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CHAPITRE II

INFLUENCE DES RÊVES SUR L4DÉATI0N ET SUR LES ACTES ACCOMPLIS A L'ÉTAT DE VEILLE

Il est d^observalion banale qu'on peut vivre son rêve pendant la journée qui le suit. L'impression qu'il fait sur Tesprit du dormeur ne se dissipe pas toujours à l'état de veille ; elle est plus ou moins violente selon que le rêve a porté sur un ordre affectif plus ou moins intime. Je m'explique. Dans l'adolescence, par exemple, le sentiment affectif le plus développé est celui de l'amour.

Le jeune homme rêve peu d'intérêt qui guide l'âge milr. S'il fait par hasard un rêve dans cet ordre d'idées, la trace que ce rêve laissera dans son esprit au réveil sera peu profonde. L'adolescent rêve de ia femme aimée, et ce rêve laisse une empreinte durable. Il n'est pas rare de rencontrer des jeunes filles qui vivent leur rêve pendant une journée entière. Pour avoir d'autres préoccupations, Tàge mûr agit de même. Un financier rêve un coup de bourse, et le lendemain il vit plus financièrement que la veille. Un homme de science poursuit souvent une idée qu'il a eue pendant le sommeil et vit plus intimement avec cette idée au réveil. Il y a là comme une auto-suggestion qui peut acquérir une puissance quelquefois très grande, ainsi que nous le verrons dans la suite. Les actes accomplis

dans cet état dépendenl plutôt du rêve que de la volonté, telle qu'on l'entend du moins jusqu'à ce jour. Mais procédons par ordre. Le cas le plus simple est le rappel d'un rêve par un mot ou par une association d'idées.

Je rêve, par exemple, que je me trouve dans un salon devant une peinture fort belle. Un peintre de mes amis, une dame du monde et moi l'admirons, alors qu'elle n'était nullement goûtée des personnes qui nous entouraient. D'où discussion. Nous étions trois à ne pas trouver l'œuvre « bourgeoise ». Or, le lendemain matin, ayant complètement oublié ce rêve trop banal pour laisser une trace profonde dans mon esprit, je passai devant un marchand d'estampes et vis à sa vitrine une gravure représentant un jeune époux embrassant sa jeune femme au sortir de l'église. Est-ce assez bourgeois ! dis-je en passant, et aussitôt le souvenir du rêve revint avec une grande intensité, et pendant un instant je vécus mon rêve, voyant psychiquement les personnages, la dame et mon ami. L'impression générale que j'éprouvai était celle du rêve, et non celle du milieu dans lequel je me trouvais, sur la voie publique. Elle fut' d'ailleurs de très courte durée.

Une autre fois je rêve d'une personne drôlement costumée que j'avais rencontrée dans la rue deux mois auparavant, sans que ma curiosité eût été très éveillée. J'oublie mou rêve, et, le lendemain dans l'après-midi, ayant vu passer une jeune fille de la campagne mise avec mauvais gotlt, je me rappelle le rêve que j'avais fait douze heures avant.

Ainsi une impression reçue à l'état de veille provoque un rêve, et une impression à peu près semblable, reçue à l'état de veille, rappelle un rêve qu'on a oublié. Ce sont

des mémoires qui s'excitent mutuellement et qui peuvent produire des phénomènes d'hypermnésîe fort curieux.

On connaît le cas cité par Abercrombie. Un de ses amis, employé dans une des principales banques de Glascow en qualité de caissier, était à son bureau, lorsqu'un individu assez grotesquement habillé réclama le paiement d'une somme de six livres. Plusieurs personnes avant lui attendaient leur tour, mais il était si impatient, si bruyant et surtout si insupportable par son bégaiement, qu'un des assistants pria le caissier de payer cet homme pour qu'on en fût débarrassé. Celui-ci fit droit à sa demande, sans prendre note de cette affaire. A la fin de l'année, qui eut lieu huit ou neuf mois après, la balance des comptes ne put être établie : il s'y trouvait toujours une erreur de six livres. Le caissier passa inutilement plusieurs nuits et plusieurs jours à chercher ce déficit ; vaincu par la fatigue, il se mit au lit et rêva qu'il était au bureau, que le bègue se présentait, et bientôt tous les détails de cette affaire revinrent fidèlement à son esprit. A son réveil, il examina ses livres, il reconnut en effet que cette somme n'avait point été portée à son journal et qu'ell<|^répondait exactement à l'erreur.

Ici ce n'est pas une impression sensorielle reçue à l'état de veille qui remémore un rêve, mais bien un rêve qui réveille des mémoires paraissant éteintes depuis longtemps. Le travail psychique de la veille, par la concentration d'esprit, avait préparé le retour d'un souvenir lointain.

M. R... de Bowland (i), propriétaire dans la vallée de

(I) R. Macnisti, The Philosophy of sleep^ p. 81;Loiidon, M'Phun and Son ; et Macario, Ann, méd.'psych.y 1846, t. VIII, p. 186.

Gala, tilail poursuivi en justice pour une sommé considérable d'argent que son père avait payée jadis et qu*on luj réclamait à nouveau.

Il fit de longues et nombreuses recherches, très rninu* lieuses dans les papiers de la succession : il ne put trouver aucune preuve en sa faveur. Le terme du paiement étant arrivé, il allait s'exécuter le lendemain. 11 se coucha dans cette disposition d'esprit ; à peine était-il endormi que son père lui apparut et lui demanda ce qui le troublait ainsi. M. R... lui lit connaître la cause de son inquiétude, car il avait la conviction que la somme n'était pas due. -^ Vous avez raison, répondit le père, j*ai payé ces dîmes ; les papiers relatifs à cette transaction sont dans les mains de M..., avoué, qui est maintenant retiré des affaires et demeure à Suveresk, près Edimbourg. J'eus recours à hii dans cette circonstance, quoiqu'il n'ait jamais été chargé de mes affaires. S'il venait à oublier cette particularité, rappelez-lui qu'il s'éleva entre nous une difficulté sur le change d'une pièce d'or du Portugal et que nous convînmes de boire la différence à la taverne.

M. R... s'éveilla le matin, l'esprit plein de son rêve. Il passa par Suveresk avant de se rendre à Edimbourg ; il y trouva la personne signalée dans le rêve, mais très avancée en âge. Elle avait tout oublié; cependant la circonstance de la pièce d'or lui remit tout en mémoire. On trouva les papiers, et le procès fut gagné.

