de Dumas fils n'ont pas manqué de lui accorder la première place. Mais d'autre part l'écriture du secrétaire, un excellent homme, a largement bénéficié de l'éclat de son homonyme.

Bien des graphologues m'ont écrit : « Je retrouve dans

cette écriture toute la finesse d'esprit de Caro ». Je crois saisir les fluctuations delà suggestion dans ces lignes, écrites par Mme Forichon :

N° 19. — Bien difficile à coter et à juger d'après la seule signature delà lettre, car la lettre est-elle de la même main? Si oui, la pensée du signataire était bien absente en l'écrivant. La signature révèle un esprit clair, imaginatif, avec beaucoup de grâce et de vivacité dans la pensée. Un peu banale, et cependant d'une élégance qui sort de l'ordinaire.

M. Crépieux-Jamin est celui qui a serré la vérité de plus près; il a écrit du petit employé : « Il y a ici plus de bon

Fig. 32. — Commencement d'une lettre d'invitation que m'écrivait Alexandre Dumas fils.

sens et de bon vouloir que d'esprit fin et de perspicacité. Cote 32. )) C'est tout ce que le personnage méritait.

21 et 21 bis. — Claude Bernard et un publiciste scientifique qui ne manque pas de mérite. S'il se reconnaît dans l'échantillon de son écriture que je publie, il ne m'en voudra pas de lui avoir préféré Claude Bernard, dont il serait le premier à attester la supériorité.

Les graphologues se sont bien tirés de la comparaison.

Voici, par exemple, les deux diagnostics de M. Crépieux- Jamin. Ils me paraissent tout à fait bien. Il a fallu vraiment

à cet expert une grande hardiesse pour coter 52 — c'est le génie — une écriture inconnue. Il s'exposait à se tromper lourdement. La prudence lui eût ordonné de n'accorder qu'un petit talent à un inconnu.

21 (Claude Rernard) :

Ecriture très rapide, grande activité.

— nette, esprit net.

— très inégale de direction et de mouvement, grande sensi-

bilité intellectuelle.

— très simple, simplicité et modestie.

— très claire, esprit lucide.

— modifiée et simplifiée, grande culture d'esprit.

— animée et sobre à la fois, esprit réfléchi et actif. Très belle

systématisation. Quand même ce scripteur serait ignoré, chose possible, vu sa modestie, il n'en est pas moins doué comme un homme de génie. Cote virtuelle : 52.

Fig. 33. — Fragment d'un petit billet écrit par Claude Bernard, le grand physiologiste français. Je considère comme à l'honneur de la graphologie que Crépieux-Jamin ait osé diagnostiquer du génie dans l'auteur de ce billet... et ne se soit pas trompé.

21 bis (Un publiciste distingué) :

Ecriture très claire, grande clarté d'esprit.

— Houe, indécision (fatigue ?)

— sobre, réflexion.

— inégale de mouvement et de direction, sensibilité intel-

lectuelle vive.

— assez rapide, activité.

Malgré de très belles qualités, je cote seulement 41 parce que la netteté du tracé n'est pas assez grande et les inégalités ne sont pas assez qualitatives.

L'erreur, dans cette comparaison, n'a été commise que par deux personnes, M. Vie et Mme X2. M. Vie se contente de dire qu'il préfère le 21 bis, sans rien ajouter ; et c'est assez étrange ; car dans d'autres épreuves, dont nous parlerons plus loin, il a reconnu sur un autre spécimen l'écriture de Claude Bernard, et l'a hautement admirée ; il l'a trouvée

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Fig. 34. — Ecriture d'un publiciste distingué qu'on devait comparer à Claude Bernard.

éblouissante d'intelligence. J'ai toujours pensé que lorsqu'on a reconnu l'auteur de l'écriture, on juge mieux ses pattes de mouches 1.

C'est l'occasion de remarquer qu'un expert peut être exact dansl'ordrede ses préférences, et mal juger l'une des écritures. Ainsi, M. Vie préfère Claude Bernard au publiciste, mais de bien peu, et son opinion sur Claude Bernard est trop sévère. Il ne trouve qu'un degré moyen d'activité, de simplicité, de distinction, une imagination sans excès ; et il termine ainsi :

,1. M. Crèpieux-Jamin pare la botte : « C'est évident que la graphologie a des ailes quand elle est orientée; cela ne retire rien de son intérêt.» Au point de vue du contrôle, si ; l'intérêt s'amoindrit bien, quand le graphologue est orienté, puisqu'on ne peut plus faire la part exacte de cet art.

Clarté d'esprit moindre que les autres qualités. (Quoique l'écriture soit lisible et les espacements bien ménagés, le manque d'unité de mouvement de cette écriture et son manque de relief, dans certains passages, donnent à penser que son esprit est préoccupé de plusieurs choses àlafois.) Culture ordinaire. (C'est un Monsieur instruit, certainement, mais rien de trop.)

Soit intelligence moyenne, sans originalité.

