DEUXIÈME PARTIE
Du sommeil au point de vue physiologique et psychologique; par M. Albert Lemoine. — Existe-t-il un sommeil sans rêves ? — Faut-il voir dans le rêve une forme particulière de la pensée? — Sur la transition de la veille au sommeil.
— Nouvelles considérations sur la valeur des mots rêver et penser. — L'âme a-t-elle besoin de repos? — La théorie des ébranlements de fibres, et le système de Maine de Eiran.
— Comment M. Lemoine explique l'incohérence des songes. — Du plus ou moins de netteté dans les images, et pourquoi nos rêves offrent très-rarement un égal degré de lucidité. — Au milieu de quelles circonstances une dame revoit en songe un frère qu'elle avait perdu plusieurs années auparavant. — Altération de certains clichés-souvenirs et merveilleuse conservation de certains autres. — De la transition par substitution ou par superposition d'images. — Sur la part de chacun de nos sens dans la formation de nos rêves. — Impuissance des théories matérialistes pour expliquer les illusions du sommeil. — Alternatives d'activité et de passivité de notre esprit, et conséquences de ce phénomène sur la trame de nos rêves.
— Comment je classerais volontiers les songes. — De l'influence des sensations organiques sur l'esprit pendant les rêves, et réaction des préoccupations de l'esprit sur les organes. — Ce qui empêche quelquefois le sommeil d'être réparateur. — Nature de l'effort que fait l'esprit pour réveiller le corps. — Sensibilité morale. — Les sentiments, que Ton éprouve en rêve ressemblent-ils toujours à ceux qu'on a quand on est éveillé? — De l'intelligence, en rêve, et pourquoi les jugements qu'on porte dans cet état sont très-souvent erronés. — Comparaison du rêve et de la folie.
— De la conscience, de la mémoire, de l'association des idées et de l'imagination, selon M. Lemoine. — Importantes
distinctions à faire à propos du rôle que joue dans nos rêves cette dernière faculté. — De l'attention et de la puissance locomotrice.
Existe t -il un sommeil sans rêves? Peut-on dormir sans rêver? Sur cette question capitale et primordiale , M. Lemoine nous offrira tout d'abord les plus cruelles hésitations.
u La première période du sommeil qui suit l'assoupissement est presque toujours exempte de rêves, » lira-t-on dès le début (page 20).
Mais un peu plus loin , voilà que le même chapitre contiendra des passages tels que ceux-ci :
« Si le souvenir d'un rêve s'est dissipé avec le sommeil, nous disons n'avoir pas rêvé. Qu'un témoin de nos songes surprenne, sur notre visage ou dans nos mouvements, la preuve que nous sommes agités par un rêve , et qu'il nous raconte ce qu'il a vu , nous dirons seulement que nous en avons perdu le souvenir; j'ajouterai même, à ce sujet, que j'ai réveillé des gens qui rêvaient et que je les ai forcés de convenir, en leur rappelant leurs dernières paroles ou leurs derniers gestes, qu'ils rêvaient véritablement.
« 11 n'est pas douteux que pendant la veille nous ne cessons jamais de penser ou de sentir; cependant nous ne pourrions pas, à la fin de la