11 est évident qu'ici il s'agit d'un rappel lointain de mémoire. Une longue concentration d'esprit avait préparé la voie, en mettant en mouvement dans les profondeurs des centres psychiques la sériation des mémoires se rapportant

de près ou de loin à cette affaire. A Tétat de sommeil le travail se poursuivait en profondeur, inconsciemment pour le dormeur, et tout à coup la mémoire qu'il cherchait se présenta à lui. Mais comme le moi splanchnique qui avait conscience d'avoir tout oublié ne pouvait admettre cette représentation, il la modifia en l'objectivant sous les traits du père. D'où dialogue dont le moi splanchnique faisait tous les frais, et par c moi splanchnique i j'entends le moi cérébral, M. R... avait dû entendre parler de cette affiaire dans sa jeunesse, par son père. Le change d'une pièce d'or du Portugal, monnaie assez rare en Angleterre, et la discussion qui s'était élevée à ce propos, avaient dû frapper jadis son jeune esprit. Ces cas de réminiscence ne sont pas rares, d'ailleurs, dans le sommeil somnambulique et dans le sommeil hypnotique.

La jeune paysanne qui parlait latin, grec et hébreu bien que n'ayant reçu qu'une instruction rudimentaire, rentre dans le même cas. c La mémoire du mot devient automatique comme celle de la marche, par exemple (1). s

Tandis que le caissier d'Abercrombie n'avait vu que la scène du paiement des 6 livres, M. R... avait vu et entendu son père. C'est qu'entre le rêve et l'hallucinalion il y a un rapport intime. On peut même avancer que le rêve visuel est une hallucination avec les yeux fermés. Que l'état hallucinatoire soit plus prononcé et il continue dans l'état hypnagogique quand le moi sensoriel se réveille peu à peu. Ces deux états confinent tellement l'un vers l'autre que, chez les personnes sujettes aux hallucinations hypnagogiques,

(1) Dicbas, loc. ciu Th., Bordeaux, 1887.

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les images aperçues dans ces hallucinations apparaissent quelquefois, dans la trame du rêve qui suit, pendant le som« meil (1). D'autre part, Tirnage visuelle ou auditive apparue dans un rêve peut provoquer une hallucination visuelle ou auditive au moment du réveil. Tissot (2), ayant rêvé d'une figure monstrueuse, se réveilla tout à coup, et vit très nettement cette image devant ses yeux. Spinosa aperçut, éveillé, un horrible lépreux qu'il avait vu en rêve. Le docteur Liébault rêvant d'incendie se réveilla et vit l'image de l'incendie (3).

Voilà des hallucinations commencées à l'état de rêve et se continuant dans la veille. Mais Thallucination d'un sens peut provoquer celle d'un autre sens.

« Ce matin, dit M. le professeur Dupuy (4), après mon réveil, ayant entrevu vaguement les traits d'un certain architecte, je l'entends qui me parle d'une propriété. Puis se reprenant, et son image fugitive avait déjà disparu : « Il « ne s'agit point, dit-il, d'une propriété a la campagne, « mais d'une propriété de pavés et de pierres. Puisque la « concession est certaine et qu'on doit fonder une école « congréganiste... »

« A ces mots la phrase est subitement interrompue, ajoute cet auteur, le pouvoir directeur surgit aussitôt des nuages dont l'enveloppait l'automatisme cérébral pour se déclarer absolument étranger à pareille pensée. J'ai eu là un rêve tout éveillé. Entre ce rêve-là et celui qui arrive au moment où l'on dort, je ne puis faire aucune différence. »

Il s'agit évidemment d'un rêve commencé dans l'état hypnagogique et terminé à l'état de veille, dans une hallucination auditive.

(1) Max Simon, loc. cit., p. 239.

(2) Tissot. l'Imagination.

{'à) Liébault, Du sommeil et des états analogues*

(4) Dupuy, loc, ait.

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L'idëe dominante, qui était c une affaire à traiter » , avait été objectivée.

Voici une autre observation du même auteur dans laquelle Tballucination visuelle fait défaut, bien qu'elle soit le point de départ d'une hallucination auditive.

c Cette nuit, vers cinq heures, je m'imagine dans un rêve que je viens d'être l'objet d'une forte surcharge d'impôt des plus gênantes pour une situation des plus modestes comme la mienne. Je me réveille brusquement avec un sentimentde vive contrariété. Puis, presque aussitôt après, i'entends intellectuellement quelqu un me dire sans que je le voie : f Votre contribution est augmentée d'un tiers en « sus. » Je note le fait dans mon souvenir et puis me rendormir encore (1). »

C'est maintenant Thallucination du goût provoquant une représentation visuelle qui, cependant, n'est pas assez vive pour donner naissance à une hallucination.

B... (Léon) me raconte qu'étant à Paris, il y a quelques années, il rêva qu'il était à table et qu'il faisait un bon repas. Il se lève, il était deux heures du matin, et, étant éveillé, il dit à un ami qui couchait dans la même chambre : c Que fais-tu donc ! Fais donc passer du vin ! » Et il cherche dans la chambre, étonné de ne pas trouver le vin qu'il désirait. L'ami alluma une bougie. Le rêve dura quelques minutes.

L'hallucination peut être tactile.

Une personne rêve qu'elle est poignardée ; elle se réveille en sentant le froid de la lame dans son cou. Elle la sentit si bien, au premier moment du réveil, qu'elle fit cette réflexion : « Cette fois-ci, ça y est (2). »

(1) Dupuy, lœ, ct7., p. 14.

(2) Ibid., p. 21.

154 INFtIJENCE DK8 RÉTES

Voici maintenant quelques observations d'actes musculaires accomplis à Tétat de veille sous Tinfluence d'un

rêve.

Un soldat de ma connaissance rêve qu'il passe en conseil de guerre pour un délit quelconque. On désarmait les hommes en ce moment et il devait rendre son sabre, puisqu'il quittait le régiment. Le sabre était à côté de son Ut. Il se réveille, et aussitôt il y porte la main, et, Tayant trouvé en place, il se dit : « C'est bon, ce n'est qu'un rêve, je puis me rendormir. »

On peut penser qu'il s'agit tout simplement d'une hallucination hypnagogîque, accompagnée d'un acte. Mais voici un fait qui m'est personnel :

Je venais de soutenir ma thèse de doctorat en médecine; je rêve une nuit qu'elle est Tobjet d'une vive discussion de la part de quelques-uns de mes confrères, devant lesquels je soutenais vivement les idées que j'avais émises.

Je prends note sur une feuille de papier des arguments qui me sont posés. A mon réveil, j'avais tout oublié. Je sors, fais quelques courses, puis, rentrant chez moi, je me place devant ma table de travail et j'écris je ne sais plus sur quel sujet. Â un moment donné, j'ouvre le tiroir de ma table pour y prendre un document dont j'avais besoin, et aussitôt je pose ma main sur le dossier où j'ai réuni tout ce qui a été écrit sur ma thèse, dans l'intention d'y trouver les notes que j'avais prises pendant mon rêve. Tout à coup et presque instantanément je me rappelai mon rêve. J'avais été le jouet d'une auto-suggestion que j'accompagnais d'un acte musculaire.

