‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 132 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

noble composition et d'une admirable exécution, ou toute autre œuvre d'art que vous voudrez, c'est notre esprit qui les crée en les voyant, ou qui les voit en les créant. Étonnante simultanéité de la conception, de la composition, du regard et de la jouissance ! Que d'innombrables détails choisis et disposés avec une exquise convenance sont mis en scène et concourent à l'effet d'un merveilleux ensemble, comme si le génie, aidé de longues études et de profondes réflexions y avait présidé ! J'appelle votre attention sur cette spontanéité de l'esprit, pour laquelle le temps ni l'effort n'existent point, et qui improvise un chefd'œuvre comme un nuage orageux improvise un éclair.

« Cette simultanéité d'actions diverses se concilie peu, il faut le dire, avec la passivité absolue de l'âme dans les rêves ; car il faudrait croire que le cerveau fait mieux et plus vite sa besogne quand l'esprit ne s'en mêle point. En tout cas, elle laisse bien loin derrière elle le vulgaire somnambulisme qui consiste à faire bêtement, les unes après les autres, des choses d'un ordre peu élevé et cent fois répétées.

« Entre le rêve où l'imagination déploie toutes ses magnificences et le rêve où une vision clairvoyante et prophétique prodigue des révélations, il y a encore toute la distance qui sépare les illu-

sions de la vérité. Cette distance, occupée par des phénomènes intermédiaires très-considérables, est immense. Les plus extraordinaires, les plus sublimes spectacles offerts au rêveur ne valent pas un seul regard du visionnaire heureux qui atteint la réalité à travers les abîmes du temps et de l'espace, dans les ténèbres de la nuit sombre et de l'ignorance profonde. Mais il faut savoir si ce regard est bien sûr, si la réalité qu'il a atteinte n'est pas un mensonge, si, en un mot, la vérité n'est pas illusion. Là est la difficulté.

« Quant à cette même clairvoyance dont tant d'exemples sont racontés tous les jours, elle m'intéresse peu, je l'avoue, parce qu'aucun des malheurs que nous redoutons le plus et qui nous accablent n'est par elle prévu ni prévenu, parce que par elle nulle infortune n'est soulagée, aucun bien apporté, aucun problème résolu. L'authenticité manque à ses succès. Permettez-moi donc de ne pas toucher à des problèmes insolubles à propos de prophètes inutiles et de pythonisses stériles. Je ne pardonnerai point aux somnambules dits magnétiques, clairvoyants ou lucides, de n'avoir jamais prévu ni découvert rien d'important, pas plus pour les individus que pour les peuples, et surtout d'avoir pâli devant la concurrence des tables tournantes. Ils ont prodigué de grands prodiges que l'on conteste dans de petites

Page 1