‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 163 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

j ai laissé percer plus d'une fois ma manière de voir.

I ° Les ressources et les fonctions de la mémoire et de l' imagination sont-elles sensiblement modifiées pendant nos rêves?

2e La mémoire d'un homme qui rêve peut-elle acquérir un degré de puissance qu'elle n'aurait pas chez un homme éveillé ?

3° L'imagination peut- elle nous offrir, en rêve, des images nettes et précises d'objets que cependant nous n'ayons jamais vus, touchés, ni entendus en réalité ?

Un passage du livre de M. Maury semble répondre à ces trois questions toutes ensemble. Si je suis loin d'accepter, et si je juge inutile de rapporter les explications qui viennent ensuite, je m'associe du moins pleinement à ce début si bien exposé :

« 11 y aurait à examiner la question difficile de l'origine et de la génération de ces idées-images, qui ne sont pas toujours de simples rappels de sensations perçues, mais des combinaisons nouvelles d'éléments de sensations antérieures, car l'œil interne voil alors des objets qu'il n'a jamais contemplés, l'oreille interne peut entendre des airs, des mélodies qui ne l'ont jamais frappée. L'œil, l'oreille, et, en général, les sens jouissent d'une faculté de combinaison qui tient à la force créatrice de l'imagination. Les éléments dont ils se

servent sont fournis par des sensations déjà perçues, mais leur mode d'assemblage et de groupement est nouveau, et il en résulte des images et des sons différents de ceux qui ont été antérieurement perçus1. »

Voyons maintenant divers exemples de songes, où la mémoire et l'imagination sont surtout enjeu.

« .le rêve que jeregarde défiler une foule compacte^ qui semble revenir de quelque feu d'artifice ou de quelque autre fête de même genre. Je m'attacbe à bien examiner les gens qui passent, et je m'éveille, ayant encore très-présente à l'esprit l'image de l'un d'entre eux. »

Je crois me rappeller alors, et je vérifie en effet, que cette image était l'exacte représentation d'une gravure coloriée, apportée par un journal de modes quelques jours auparavant ; mais la gravure n'était qu'une peinture sans relief comme sans mouvement, tandis que je venais devoir une figure agissante et vivante, de la taille et de l'apparence d'un être réel. Il faut donc que ma mémoire ait eu la puissance de retrouver, en rêve, tous les détails d'une image que je n'avais regardée qu'un instant et avec distraction dans la vie réelle. Il faut aussi que mon imagination ait eu la puissance de faire mouvoir cette image et de l'animer.

Page 1