Voici le même phénomène, plus accentué encore. Je

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rencontre subitement, un jour du mois d'août 1888, un monsieur que j'ai connu jadis, mais que j'avais perdu de vue depuis longtemps. Nous ne nous saluions plus, n'ayant jamais entretenu des relations suivies. Or, ce jour-là, je le saluai. Je fus très étonné de Tacte que je venais d''acconiplir et je me rappelai tout à coup le rêve que j'avais fait la nuit précédente. J'avais rêvé que j'avais longuement causé avec ce monsieur et que nous nous étions quittés dans d'excellents termes, en nous serrant la main. Il m'avait semblé, en le saluant, que je ne l'avais jamais perdu de vue.

Si, au lieu de nous rencontrer brusquement, j'avais vu venir cette personne, j'aurais eu le temps de me rappeler mon rêve et je n'aurais pas salué, car le jugement aurait pu s'établir; mais, dans le cas présent, la représentation avait été si vive qu'elle me faisait vivre mon rêve avec assez d'intensité pour provoquer un acte musculaire.

Il y a mieux, la fatigue musculaire ressentie pendant un rêve peut subsister au réveil dans les muscles mis en jeu psychiquement, et cela non seulement aussitôt après le réveil, mais quelques beures plus tard.

Je rêve, le 29 janvier dernier, que je suis perché au sommet d'un clocher où je me cramponne solidement avec les mains et surtout avec les jambes, dont les muscles adducteurs fatiguent beaucoup, étant ^ans la position d'un homme qui grimpe. Je sens mes forces m'abandonner peu à peu; je sens que je vais lâcher mon point d'appui, je vois l'abîme au-dessous de moi* C'est un cauchemar affreux. Je serre les jambes avec désespoir. Tout à coup, au moment de tomber, j'aperçois le rebord d'un toit ; je pose les pieds dessus, je suis sauvé. Alors, poursuivant l'étude que je

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faisais sur moi-même à Tëtat de sommeil, je me demande si le rêve que je viens de faire n'est pas dû à une impression sensorielle provoquée par la position de mes jambes dans le lit, ou à la fatigue réelle des muscles par cette même position, ou bien encore si cette fatigue est d*origine cérébrale. C'est en raisonnant sur ces trois hypothèses que je me réveille. J'éprouvais vraiment une grande lassitude dans les adducteurs, qui étaient meurtris comme si j'avais reçu des coups de bâton. Mes jambes étaient allongées, et non en adduction ; aucun poids ne pressait sur la partie douloureuse. La douleur ressentie était d'origine psychique.

Voici la seconde observation :

Le 3i janvier dernier, c'est-à-dire deux jours après le rêve que je viens de citer, je traversais le Jardin Public à onze heures du matin, me rendant chez moi et devant sortir par la porte de la place de Longchamps. Arrivé à côté des serres, je suivais le bord de la rivière, je pensai que pour abréger il valait mieux traverser le Jardin des Plantes plutôt que de passer sur le petit pont de bois. Je revins sur mes pas. Arrivé au milieu de la petite côte qui mène à la terrasse, je donnai subitement un fort coup de ÎSLTTei, et cela sans le vouloir; aussitôt j'éprouvai une grande lassitude dans tout le corps.

L'impression avait été « en éclair ».

« J'ai ressenti cela, » me dis-je très surpris, et aussitôt le rêve que j'avais fait la nuit précédente revint à ma mémoire, avec une grande vigueur.

J'avais, en effet, rêvé que je poussais une petite charrette à bras trop chargée. Arrivé au mt7teM d'une côte, j'avais senti que le poids allait m'entrainer au bas, que j'allais rouler

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èl m'écraser; j'avais lutté, je m'étais arc-bouté et j'avais mis la charrette de travers. Cet effort avait provoqué une grande fatigue. Puis, m'é tant reposé, j'avais continué Tascension.

Ainsi voilà deux cauchemars, faits à deux jours d'intervalle, qui avaient provoqué en moi une fatigue musculaire d'origine psychique.

Je ferai remarquer que c'est au milieu de la petite côte du Jardin Public que j'ai ressenti la douleur éprouvée au milieu de la côte gravie dans mon rêve. J'avais complètement oublié le cauchemar, et c'est à onze heures du matin qu'il surgit tout à coup, accompagné de la fatigue nïusculaire qu'il avait provoquée. Il s'est produit un rappel de mémoire, non seulement du rêve, mais de la fatigue, et cette mémoire a suffi pour reproduire la fatigue elle-même. Car le coup de jarret que j'ai donné était involontaire : il appartenait au rêve de la nuit précédente.

L'impression d'ascension inconsciente pour moi jusqu'au milieu de la côte était perçue inconsciemment par mon cerveau ; un rappel de mémoire avait eu lieu par une association d'idées, je vivais musculairement le cauchemar de la nuit précédente.

. Nous avons vu qu'Albert souffre, pendant la journée qui suit son rêve, de la douleur ressentie en dormant.

En résumé, les hallucinations et les actes musculaires dont je viens de rapporter les observations sont provoqués par une auto-suggestion établie dans un état de sommeil physiologique. Entre celui-ci, le sommeil somnambulique et le sommeil hypnotique, il n'y a qu'une différence de degrés, de plus à moins ou moins à plus.

15S INFLUËIfCE DES JIÉVE6

La suggestion peut être donnée dans le sommeil physiologique comme dans le sommeil provoqué. Si donc les effets sont les mêmes, il est permis d'admettre des états de cause semblables.

« Dans une salle de douze malades endormis tous naturellement ou par hypnose, on réveille un sujet, dit Bernheim(l) ; on lui suggère une hallucination rétroactive d'un fait qui se serait passé la veille, par exemple dans la même s^lle: rixe ou querelle. Le malade accepte la suggestion; il est au besoin prêt à jurer que le fait s'est réellement passé sous ses yeux. Mais voici le plus curieux : si Ton réveille alors Tun des sujets qui ont assisté endormis à la scène et qu'on l'interroge sur le même fait supposé, il se le rappelle et le certifie aussi. 11 en est de même de tous les autres, même de ceux qui dormaient d'un sommeil na^ turel, car ils ont entendu la discussion, sans se réveiller. »

M. Bernheim conclut qu'il ne faut jamais parler devant un homme endormi et que ces expériences montrent l'efiVayante faillibilité du témoignage humain. A l'appui de ce fait, voici un cas d'obsession créé expérimentalement sur ma sœur, personne saine d'esprit et bien équilibrée.

