‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 6 sur 80 · LES EXPERTS ET LES IGNORANTS SE SONT-ILS TROMPÉS · texte numérisé non relu

LES EXPERTS ET LES IGNORANTS SE SONT-ILS TROMPÉS

collection d'écritures de sexe différent, et à regarder l'une après l'autre ces écritures pour cherchera se rendre conscients de leurs différences sexuelles. Dans ce cas, quand ils se donnent cette préparation, nos ignorants ne deviennent pas des graphologues, mais ils cessent d'être des ignorants intuitifs. Jai tout lieu de croire que dans notre étude sur le sexe de l'écriture les ignorants qui nous ont prêté leur concours en sont restés à l'intuition.

Et d'abord, les ignorants, ceux qui n'entendent rien à la graphologie, sont-ils capables de déterminer le sexe d'une écriture? J'entends par là : sont-ils capables de faire des déterminations plus exactes que celles du hasard, et par conséquent supérieures à 50 p. 100 du nombre total des écritures?

Oui ; le fait est absolument certain. J'ai montré mes séries d*adresses à une foule de personnes, des gens instruits, des gens sans culture, et même des jeunes enfants. Constamment et sans aucune exception, ces ignorants donnent un pourcentage de réponses justes qui est supérieur au hasard.

Exemples : Une jeune fille de dix-sept ans, sérieuse, appliquée, mais qui ne sait rien en graphologie, étudie 161 enveloppes de la série (20 enveloppes sont écartées, parce qu'elle reconnaît qui les a écrites). Le nombre total des erreurs est de 49 ; soit un pourcentage de 70 p. 100 de réponses justes.

M. Belot, inspecteur primaire à Paris, a bien voulu faire répéter l'expérience à dix instituteurs et institutrices choisis avec soin dans son personnel; on leur a fait deviner le sexe de 137 écritures d'adresses. Le pourcentage des réponses justes a été de : 65,9 ; 66,4 ; 67 ; 68 ; 69 ; 69,3 ; 72,9 ; 73 ; 73 ; 73.

On voit que la justesse de coup d'œil varie dans de larges proportions ; la personne qui a le moins d'habileté ne devine que 63 p. 100 ; celle qui en a le plus va jusqu'à 73 p. 100. Cette dernière proportion a été atteinte trois fois par des institutrices.

Concluons que le don de reconnaître les caractères sexuels de l'écriture appartient à peu près à tout le monde. Seulement, les plus habiles des ignorants sont restés au-dessous des graphologues professionnels. Il est naturel que l'exer cice, l'entraînement, l'habitude de se rendre compte donnent aux graphologues un certain avantage.

Tous ceux qui ont consenti à deviner le sexe des enveloppes ont reconnu que, pour certaines écritures, l'opération est très facile et demande un simple coup d'oeil, tandis que d'autres spécimens font beaucoup hésiter; il en est même de si douteux qu'on se décide complètement au hasard. L'étude des motifs des jugements écrits par M. Crépieux-Jamin montre en outre que l'expert professionnel, placé devant une écriture dont il cherche à deviner le sexe y découvre plusieurs caractères, qui tantôt se confirment et tantôt se contredisent; dans ce dernier cas, il faut non seulement compter, mais peser les caractères, faire une résultante, travail délicat et subtil, souvent plein de conjectures.

A ne regarder les choses que du dehors, nous trouvons à distinguer trois genres d'écritures :

1° Celles dont le sexe est très apparent;

2° Celles, moins nombreuses, dont le sexe est ambigu;

3° Celles, en petit nombre, qui portent les signes du sexe opposé.

Je vais donner des spécimens de ces différents genres graphiques.

Écritures franchement sexuées. — H y a, dans ma collection, des écritures d'hommes que tout le monde, sans aucune exception, a reconnues. J'en reproduis une, celle d'un professeur de l'Université (fig. 1). C'est un homme de quarante ans, grand, fort, intelligent. Dix-huit personnes ont

été appelées à deviner le sexe de son écriture. Toutes ont reconnu un homme, toutes sans exception.

M. Crépieux-Jamin écrit :

Homme, sûr; quarante ans; écriture claire, ferme, simple, simplifiée, sobre, d'un homme. Quelques tremblements légers disent plus de quarante ans.

Ayant eu l'occasion, plusieurs mois auparavant, de juger un autre spécimen provenant de la même personne, —

Fig. 1. — Ecriture d'homme, adulte, profession libérale. Le sexe de cette écriture a été reconnu par tous ceux qui l'ont étudi

j'ignore s'il a songé à les identifier, — M. Crépieux-Jamin écrivait :

Homme, quarante à quarante-cinq ans. Ecriture sobre, nette, simple et droite d'un homme. Je n'ai jamais vu une femme écrire ainsi et je ne me l'imagine pas, ce serait la psychologie des sexes renversée. Pour l'âge, il y a dans ce tracé une maîtrise qu'on n'a guère de bonne heure.

