SCÈNE III
GABRIELLE , en costume d'une des heures de la nuit , la tunique et l'écharpe j}arscmi'cs d'étoiles d'argent, et avec une couronne dr pavots blancs.
GABRIELLE, sortant de la gauche, et venant au milieu. Ah! mon Dieu ! je n'oserai jamais paraître comme ça... en public...
MATiiÉus, la regardant et la reconnaissant. Dieu me pardonne! . . . c'est elle. . . Gabrielle. . . . qui est Ballerina ! . . .
GABRIELLE, douccment.
Puisque vous m'avez renvoyée {Gaiment) Je fais une des
heures de la nuit . . .
MATHÉUS, voulant lui prendre la main.
L'heure du berger, sans doute?
GABRIELLE, luî donnant une petite tape sur les doigts. Eh bien ! Monsieur ! . . .
MATHÉcs, d'un air de bonne foi.
On m'a dit que ça se faisait dans les coulisses. . . Ah! dites-moi donc, puisque vous êtes de la maison . . .
GABRIELLE, vulsant autow de lui, tout en parlant. Certainement. . . je danse un pas de deux. . . tra la la la. .... .
MATHÉUS, la suivant.
Vous pouvez me donner des renseignemenls ! . . . Écoutçz-moi
£ti LES RÊVES DE MATHÉUS.
donc!. . . j'ai remarqué tout à l'heure de ma baignoire que votre camarade Oclavie avait une magnifique rivière d'émeraudes. . . ça lui vient sans doute de sa mère?
r.ABRiEiJ.E, après l'avoir rc(ja nié d'un air de compassion.
De sa more ! . . . pauvre M. Mathéus ! . . . malgré votre injustice, je vais tout vous dire. . . {Elle reprend sa danse.) Tra la la la. MAZOURKA, paraissant à la première coulisse.
Allons dons. . . la petite Heure, là-bas. . . venez donc prendre votre place dans le corlégc, vous êtes en retard . . . GABRiELLE, passant.
Me voilà! me voilà!. . .
MATHÉUS, voulant l'arrêter.
Vn seul mot!. . .
GABRIELLE, avcc «H éclat dc rire et lui échappant.
Il croit que la rivière! ... ah ! ah ! ah !.. . Pauvre M. Mathéus! [Elle disparaît par la gauche, en glissant comme une vision.) MATiiÉi'S, seul.
Elle m'échappe comme une vapeur, et redouble mes soupçons!... Décidément celte rivière est trouble ! ... Il faut que je voie Octavie ! . . . quand doit-elle venir? . . j'ai pris un programme. {Chcrrhant un profjramme dans sa'poche.) Hum. hum, hum. {Ilparcourt la brochure.) « Diane entre au bain, et, se voyant surprise, paraît • fort étonnée... » (S' interrompant.) Commeces ballets sont écrits naturellement! . . . Elle est étonnée d'être surprise !... » Tinconso- " lable déesse vient devant le public pour cacher sa honte. » (./ lui-même.) C'est un bon moyen. {Lisant.) « Tout à coup, le maîheu- « reuxActéon aux abois... débouche... » {Frai>pé.) Oh\ quelle idée! oui. . . je pourrai l'approcher sans qu'elle se doute. . . {Musique.) Voici le Char. . . les Heures. . . les Etoiles. . . liions !.. {Il disparaît par la grotte. — Le char arrive de gauche au fond. Diane est seule dessus. Les Heures et les Nymphes chasseresses l'entourent.)