Je sors, un soir du mois de juin 1889, en disant à ma sœur que je me rends au comité du Véloce-duh bordelais dont je fais partie. Je rentre à onze heures du soir, et, trouvant ma sœur endormie hypnagogiquement, je lui dis doucement à l'oreille cette phrase qui n'avait pas de sens : « Gambetta est mort. » Puis je la quitte. La journée se passe sans incident ; cependant le soir, elle m'apprend que, vers dix heures du matin, comme elle liâait un article sur réducation en France, le souvenir de Gambetta lui était

(1) Sur le9 faux témoignage» suggéré» à l'état de sommeil (Progrès médical 17 août 1889, p. 156.)— Congrès international de Vhypnàiisme expérimental et thérapeutique, Paris, 1889.

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venu à l'esprit. Cette pensée l'avait poursuivie toute la journée. Elle savait parfaitement que Gambetta était mort, et depuis longtemps; aussi trouvait-elle absurde de répéter mentalement : c Gambetta est mort ». « Je dois l'avoir rêvé..., » me dit-elle. Puis tout à coup, comme nous passions devant le siège du Véloce-Club bordelais, elle s'écria : « C'est toi qui me l'as dit, hier soir î » Mais comme je feignais d'être étonné, elle douta de nouveau, ne sachant à quoi s'en tenir. La voyant fort perplexe, et l'expérience étant concluante, je lui avouai la vérité.

Après l'obsession, voici un cas de suggestion thérapeutique donnée dans le sommeil naturel à l'état hypnagogique :

Le 11 octobre 1889, M. C... me prie de voir son fils, âgé de dix-sept ans. Ce garçon a une mobilité de caractère qui l'a empêché de terminer ses études primaires; sa volonté est tour à tour forte et faible. Il ne peut rester longtemps chez le même patron. 11 était arrivé la veille d'une ville éloignée du département où on Tavait mis en apprentissage. Ayant quitté son maître sans l'avertir, il avait passé la nuit dans de mauvais lieux, à Bordeaux, avec des lutteurs dont il fait sa société de prédilection. C... est un onaniste invétéré. Il offre des troubles très marqués de la sensibilité cutanée au chatouillement, à la chaleur, à la piqûre, au pincement, etc. Il a, de plus, de la paralysie des vaso-moteurs : l'ongle passée sur la peau y laisse une tratnëe rougeâtre. Le réflexe pharyngien est aboli.

G..., qui est bien constitué, fait parade de ses muscles. Il aime descendre dans l'arène pour y écarter les taureaux ; le danger l'y attire, il ne peut s'empêcher de se lancer à

la tôte de ranimai, et pourtant il a peur« Je conseille les douches et la suggestion hypnotique. G... ne veut pas suivre de traitement. Prenant alors son père à part, je lui dis d'essayer de la suggestion dans le sommeil normal, ce qui fut fait pendant six nuits. M. G..., s'approchant du lit de son fils endormi, lui disait d'être plus calme, de lutter contre sa passion et d'avoir de la suite dans les idées...

Le 30' novembre, les résultats obtenus étaient excellents. M. G..., considérant la guérison comme établie, a supprimé toute suggestion. Nous voici arrivé à la partie la plus intéressante de ce chapitre : celle qui a rapport à l'influence des rêves sur la formation des idées délirantes et.sur les actes qu'elles provoquent.

M"^^ B..., cinquante et un ans, atteinte depuis quatre ans de la crainte de faire mal à ses semblables, à elle-même et à son peiit-fils. Â peur de se jeter par la fenêtre. Malaise et angoisse dans les grandes foules ; pas d'agoraphobie. Grainte de devenir folle. Palpitations, tremblements, sommeil agité , hallucinations hypnagogiques désagréables (fantômes), dont elle a conscience. Quand elle rêve de brigands ou de voleurs, le lendemain elle s'assure bien si toutes les portes sont fermées, elle se barricade et n'est pas tranquille de la journée (1).

M»"® B..., trente-quatre ans, hystérique, rêve une nuit qu'elle tue son mari et sa fille avec un grand couteau. Le matin, elle s'assure que ce n'est pas vrai et dit: « Ah ! mon Dieu, si je les avais tués ! » Â partir de ce moment, elle ne peut plus voir de couteau sans éprouver une peur atroce. Angoisses et défaillances si on la force à prendre l'instrument tranchant : elle a peur de faire du mal à quelqu'un, surtout à son mari et à sa fille qu'elle aime beaucoup. Elle rêve fréquemment de couteau : la nuit elle s'attacne les poignets, de peur de se lever et d'aller en chercher un.

(1) Ph. Chasiin, loc. cit. Th., Paris, p. 40.

INFLUENCE DES RÊVES A l'ÉTATDE TEILLE 161

- J'ai été appelé il y a quelques semaines par un de mes confrères afin d'appliquer la suggestion hypnotique à une hystérique atteinte d'une obsession venue à la suite d'un rêve.

Cette dame, étant un jour devant la porte de son magasin, vit tomber un cheval qui traînait une charrette ; le conducteur tomba en même temps, sans pour cela se faire aucun mal. M"^^ B... éclata de rire. Un passant ayant assisté à l'accident lui dit: « Il n'y a pas de quoi rire, madame. » Elle senlit aussitôt une impression désagréable la saisir à la région épigastrique. Et ce fut tout. Le soir elle dîna fort bien, ne pensant à rien de ce qui s'était passé. Elle se coucha, s'endormit et revit la scène de la veille. Elle sentit qu'à partir de ce moment « elle ne pourrait plus parler sans rire v. Au réveil l'auto-suggestion avait produit son effet. M°^^B... rit au ne? des gens; mais comme elle tient un magasin, elle contracte les muscles masséters afin d'ouvrir la bouche le moins possible. Cette situation était devenue intolérable, car les clients s'étaient aperçus de sa façon d'agir à leur égard.

J. Franck rapporte, d'après Schenk, qu'un pharmacien fut pris de cauchemar en dormant; il accusa ceux qui étaient dans la même chambre de l'avoir presque tué dans la nuit en cherchant à l'étrangler. Ses compagnons avaient constaté qu'il avait passé la nuit sans dormir et dans un état de fureur.

Plus tard ce pharmacien accusa un démon qu'il voyait et qu'il dépeignait.

On ne put lui persuader le contraire qu'après un traitement qui le guérit de son cauchemar.

Dans cette observation, la pensée délirante avait été

assez vive pour s^objectiver dans une hallucination démoniaque.

Si les actes accomplis sont délirants, ils ne portent pas du moins une grave atteinte à la vie de Tindividu ou de ses semblables. Une malade se barricade, l'autre est persuadée «fti'elle ne peut parler sans rire; quant à la troisième, elle a la conscience de son obsession et elle s'attache les poignets pour ne pas être tentée de saisir un couteau. L'observation ne dit pas qu'elle ait été plus loin, et qu'elle ait accompli un meurtre.