M. Éloy porte un jugement identique, mais autrement motivé :

Homme. Ecriture boueuse, mais claire et lisible; ponctuation ; soins, de lisibilité marqués; les e minuscules de Binetet de Meudon non pochés,, malgré écriture boueuse.

Je signalerai encore deux autres écritures, celle de M. Sar dou et celle de ïaine.

L'écriture de Taine (fig. 2) a été reconnue comme mascu-

fy.

Fig. 2. — Écriture de Taine; le sexe de cette écriture a été presque toujours reconnu.

line par lo personnes ; 3 personnes l'ont attribuée cependant à une femme. Voici ce que les graphologues en disent.

M. Crépieux-Jamin :

Homme, sûr, cinquante ans. Netteté, simplicité, sobriété, simplification.

Fig. 3. — Écriture de Victorien Sardou ; le sexe de cette écriture a été presque toujours reconnu.

Donc, écriture d'homme. Dépression et légers tremblements du cinquantenaire, environ.

M. Éloy :

Homme : activité et simplicité de formes ; finesse et souplesse d'esprit au point de vue intellectualité.

Pour l'écriture de M. Sardou (fig. 3), 13 personnes ont reconnu un homme ; 2 personnes l'ont attribuée à une femme.

M. Crépieux-Jamin :

Homme, sur, soixante ans au moins. Netteté et simplicité de l'écriture d'un homme.

Voici deux spécimens d'écriture de femme reconnus féminins par toutes les personnes qui les ont examinés.

Le premier (fig. 4) est d'une jeune fille de vingt ans ; il

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Fig. 4. — Jeune fille de W ans; le sexe de son écriture a été presque toujours reconnu.

a été examiné par 14 personnes; 13 ont attribué cette écriture à une femme.

M. Crépieux-Jamin écrit :

Femme, probable, vingt-cinq ans. L'écriture un peu calligraphique, rend très difficile la détermination du sexe. Les s surélevés me décident pour femme. Le tracé frais, élégant, dit la jeunesse adulte.

M. Éloy :

Femme. Forme du s de mademoiselle (manœuvres psychologiques de la coquetterie), forme du B.

L'écriture de la figure 5 est d'une jeune fille de dix neuf ans; toutes les personnes (15) ont reconnu la femme.

M. Crépieux-Jamin :

Femme, sûre, 50 ans au plus. Écriture lourde, anguleuse et disgra cieuse, dite du Sacré-Cœur. Tracé d'une physiologie fatiguée.

M. Éloy :

Entêtement égoïste ; esprit étroit et cœur fermé.

Écritures à sexe douteux. — Ce sont des écritures que j*ap pellerais volontiers hermaphrodites; les réponses se répartissent en nombre égal pour les 'deux sexes ; et les grapho-

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Fig. 5. — Écriture anguleuse, dite du Sacré-Cœur, tracée par une jeune fille de 19 ans ; sexe de l'écriture toujours reconnu, c'est sur l'âge qu'on s'est trompé ; on l'a généralement vieillie.

logues professionnels restent incertains. Il est bien entendu que nous trouvons tous les termes du passage entre les écritures franchement sexuées et les écritures à sexe ambigu. La raison de l'ambiguïté vient, soit de ce que ces écritures n'ont

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Fig. 6. — Adresse écrite par M. François de Curel, le célèbre dramaturge français. Bien des observateurs ont cru reconnaître une main de femme.

pas de caractères tranchés, soit de ce qu'elles ont des caractères contradictoires.

Je citerai deux exemples :

L'un (fig. 6) est l'écriture d'un homme de 48 ans, auteur dramatique éminent, intelligence à tendances philosophiques. Son écriture a beaucoup égaré les examinateurs;

8 personnes, dont M. Crépieux-Jamin, ont reconnu un homme; 10 autres personnes, dont M. Éloy, l'ont attribuée à une femme.

M. Crépieux-Jamin :

Homme sûr, 50 à 60 ans. — Homme à cause de la netteté, de la simplicité, de la simplification. L'inclinaison assez grande ne m'arrête pas, quoiqu'on la considère comme indice de l'écriture féminine. Je crois l'importance de la netteté et de la simplicité tout à fait prédominante; quelques dépressions disent l'âge de 50 à 60 ans.

L'autre exemple de sexe mal accusé (fig. 7) est donné par une jeune fille de 18 ans, intelligence solide, caractère se-

tudon

. ef- bide

Fig. 7. — Autre écriture à sexe douteux. Celle-ci est tracée par une jeune fille de 18 ans.

rieux. 12 personnes ont examiné son écriture ; 6 ont opté pour homme, et 6 pour femme; l'enveloppe était adressée à une jeune fille, ce qui a exercé peut-être une suggestion, sans laquelle on aurait plus souvent attribué l'écriture à un homme.

M. Crépieux-Jamin :

Homme, sûr, 30 ans. Netteté, simplicité, sobriété, fermeté du tracé d'un homme. Ce n'est pas un homme âgé, le tracé est très frais, sans aucune dépression, 30 ans, peut-être moins.

Binet. — Ecriture. 2

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