23 et 23 bis. — F. de Curel et un fonctionnaire, qui ne manque ni d'entrain, ni d'intelligence, ni d'imagination, mais qui n'a nullement la valeur philosophique et littéraire

Fig. 33. — Fin de billet de François de Curel, le grand dramaturge.

de Curel. En général, bien jugé comme comparaison ; mais quelques-uns de ceux qui ont donné une solution juste se sont bien trompés sur une des écritures. Ainsi, X3 écrit :

23 bis (F. de Curel). — Intelligence fine mais mesquine, et d'une précision insuffisante. De la nonchalance, pas d'application ni d'ambition. Cote 35.

Voilà un portrait qui me paraît bien peu exact! J'aime mieux celui de Crépieux-Jamin :

23 bis (F. de Curel).

Ecriture petite, esprit fin et pénétrant.

— espacée, esprit clair

— très inégale de dimensions et de direction (majuscules exagé-

rées) sensibilité intellectuelle vive, imagination.

Ecriture hachée, sensibilité intellectuelle vive.

— rapide, grande activité.

— simplifiée et modifiée, culture d'esprit.

Tous ces signes se soutiennent les uns les autres pour aboutir à une résultante intense d'imagination et de pénétration. Sous ces deux rapports l'écriture pourrait être cotée très haut. Je ramène le chitïre à 47, parce qu'il y manque de la grâce et du relief.

30 et 30 bis. — Mme Ackermann et une femme du monde. A l'exception de M. Vie, tous les experts se sont trompés sur Mme Ackermann, et de la façon la plus grave.

Exemples :

M. Eloy : « Intelligence médiocre — trop d'imagination — confusion. »

M. Humbert : « A un cerveau déséquilibré, qui échappe à tout classement. Je préfère le précédent. »

Mme de Salberg : « Paraît être le graphisme d'une personne âgée, chez laquelle l'imagination est désordonnée et la vanité formidable. »

M. Paulhan et M. Crépieux-Jamin se sont trompés aussi. Nous y reviendrons dans un prochain chapitre.

31 et 31 bis. — C'est encore M. Bergson et l'appariteur. Ce retour des mêmes personnalités est intéressant ; car le nombre d'erreurs commises à la seconde reprise est moins fort que la première fois. Ainsi MM. Crépieux-Jamin, Paulhan et Vie avaient, la première fois, préféré l'appariteur, alors que MM. Humbert, Eloy et Mme de Salberg avaient bien jugé. Pour les couples 31 et 31 bis, ceux qui avaient bien jugé conservent leur position; parmi les mauvais juges il y en a deux sur trois qui se corrigent. Je me demande à quelle cause peut tenir ce changement d'opinion. Les deux écritures ont-elles subi une sorte de modification en sens inverse, M. Bergson y mettant plus d'intelligence, et l'appariteur moins? C'est possible. Mais avec un peu de malice, je me permets de signaler une autre circonstance, beaucoup plus simple, qui a peut-être joué un rôle décisif ; notre appariteur, quand il fut jugé si favorablement par les experts, écrivait sur un papier à en -tête d'Université; la seconde fois, il écrit sur papier libre. Ah! l'en-tête! nous savons bien, nous autres gens officiels, combien cela agit sur les lecteurs i !

1. M. Crépieux-Jamin m'écrit, au sujet de cette suggestion : « Il en résulterait Binet. — Ecritur 7

35 et 35 bis. — Ecriture de petit magistrat (le même que dans la fig. 20) et de M. A. de Lorde, l'auteur dramatique bien connu. C'est un de ces couples qui a été bien jugé par tous. Le portrait de M. Vie est particulièrement flatteur pour M. A. de Lorde, dont je reproduis l'écriture (je ne reproduis pas celle du petit magistrat, j'en ai mis plus haut un échantillon).

35 bis (A. de Lorde). — Séduisante expression graphique de l'intelligence. Tout ce que le goût, la mesure et la distinction peuvent ajouter aux

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Fig. 36. — Cinq lignes à' André de Lorde, l'Edgar Poe français.

qualités les plus essentielles d'un esprit richement doué conspire à placer ce document à un rang élevé dans l'ordre intellectuel.

Voici encore un exemple qui prouve qu'on peut bien se tirer de la comparaison et se tromper sur une des écritures. M. Eloy écrit :

35 (le magistrat). — Intelligence supérieure. Remarquable par son activité forte et soutenue (41).

35 bis. (de Lorde) — Intelligence très supérieure, surtout par sa perspicacité et sa force de réflexion (45).

Je souscrirais au 2me jugement, mais je m'insurge contre le premier. Mon petit magistrat n'était pas un supérieur.

ce que je vous ai déjà dit, que les indices accessoires sont plus précaires qu'ils ne semblent, et que la graphologie se suffit à elle-même. » Phrase qui n'est peut-être pas absolument juste. Il vaudrait mieux écrire : «... et que la graphologie ferait bien, dorénavant, de se suffire à elle-même ». Pour nous, nous sommes maintenant à peu près convaincu que tous les graphologues sont sensibles à ces petits indices accessoires, qui ne sont pas de la graphologie.

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