Cette malade l'aurait peut-être accompli par la peur même de l'accomplir. J'ai donné mes soins à une obsédée qui avait des idées de suicide par ta peur même de se suicider (i).

Dans les deux observations suivantes, l'auto-suggestîon n'est pas dubitative, elle est affirmative ; aussi les actes sont-ils en rapport avec l'intensité du rêve.

La veuve School entend parler trois nuits consécutives une voix qui lui dit : « Tue ta fille, » Elle résiste d'abord et chasse ces pensées en se réveillant ; mais l'idée ne tarde pas à devenir ^y^^, elle persiste pendant la veille : ces paroles homicides retentissent sans cesse à son oreille, et l'infortunée immole son enfant (2).

M"** R... (3) est arrêtée au moment où elle allait se jeter dans la Seine. C'est sa troisième tentative de suicide depuis douze jours. Elle fond en larmes. Après de longues instances, elle se décide à parler.

Elle sait qu'elle est tendrement aimée de tous les siens.

(1) Semaine médicale du 14 août 1889, n* 35, p. 297.

(2) Macario, loccit. {Ann. méd.'psych.t t. VJJl, p. 176.)

(3) Faure, Etude sur les rêves morbides (rêves persistants). (Arcii, de médecine^ vol. I, 1876, p. bhï.)

INFLUENCE DES RÉVE8 À l'ÉTAT DE VETUX 163

Son mari et ses enfants sont très bons pour elle ; elle peut que se louer d'eux. Mais une nuit elle a rêvé, sans savoir pourquoi, sans avoir le moindre motif, que son mari voulait se séparer d'elle ; elle en a ressenti une telle peine qu'elle ne pourra jamais s'en consoler et elle aime mieux mourir.

Selon que ce rêve revient ou. non pendant la nuit, elle tente de se suicider ou elle reste bien tranquille.

Cette dernière observation démontre très clairement rinfluence du rêve sur les actes délirants à Tétat de veille. On peut cependant se demander si cette malade n'était pas atteinte de la folie des persécutions d'une nature particulière et intermittente que le rêve révélait. Les deux hypothèses peuvent se soutenir; je penche cependant pour la première : celle de l'auto-suggestiou. Quoi qu'il en soit, ni l'une ni Tautre n'enlèvent la valeur au rêve au point de vue de l'acte accompli.

W... (1) rêve une nuit qu'il doit se battre en duel, parce que la veille, étant au bal, il a souffleté un homme. Le lendemain il se rend chez un ami et le prie de l'assister, à huit heures du matin, du côté dlssy.

Naturellement le duel n'a pas lieu, mais W... reste pendant quelques jours fort perplexe ; enfin il finit par se rappeler, et il avoue qu'au lieu d'aller au bal ce soir-]à, il . était rentré chez lui et s'était mis au lit.

Il se souvenait parfaitement d'avoir eu, en rêve, une querelle qui lui avait causé une profonde terreur. Pendant plusieurs années, le souvenir de celte prétendue querelle s'emparait de lui : de nouveau, les circonstances lui revenaient précises et identiques. Quand il reconnaissait son erreur, il était le premier à en rire, mais dans d'autres moments il s'irritait et devenait furieux devant le moindre doute.

Ainsi, il y avait intermittence dans l'acte déraisonnable, et cela pendant plusieurs années. Un rêve dominait la vie

(1) Faure, loc. cit.

de W..., et, selon que son souvenir était plus ou moins vif, il riait de son aberration ou voulait la faire partager à ceux qui Tentouraient.

M. Baillarger rêve une nuit qu*un de ses confrères prend la direction d'un journal de médecine ; le lendemain, il annonce la nouvelle à toutes les personnes qu'il rencontre et qui peuvent s'intéresser à cette question. Cependant la chose n'existait pas, et ce n'est que devant les faits qu'il reconnut se tromper. Il se rappela alors le rêve qu'il avait eu et qu'il avait vécu pendant plusieurs heures (1).

M. le professeur Pitres me fournit l'observation suivante prise par M. Boisvert, son interne. Bien qu'il s'agisse d'un malade en convalescence de fièvre typhoïde, je n'ai pas cru devoir le classer dans la première partie. Le malade, ayant quitté son lit et sortant en ville, pouvait être considéré comme guéri.

Troit (Philippe) rêve qu'il était allé un soir chez son

riatron pour chercher deux bouteilles de vin ; celui-ci les ui donna et il les emporta, après avoir pris un acompte sur une troisième. Etant rentré à l'hôpital par le même chemin qu'il avait pris pour en sortir, il plaça le vin derrière sa tête, sur la petite planche du lit. Puis il se coucha en se frottant les mains et en disant : « M. Boisvert ne veut pas me laisser sortir : eh bien, je viens de lui jouer un tour. » Le lendemain matin, il voit l'infirmier et deux ou trois malades qui, à la lueur d'un « quinquet », buvaient ses deux bouteilles en ayant l'air de se moquer de lui. Un moment après, il se réveillait et, voyant la sœur qui passait, il lui affirma qu'on lui avait pris deux bouteilles de vin et que quatre individus les avaient bues devant lui.

« Mon rêve était tellement fort, ajoute Troit, que, lorsque je suis sorti, je suis allé chez mon patron et lui ai demandé s'il ne m'avait pas donné deux bouteilles de vin. Sur sa réponse négative, je suis resté très étonné. »

(1) Communication orale de M. le docteur Régis.

L'observation ne dit pas combien de temps Tauto-suggestion a duré.

A noter cette particularité, que le rêve fait par Troit est gustatif. On sait, en effet, quelle est Tappétence des iyphiques convalescents. Si la caractéristique de ce rêve n'avait pas été la conviction profonde d'avoir accompli un acte, il aurait pu trouver sa place dans le paragraphe des fièvres, car Torigine est splanchnique (gastrique).

Voici une observation qui m'est fournie par une de mes clientes. Elle n'était pas malade, et n'avait pas eu d'accès de fièvre dans la journée. Ici, le rêve a failli compromettre des intérêts, heureusement de peu d'importance.

