‹ Les rêves de MathéusChapitre 8 sur 71 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DERTHOLO, puis GABRIELLE, venant de gauche.

BBRTHOLD, tombant à son tour dane un fauteuil. Ils ont raison ! . . . Tous les revenus de l'empire d'Autriche y passeraient!.. .

GABRiELLE, s'approchant.

Qu'avez-vous donc, M. Berlhold ?

BERTHOLD

Ah ! chère demoiselle Gabrielle! ce malheureux enfant me fera mourir de chagrin ! . . .

GABRIELLE

M. Mathéus, lui, qui est si gentil, si bon.

BERTHOLD

J'aimerais mieux qu'il fût méchant, qu'il me battit même, s'il pouvait, et qu'il ne se ruinât pas... Je sauverais aux dépens de mes épaules la maison de Mathéus Frock. . . La plus ancienne, la plus considérée de la ville de Brème.

GABRIELLE

Il a un si excellent naturel !. .. une générosité !.. . je le sais, moi, qui ai été élevée dans la maison, comme la sœur de ce bon petit M. Mathéusl...

BERTHOL.

C'était bien le moins!. . . la petite fille d'un brave homme de caissier qui avait remué des millions et qui est mort sans un Kreutzer vaillant !

GABRIELLE

Mon père n'avait fait que son devoir.

BERTHOLD

C'est une chose assez rare pour qu'on dût l'en récompenser.

GABRIELLE

Eh bien ! M. Frock n*a-t-il pas fait une pension à ma grandmère?

BERTHOLD

Que son fils ne paye plus depuis six mois.

GABRIELLE, haissuTit les yeux.

Vous croyez?...

BERTHOLD, la suivant de l'œil .

J'en suis sûr. . • Je sais comment vit cette bonne femme ! . . .

Air : L'amour qu'Edmond a su me taire.

Un ange, à la veuve appauvrie,

Consacre ses nuits et ses jours; Et du travail d'une humble broderie Lui fait passer le modeste secours !

6 LES lUiVES DE MATHÉUS.

Des plus sages, des plus gentilles

Elle a les vertus, la candeur...

( Lui prenant la main.)

Et sur ses doigts, piqués par les aiguilles,

On lit le secret de son cœur ; Tenez, voyez... La marque des aiguilles M'a révélé le secret de sou cœur.

GABRIKLLE, vivcniCUl.

Ah! n'en dites rien!... M. Mathéus croirait que c'e^i un reproche!...

BERTiiOLD, attendri.

Excellente (ille!... J'espère qu'un jour un bon mari. .. «•.ABRiDM.E, avec lin soupir.

Moi? Oh! non... Je ne me marierai jamais! Je n'aimt; personne. . • Je ne pense à personne. . . (.Se tournant vivemcul du coté de l'appartement de Mathcus) mon Dieu ! comme M. Malhéus se lève lard!... s'il était malade!...

KKHTUoi.t), à part.

Elle ne pense à personne!... Pauvre petite! [Haut) Ah! bah!... Il ne s'est couché que ce malin... Il mène un Irain de vie! i:i dire que j'ai porté ce mauvais sujet dans mes bras!. . . {Essu)j(int une /rt/7/ic.)que jelui ai donné le fouet!... {.4vec force.) Je voudrais pouvoir le lui donner encore ! . . . pour lui apprendre à s'amouracher de sa maudite danseuse Polonaise, qui lui tourne la lête!...

GABRIELLË.

Celte demoi.selle Oclavîe! ... {?\a'ivemcnt.) Est-ce quevous la trouvez si jolie? C'est drôle!... moi, elle ne me plaît pas. liiiUTnoi.D, arec huwcur.

Je la trouve affreuse ' . . . Il n'y a que nous deux qui ayons du goût!... Celle intrigante le mènera loin. . Elle joue la vertu avec lui, et il donne,dans tout cela... nnclourneau de 19 ans- ■ . une tête de linoile, qui a toutes les faiblesses de la crédulité allemande! Son pauvre père l'avait bien prévu quand il me disait^ avant de mourir.. . {S'arrètant tout à coup.) Hum! hum!

GABRIELLE

Quoi donc? .. .

BuinnOLD, se remettant.

Rien! rien!.. .Des conseils!... Enlin, tant qu'd conservera sa petite maison des Rosiers, de l'autre côté du >^eser. . . il aura un morceau de pain...

(lAimiELLE, souriant .

Bah! Ce petit pavillon, avec un bout de jardin?...

BEniHOLD. se reprenant encore.

Ça n'a pas grande valeur!... mais c'est la première acquisition de son père... m'affectionnait!.. C'est là qu'il allait cultiver luimême ses roses, ses tulipes, quand son coraraerce de lapidaire lui

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