‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 159 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

coutume de la trouver, et je me rappelle parfaitement que cette tasse, ayant été brisée la veille, est remplacée par une autre de forme très-différente. J'en conclus que je suis le jouet d'un rêve, et que, pour boire réellement cette potion, je devrais d'abord me réveiller. Je réfléchis toutefois que j'ai besoin de sommeil, et que je me réveillerai toujours assez tôt. Je ne fais donc aucun effort pour amener le réveil, et je m'abandonne au contraire aux illusions du songe. » N'est-ce point là raisonner juste et très-nettement?

— « J'ai rêvé que j'étais à la campagne. » — Je suis réellement à Paris, — « J'y recevais la visite d'un ami. La campagne était verdoyante, les arbres étaient dans leur tenue d'été. » — Cependant, comme dans le rêve précédent, je me trouvais sous l'empire d'une préoccupation bien caractérisée. Je voulais me lever à six heures du matin pour aller au devant de ma sœur, à son retour d'une assez longue absence. — « La visite d'ami que je croyais recevoir à la campagne n'avait rien de surprenant. Je pouvais donc accepter sans étonnement les tableaux qui s'offraient aux yeux de ma pensée. Mais ces notions : que j'attendais ma sœur, que c'était à Paris et non à la campagne qu'elle devait venir, que nous étions en hiver et non pas en été me revenant à l'esprit, je fis la réflexion que tout ce que je croyais voir ne pou-

vait être qu'un rêve et que, très-certainement, jetais endormi. En ce moment j'entendis sonner cinq heures; je comptai les cinq coups. Ce fut pour moi la preuve que j'étais bien à Paris, où j'habite à coté d'une église dont l'horloge se fait entendre assez bruyamment J'en conclus aussi que j'avais encore une heure à dormir, et, sans laisser mon esprit s'appesantir sur un ordre d'idées qui pouvait amener le réveil, je concentrai, au contraire, toute mon attention, sur les images que mon imagination avait évoquées; je m'identifiai à la situation qu'elle m'avait faite; je me promenai au soleil avec l'ami qui était mon hôte, en un mot, je poursuivis tranquillement mon rêve. »

Autre exemple :

« Je subis la lourde influence d'une série de ces songes pénibles, durant lesquels on croit étouffer ou se trouver, du moins, dans des positions extrêmement désagréables. Mais j'ai le sentiment que je rêve, et sachant la difficulté que j'éprouve à me rendormir, je voudrais changer mon rêve sans me réveiller. Je tente plusieurs des moyens que j'ai indiqués pour arriver à ce résultat. Ils demeurent sans effet; les illusions douloureuses reviennent toujours. Je remarque alors que ma joue gauche me semble plus chaude que ma joue droite. J'en tire la conséquence que je suis trèsprobablement couché sur le côté gauche, et que,

Page 1