M"® P..., trente-deux ans, pas d'hérédité névropathique, bonne santé, me raconte le fait suivant :

M. X..., négociant, se fait photographier un jour chez nous. Quelques jours après, il envoie un de ses commis pour retirer les épreuves ; celui-ci remet comme monnaie une étiquette d'échantillon de vin, portant l'adresse du bureau de M. X... où je devais envoyer toucher le montant du travail. Quelque temps après, comme je fe;iilletais le livre des comptes avec mon beau-frère, nous vîmes l'étiquette de M. X... que j'avais collée sur son compte courant. « Il faudra envoyer encaisser cette note, dit mon beau-frère. — Inutile, répondis-je, M. X... a payé. » Et comme mon beaufrère doutait, ne se rappelant pas avoir inscrit la somme sur le livre de caisse, je lui donnai des détails très précis sur le commis qui était venu acquitter la note, sur son âge, sur son costume, etc., etc. ; il avait même dit en entrant : « Je viens solder le compte de M. X... » A quelques jours de là, mon beau-frère, n'ayant pas trouvé trace de cette

somme, pensa qui! y avait erreur de caisse ; il chercha longtemps mais vainement, pendant une semaine^ car je lui assurais toujours que la somme avait été payée. 11 voulut en avoir le cœur net, et il envoya chez M. X... pour lui demander s'il avait envoyé régler son compte. M. X..» répondit négativement. Je réfléchis, mais je voyais toujours le commis ; cependant, quand on me demanda avec quelle monnaie j'avais reçu Targent, je ne pus préciser et je me rappelai alors seulement que j'avais fait un rêve. Je Tavais oublié à mon réveil. En voyant le livre des comptes courants, j'avais affirmé que M. X... avait payé sa note. Aujourd'hui encore je douterais sans les faits qui me prouvent mon erreur.

Ainsi voilà un rêve, chez une personne non hystérique et se portant bien, dont le souvenir subsiste pendant une semaine, et qui eût lésé ses intérêts sans le souci qu'avait son beau-frère de savoir où l'argent était passé. A noter le rappel du rêve en voyant le livre des comptes.

Ma sœur se fâche en rêve, une nuit, contre moi. Elle m'accuse d'acheter sans marchander. Ce rêve l'impressionne, elle se le rappelle parfaitement au réveil ; elle va faire le marché et se laisse tromper par les marchandes, n'osant pas discuter. Elle donne l'argent, sachant parfaitement qu*on la vole; mais un je ne sais quoi la retient, alors qu'elle débat toujours les prix. Elle sentait qu'elle était sous la domination du rêve et qu'elle ne pouvait lui résister.

Nous avons vu plus haut qu'une impression assez vive reçue pendant la veille avait provoqué chez une hystérique l'idée délirante de ne pouvoir parler sans rire. Mais il

s'agit d'une hystérique, et on peut classer ce rêve dans les rêves d'origine pathologique , bien qu'un traumatisme psychique Tait provoqué.

Voici une observation à peu près semblable, prise sur un gendarme, gens peu hystériques de nature :

Au mois de mars 1882, le gendarme S... est de service pour une exécution capitale; il assiste à la toilette et à rexécution : émotion très grande, tremblement nerveux. Quelques jours après, il cause avec son maréchal des logis ; il n'est pas d'accord avec lui, et il vint à sa pensée que son . chef pourrait bien faire un rapport contre lui au ministère de la guerre. Quelques jours après, il rêve qu'il est condamne à mort par ordre du ministre, sans être passé en jugement. « Dans mon rêve, dit-il, je me voyais tout garrotté, et l'on me poussait vers la guillotine en me roulant comme un tonneau. Je fus très vivement impressionné par ce rêve. Je le racontai à un de mes camarades qui se moqua de moi ; mais il me revenait très souvent à l'esprit.»

Le !•' du mois il s'enivre, il arrive trop tard et il est menacé d'une punition. Un peu de tristesse. Le 3, il se sent drôle et pense à son rêve ; il croit entendre dire à ses camarades qu'il va être guillotiné. 11 se couche, ne dort pas et entend une voix qui lui prédit la guillotine. Le lendemain, dans la nuit, même hallucination. Le matin, il se sauve, tentative de suicide, de meurtre. Il est pris, il entend des hallucinations auditives qui menacent de le faire guillotiner. Puis le 7, il dort un peu, et recouvre la raison avec le souvenir de ce qu'il a fait. A partir de ce moment, guérison (1).

En résumé, traumatisme psychique provoqué par une exécution à mort. Légère discussion avec sou chef qui, à l'état ordinaire, fût passée inaperçue, mais à laquelle son état d'esprit accorde une valeur qu'elle ne doit pas avoir. Ces deux mémoires s'unissent et créent le rêve de sa coii> damnation à mort. Jugement assez sâr pour rectifier l'im*

. (1} Tainc, Vlntelligence, 1883, t. I, p. 119.

168 INFLtJENCE DES RÊVES

pression que le rêve a laissée, puis, un jour, rappel plus intense du rêve , tellement intense qu'il provoque des hallucinations auditives avec tentatives de suicide et de meurtre, et cela après un enivrement qui renforce la mémoire délirante, Talcool ayant probablement produit à son tour un second traumatisme psychique.

Pendant ce temps il dort mal ; ses rêves paraissent être dus à un sommeil en hauteur, qui excite les couches supérieures des mémoires récemment acquises ; dès que ce sommeil devient plus profond, il réveille les mémoires plus profondes, plus anciennement acquises, qui lui permettent d'établir un jugement plus sâr. Il recouvre donc la raison, parce que le moi splanchnique (cérébral) n*est plus le jouet du moi sensoriel, ayant pris une nouvelle force dans le repos accordé par un sommeil plus profond que le sommeil hypnagogique.

Quoi qu'il en soit, notons en passant la production de rhallucination auditive pendant que S... croyait ne pas dormir, alors qu'il était dans un sommeil hypnagogique. On sait que cet état est particulièrement favorable à la production de pareils phénomènes.

Un garçon de magasin fortement constitué et d'une vie régulière se réveille un matin avec de la fièvre, de l'agitation extrême, une sueur abondante, de Tanxiété, an malaise très prononcé; il annonce que toutes les économies qu'il a faites sont détruites, il est ruiné, il est perdu. 11 dit que la veille, en conduisant un baquet, il s'était pris de querelle avec un cocher ; dans la bagarre, son baquet avait enfoncé la devanture d'un miroitier. On allait lui faire payer les dégâts. 11 n'ose avouer la chose à sa femme; il est horriblement tourmenté. 11 racontait d'ailleurs l'événement avec des détails circonstanciés et se voyait encore serré au cou par son adversaire qui Vavait frappé si vto-

INFLUENCE DES RÊVES A t'ÉTAT DE VEILLE 169

lemment quHl en avait perdu connaissance et qu'on avait dû le porter chez un marchand de vin pour le ranimer.

Sa femme affirma qu'il était dans son état ordinaire en rentrant la veille, qu'il avait fait ses affaires, passé la soirée à la maison, qu'il s'était couché sans préoccupation sérieuse.

X... vécut pendant trois jours dans cet état d'esprit, L tourmenté, n'ayant pas un instant de re{)os, bien qu'on t'eût

I conduit sur les lieux où l'accident s'était fictivement passé.

