‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 28 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE. S · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. S

nature de ces rêves, et qu'ils parvenaient ainsi à former leurs conjectures sur des bases d'autant plus solides qu'une longue expérience en pouvait être le fondement.

Pourvu qu'on fasse quelque cas de ces études, on éprouve donc un très-vif désir d'analyser les principes mêmes de la science onéirocrilique. Si les documents primitifs n'existent plus, il nous reste du moins les cinq livres du grec Artemidore (ôveipoxptTHcwv) qu'on sait avoir été composés au second siècle de notre ère, d'après les traditions les plus accréditées et les mieux consacrées à cette époque. On ouvre avec une certaine curiosité ces longues et minutieuses dissertations sur les songes du contemporain de Marc-Aurèle et d'Antonin le Pieux ; mais combien on est promptement déçu dans les espérances qu'on avait conçues ! A peine a-t-on lu quelques chapitres de cet ouvrage que déjà tout l'intérêt qu'on lui soupçonnait s'est évanoui. On a reconnu déjà que loin de révéler une observation fine et sérieuse, les interprétations de ces devins reposent uniquement sur des superstitions mythologiques, des théories factices, ou des comparaisons arbitraires, parfois bizarres jusqu'à l'extravagance, souvent naïves jusqu'à la puérilité1. D'où cette conclusion, que si les prêtres

1 . On ne lira peut-être pas sans intérêt, au sujet de certaines

de l'antiquité païenne possédaient, comme je n'en

doute pas, Fart d'influencer les rêves des croyants

interprétations des songes par les anciens, l'extrait suivant d'un mémoire de l'Anglais Warburthon sur les hiéroglyphes, publié au milieu du siècle dernier :

« Artemidore, qui vivait vers le commencement du second siècle, a écrit un traité des songes et s'est servi d'auteurs beaucoup plus anciens pour composer son ouvrage. Il divise les songes en spéculatifs et en allégoriques. La première espèce est celle qui représente une image simple et directe de l'événement prédit. La seconde espèce n'en représente qu'une image tropique et symbolique, c'est-à-dire indirecte. Cette dernière espèce est celle qui compose l'ample classe des songes confus et qui a besoin d'interprète.

« Cela supposé, il est question d'examiner quel fondement peut avoir eu, originairement, l'interprétation que lonéirocritique donnait quand il disait à une personne qui le consultait qu'un dragon signifiait royauté, un serpent, maladie, une vipère de l'argent ; que des grenouilles marquaient des imposteurs, que des pigeons signifiaient des femmes et des perdrix des personnes impies, qu'une hirondelle indiquait affliction, mort ou désastre, le chat un adultère, et l' ichneumon un homme méchant, etc.

« Car l'ancienne onéirocritie consistait dans ces sortes d'interprétations recherchées et mystérieuses.

ce Voilà la solution naturelle de la difficulté : La science symbolique dans laquelle les piètres égyptiens qui ont été les premiers interprètes des songes étaient devenus très-habiles, servait de fondement à leurs interprétations. Ce système devait donner beaucoup de crédit à l'art, et satisfaire également celui qui consultait et celui qui était consulté ; car les Égyptiens regardaient leurs Dieux comme auteurs de la science hiéroglyphique. Rien alors de plus naturel que de supposer que ces mêmes Dieux, qu'ils croyaient aussi auteurs des songes, employaient pour les songes le même langage que pour les hiéroglyphes. 11 est vrai que l'onéirocritie une

qui venaient dormir dans leur temple, ils ne s'en servaient que pour leur suggérer des apparitions on rapport avec leurs doctrines, et non point pour obtenir de l'homme endormi une étude consciente de ses perceptions les plus intimes.

C'est ainsi que nous lisons dans Artemidore des instructions et des exemples tels que ceux-ci ' :

fois en honneur, chaque siècle introduisit pour la décorer de nouvelles superstitions qui la surchargèrent à la fin si fort que l'ancien fondement sur lequel elle reposait ne fut plus du tout connu.

« S'il était nécessaire de s'étendre davantage pour prouver l'origine de l'onéirocritie, j'insisterais sur les exemples d'interprétations que j'ai cités un peu plus haut, d'après Artemidore. J'en pourrais rapporter un grand nombre d'autres et Ton verrait que ces interprétations ne diffèrent pas des interprétations symboliques que l'on trouve dans Horapollo.

« Enfin, il y a une chose remarquable qui lève toute difficulté. Je ne ferai que l'indiquer quoique le sujet méritât que je m'y étendisse davantage. Le mot technique dont les onéirocritiques se servaient pour exprimer les fantômes aperçus dans les songes était celui de 2T0IXEIÀ qui signifie éléments. Il ne serait pas aisé de donner une bonne raison de l'usage d'un terme si singulier dans toute autre supposition que celle qui fait dériver l'onéirocritie de l'écriture symbolique. Mais, dans cette hypothèse, la chose est facile et devient évidente, puisque les marques symboliques étaient appelées 2T0IXEIA. Lorsqu'ils se servaient donc des symboles, il n'y avait rien de plus simple et de si naturel que d'employer le même terme pour exprimer les mêmes images gravées sur la pierre ou dans l'imagination. »

Wàrburthon, Essai sur les hiéroglyphes.

Trad. française. Paris, 1744.

\ . Je conserve le style de la traduction française publiée

« L'olivier est un arbre toujours vert et solide et de toute antiquité dédié à la Déesse Minerve, réputée Déesse de Sapience. Un homme songea qu'un olivier lui sortait de la teste et il suyvist l'estude de la Philosophie de grand courage , et y acquist science et honneur perdurable. »

Ailleurs :

« Les raines et grenouilles, ce sont abuseurs et bavarts; mais les voir en songe est bon à ceux qui vivent sur le commun. J'ai connu homme qui avoit songé qu'il frappoit de son poing et des nœuds et jointures des doigts dessus les grenouilles, et advint que son maître luy donna puissance sur tous les autres de la maison. Aussi l'on peut estimer que l'estang représentoit la maison , les grenouilles les habitants, le frappement des doigts, le commandement.

« Courir est bon, fors aux malades, quand ils peuvent bien venir à fin de leur course, car ce leur signifie qu'ils viendront en bref au terme et fin de leur vie.

« Souvent voir mêmes songes, et par plusieurs nuits s'entre suivantes de près, c'est signe que notre esprit nous admoneste et prédit affectionneen 1634, par Charles Fontaine. Elle joint au mérite de l'exactitude celui d'être écrite avec une entière bonne foi.

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