‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 239 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

genre, presque toutes suivies de succès ; mais ce seul exemple suffira pour mettre chacun sur la voie des moyens pratiques à expérimenter. Passons à d'autres observations qui ne sont point sans quelque parenté avec la précédente, puisqu'il s'agit toujours d'idées et d'images dont on peut préparer et régler l'association, en vue de diriger ses propres rêves.

Je possédais un album chinois qui représentait toute une série de palais, de paysages, et de scènes plus ou moins fantastiques, le tout figuré avec une conviction divertissante et avec une grande vivacité de couleurs. On voyait un Sardanapale de la race jaune gravement assis au milieu d'un essaim de jeunes Asiatiques à la taille de guêpe, aux doigts effilés, aux pieds impossibles, lui faisant toute sorte de coquetteries, et jouant de toute sorte d'instruments. Des ponts encombrés d'une multitude bigarrée, des bois mystérieux peuplés de bandits à figure débonnaire, et puis des kiosques de toute forme, des arbres chargés de fleurs colossales, des clairs de lune, des animaux bizarres, el des processions de palanquins à n'en plus finir.

Il me parut qu'un tel album renfermait tous les éléments désirables pour favoriser quelques expériences sur les ressources de la mémoire imaginative. Je m'appliquai donc, plusieurs jours de suite, à examiner très-attentivement toutes ces

peintures, associant dans mon esprit les impressions cjui en résultaient au souvenir sensorial qu'imprimait en même temps à mon odorat l'aspiration réitérée d'une poudre de fleurs, produit oriental d'un parfum tout particulier. Ce procédé de solidarité rémémorative a)ant été largement expliqué plus haul l, je noterai simplement ici les effets inattendus que produisit, sur cinq rêves, la réaspiration de la même poudre odorante, ménagée pendant mon sommeil. Trois fois je fis des songes très-variés, où je crus voir en mouvement une partie des sujets de l'album chinois mêlés à une infinité d'images et d'incidents de toute autre origine, que l'association des idées mariait ensemble, en leur donnant uniformément les apparences d'une réalité active. Deux fois, au contraire, et par une réciprocité inverse assez remarquable des sites réels, des amis ou des personnes de ma connaissance dont l'association des idées avait évoqué les images à la suite de celles qui n'étaient que des réminiscences de l'album, et dont l'imagination s'était servie pour tisser une action nouvelle, se présentèrent aux yeux de mon esprit, non plus sous leur aspect d'objets véritables, mais sous celui d'une collection de gravures et d'aquarelles, sans vie par conséquent et sans relief.

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