Ce n'est que quelques jours après qu'il se rendit vraiment compte du rêve qu'il avait fait. Toutefois il revint pendant un mois, et tous les jours, à cette fausse idée. Il s'asseyait alors en proie au plus grand découragement, pleurant et répétant : « Nous sommes perdus. » Sept ans après et de temps à autre, il est repris de ces crises, il oublie la vérité et vit pendant plusieurs jours sous le coup de ce désastre \ imaginaire (1).

, Ce rêve coîncide-t-il avec des accès intermittents de lypé-

manie, révèle-t-il la folie ou bien la provoque-t-il ? X... cependant ne peut être traité de fou.

Il est un côté de cette observation qui doit attirer Tatten-

^ tion. X... rêve quHl a le cou serré par un adversaire, quHl

est frappé avec une telle violence qu'il en perd connaissance, etc. On n'a généralement le sentiment de la perte de connaissance que dans la veille. Cette perte amène une modification ^organique pendant le temps qu'elle dure, qu'elle soit due à une congestion ou à une anémie cérébrales. Ce n'est qu'après l'attaque qu'on s'en rend compte. Comment X... a-t-il pu le faire en dormant ? 11 faut admettre qu'il y a eu réellement un traumatisme cérébral, peut-être une légère congestion encéphalique, qui aurait provoqué le rêve lui-même, de dispute, d'étouffement par la pression du cou, du choc violent reçu à la tête et d'évanouissement. Le moi splanchnique (cérébral), étant atteint dans sa fonction organique même, objectivait en faisant appel,

(1) Faure, loc. cit., p. 555.

comme toujours, aux images fourDies par le moi sèasoriel. On connaît la formaiion des rêves et leur tiystémaiisaiion selon l'organe qui tes provoque. (Les affttctions du cœur sont angoissantes, celles des poumons sont essoufflantes, etc.) Pourquoi ne pas admettre que X... ail subi un iraumaiisme cérébral pendant le sommeil : une poussée congestive, par exemple, qui aurait provoqué une sensation de perte de connaissance, et peut-être bien une véritable perte de connaissance du moi splanchnique qui n'avait plus conscience de lui-même pendant le traumatisme t

Quoi qu'il en soit, l'impression reçue avait été profonde, puisqu'elle subsistait sept ans après, ce qui ferait admettre l'hypothèse d'un traumatisme cérébral chez X... et celle d'un traumatisme psychique chez le gendarme S... Chez ce dernier l'alTection était fonctionnelle, chez X... elle était organique. Un sommeil déplace le rêve d'exécution capitale parce que la cause occasionnelle était toute représentative; mais il ne peut déplacer la typémanie de X... parce qu'elle est probablement d'origine organique.

C'est encore à une cause occasionnelle organique que sont dus \ti rêves de vol de l'observation suivante :

\... a été arrêté. En passant dans une rue, il voit des hareiii;s chez un épicier ; il entre en acheter. Pendant qu'on le sert, il voit des boites de sardines ; il oublie les harengs, met trois boites dans ses poches et s'en va tranquillement. L'épitier court après lui; il l'arrête en l'appelani voleur, X... se défend et dit qu'il ne sait pas ce qu'on lui veut; il tire même une ëpée de sa canne en menaçant ceux qui l'entourent, il reste confoudu et immobile quand on lui mourrez les boites sortant de sa poche.

Il raconte qu'il est obsédé nuit et jour depuis deux ou trois lins par des Idées de vol contre lesquelles proteste s;i

INFLUENCE DES RÊVES A L*ÉTAT DE VEILLE J7l

vie entière ; il a été officier comptable et s*est retire du service avec les notes les plus honorables.

La nuit il rêve qu'il commet les vols les plus incroyables; le jour, au moment où il s'y attend le moins, il est instan* tanément porté à s'emparer des choses qui lui sont des plus inutiles.

Une fois, il ouvre le tiroir d'un de ses collègues pour

S rendre une plume ; il voit 130 francs, et il s'en empare, ['osant pas rentrer chez lui avec cette somme dont il ne saurait justifier la possession aux yeux de sa femme, il la gaspille, dans la soirée, en acquisitions ridicules. I^e lendemain, cette somme était restituée par lui, mais il était renvoyé de son emploi. Ailleurs, il va commander un mobilier complet, bien qu'il n'en ait aucun besoin. Mais au moment de quitter la boutique du tapissier, qui avait suscité chez lui cette tentation, il se souvient qu il ne peut ni ne doit faire cette acquisition, et il donne un faux nom au marchand. Il voit des montres, il entre chez le marchand et choisit une montre de 525 francs ; le marchand, avant de la lui laisser, demande des arrhes. Il se souvient encore qu'il n'a pas besoin de cette montre, et, ne voulant pas donner un acompte, il fait un billet, mais il le signe d un faux nom. Chez un tailleur, c'est une autre comédie du même genre ; enfin les plaintes de toutes sortes en escroquerie, en filouterie, pleuvent contre cet homme qui pleure, se jette à terre, se débat comme un enfant à la pensée qu'onle considère comme un voleur. Il avoue lui-même qu'il ne pourrait pas dire ce qu'il a commis de vols absurdes.

11 a des moments d'agitation furieuse; on a dû lui mettre la camisole de force. On obtient de lui un moment de lucidité. Pendant plus d'une heure, il cause très raisonnablement, racontant tantôt en riant, tantôt en pleurant, tous ses vols ; on peut croire qu'il en accuse qui n'ont jamais été commis.

Antécédents : père ivrogne, mort fou dans un dépôt, après avoir dissipé une grande fortune.

Cet homme était alcoolique (i).

Cette observation a beaucoup de rapport avec celle d'Albert. Celui-ci rêve qu'il part, et le lendemain il s*en va. X... rêve qu'il vole, et le lendeinaia il devient voleur sans

■f aure, loc. cit., p. 563.

m INFLUENCE DES RÊVEg

le vouloir, sans le savoir ; il vole des boites de sardines le plus tranquillement du monde, ne prend pas même le soin de cacher Tobjet de son vol et reste confondu quand on lui montre les boites sortant de sa poche.

L'observation ne dit pas si, au moment du vol, X... était en état de somnambulisme.

X... est un dégénéré comme Albert. On est toujours fils de quelqu'un, surtout dans les maladies mentales. Alcoo^ lique lui-même, ses rêves revêtaient une forme spéciale et peu connue. Comme Albert, ce malade avait de Tamnésie et quelques moments de lucidité pendant ses crises d'autosuggestion.

Bien qu'il ait terminé par des accès de folie furieuse, je ne crois pas qu'on puisse classer les rêves de cet homme dans la catégorie des rêves symptomatiques annonçant une affection quelque temps à l'avance. On doit plutôt les considérer comme sympathiques à un état de dégénérescence mentale et devenant la cause occasionnelle d'actes criminels.

Mais il y a mieux, toute une vie peut être transformée par une série de rêves ou d'hallucinations à l'état de sommeil se rapportant à un même ordre d'idées.

