DEUXIÈME PARTIE
quels on croyait être arrivé sont purement illusoires, et que la solution dont on se réjouissait n'a pas le sens commun. »
Cabanis, au contraire, a écrit: « Nous avons quelquefois en songe des idées que nous n'avions jamais eues. Nous croyons converser par exemple avec un homme qui nous dit des choses que nous ne savions pas. En effet, l'esprit peut continuer ses recherches dans les songes ; il peut être conduit par une certaine suite de raisonnements, à des idées qu'il n'avait pas; il peut faire, à son insu, comme il le fait à chaque instant durant la veille, des calculs rapides qui lui dévoilent l'avenir ; enfin, certaines séries d'impressions internes, qui se coordonnent avec des idées antérieures, peuvent mettre en jeu toutes les puissances de l'imagination, et même présenter à l'individu une suite d'événements dont il croira quelquefois entendre, dans une conversation régulière, le récit et les détails1. »
J'estime qu'il y a lieu de faire d'importantes distinctions, suivant la nature des travaux dont il s'agira. Les travaux qui exigent l'application réfléchie d'une infinité de notions complexes, acquises par l'étude pendant la vie réelle, des comparaisons prises de loin, des raisonnements et des
\ . Cabanis, Rapport du moral et du physique de F homme.
déductions suivies, ces travaux-là seront généralement mauvais. Ceux qui demandent au contraire plus d'inspiration que de sang-froid, et pour lesquels une demi-ivresse ne serait pas nuisible ; ceux où l'esprit s'exerce sur une matière simple, positive, homogène, où les idées conséquentes s'enchaînent d'elles-mêmes, comme dans les calculs mathématiques, par exemple; ou bien encore où les réminiscences et les rapprochements par analogie de formes sont d'une grande ressource, comme les compositions des musiciens, des peintres et des architectes, ceux-là pourront parfois être excellents.
Cette question sera développée plus loin au livre des observations pratiques. J'essayerai d'y expliquer, et d'appuyer de quelques exemples, ce que je ne fais ici que mentionner.
J'ai lieu de croire, du reste, que mes propositions sur la possibilité de guider ses propres rêves n'eussent pas été, a priori du moins, défavorablement accueillies par le célèbre physiologiste prussien, puisqu'il a dit aussi : « Quand le rêve se rapproche beaucoup de l'état de veille, on sent très-bien qu'on rêve et malgré l'intime conviction qu'on en a, on peut cependant continuer de rêver1. »
Un autre passage du même écrivain pourrait en-