Albert part, X... vole, A... devient réformateur, non tout à coup à la suite d'un rêve qui l'a impressionné vivement, mais peu à peu, après une succession d'étals psychiques que Sauvet a fort bien observés. Voici l'histoire abrégée de ce malade (1).

A..., peintre sur verre, né à Paris en 1808, de parents sains de corps et d'esprit.

(1) Sauvet et Moreau (de Tours), Ann. méd-psych.^ 1844, t. m, p, 305.

Éducation rien moins que religieuse. Dès son jeune âge, sensibilité exagérée, grande imagination. A douze ans, il devient amoureux platonique d'une jolie femme qu'il rencontre. Devenu orphelin quelque temps après, A..., qui avait une grande rigidité de mœurs, se livre à une femme de mauvaise vie ; mais la brutalité du plaisir le dégoûte et il reste trois ans sans éprouver le moindre désir. Il cherche longtemps une c âme sœur » ; mais il est repoussé, car son t sentimentalisme » ennuyait ses maîtresses.

Pourtant il trouve son idéal auprès d'une femme mariée qui le comprend ; il Taime encore plus que toutes les autres, parce que son amour est partagé. Une nuit, pendant qu il sommeille, il entend une voix qui lui dit : « Tu ne prendras point la femme de ton prochain. » Plusieurs fois, il entend la même chose, et, malgré la peine qu'il en éprouve bientôt. A... renonce à cette femme.

Vers 1840, il commence à sentir des remords pour la vie qu'il menait et bientôt il les voit sanctionnés en quelque sorte par des apparitions qui se montrent à lui pendant son sommeil.

Une nuit il croit être transporté sur le Pont-Neuf. Il y voit Moïse dans les nuages, tenant en ses mains les tables de la loi ; derrière lui, passent saint Jean, puis le Christ

{sortant sa croix. Une autre fois, il se sent soutenu dans es airs par une ombre dont il n'aperçoit qu'un bras, lequel supportait une lampe, et, chaque fois que l'ombre soumait sur la lampe, il s'en détachait des étincelles, lesquelles, en tombant, incendiaient tout ce qu'elles touchaient. Une autre nuit, et par un temps affreux, A... se trouve sur le parvis Notre-Dame : il aperçoit la lune traversant l'espace, et, sur son passage, jetant d'une voix sépulcrale les mots de : « Mort..., mort..., mort... » Et partout, alentour de lui, il voyait les maisons s'écrouler, les hommes et les animaux mourir d'effroi ; bientôt le fleuve, réunissant ses deux branches, balayait, emportait tout dans sa course. A... seul restait debout, présidant à ce cataclysme universel... Alors, frappé de tout ce qu'il voyait, A..., cherchant des explications, ouvre pour la première fois les Évangiles. Plus de doute ! il est protégé du ciel... Dès lors, il commente les livres saints à sa manière. Aussi les visions arrivent plus nombreuses et plus explicites qu'auparavant ; et d'abord une première apparition lui ordonne d'épouser la femme avec laquelle il vivait et dont il avait eu un enfant. il s'empresse d'obéir et il réponse. Ses parents partagent sa folie, ils le croient favorise de Dieu et inspiré par lui.

m INPLITENCE I>ES RÉYES

Une naît, il voit le livre des Ëvangiles qui, volaot avec des ailes de feu, s'approchait de diverses personnes et les brûlait par son contact. Tous fuyaient, cherchant à se préserver de ses atteintes; mais à mesure qu*ils se débattaient, il se détachait du livre des feuillets embrasés qui voltigeaient et brûlaient également tout ce qu'ils touchaient. A... seul se mettait à poursuivre ces feuillets ; il les recueillait et n'en était point brûlé.

Enfin, arrive une dernière vision. Au milieu de son sommeil, A... entend une voix qui lui crie : « Lève-toi, quitte ta blouse, prends ta redingote. » Puis, après un moment de repos, il entend distinctement ce mot : « Travaille là, répété par deux fois.

A... se réveille en sursaut, se lève, s'habille et se prépare à' sortir pour répéter ce qu'il a vu ; il comprend bien qu'il sera probablement arrêté, incarcéré peut-être, et alors que deviendront sa femme et son enfant, qu'il voit dormir [)aisibleroent devant lui ! Il hésite... ; mais la voix a parlé, il obéit. Il jette un dernier regard d'amour sur ces deux êtres qu'il aime sincèrement et sort de sa maison. Il attend en se promenant que la nuit ait disparu, et, bientôt avisant un endroit propice, il écrit sur un mur la vision qu'il vient d'avoir.

Peu d'instants après, il est arrêté et conduit à Bicêtre.

En dehors de ses idées, dit Sauvet, A... est un jeune homme instruit, intelligent, s'exprimant avec facilité et d'une conversation fort agréable ; sa religion et sa morale sont celles du plus parfait honnête homme possible ; n'exagérant rien dans ses pratiques religieuses, et se montrant raisonnable en tous points.

En un mot : croyance aveugle, foi inébranlable dans la vérité de ses apparitions ; d'autre part, réunion de presque toutes les bonnes qualités morales et intellectuelles, eu dehors de ce qui tient à ses visions.

Moreau (de Tours) fait précéder sa longue observation des réflexions suivantes :

« Pendant longtemps, A... n'attache à ses rêves d'autre importance que celle que nous y attachons nous-même.

Mais peu à peu, son esprit est subjugué et comme fasciné par les visions qui l'assiègent lorsqu'il est endormi ; il finit par croire à ses rêves avec tout Tabandon, toute la ténacité d'un monomaniaque.

« J'ai examiné, étudié ce malade avec une persévérante attention, et je me suis assuré que jamais il rCavait eu d'hallucinations étant éveillé. Ses idées délirantes étaient nettement circonscrites. Pour tout ce qui n'avait point de rapport avec ses rêves, la raison et le bon sens ne lui faisaient jamais défaut.

€ Un pareil délire n'est pas seulement intéressant au point de vue symptouiatique : on sent que, sous le rapport médico-légal, il pourrait soulever des questions graves et inattendues. »

A... est d'une sensibilité et d'un sentimentalisme exagérés, mais cela ne constitue pas un cas pathologique. Cependant le terrain est bon pour la semence ; les impressions que A... recevra auront sur son esprit une valeur, une intensité toutes particulières. D'où les hallucinations à l'état de sommeil dont son idéation fait elle-même tous les frais ; hallucinations diverses, visuelles, auditives, tactiles, provoquées par son état d'esprit et renforçant à leur tour ses pensées délirantes. Pourtant il a conscience de son état mental, il sait qu'il sera arrêté et traité de fou. Il hésite... Il juge que sa situation est anormale ; mais survient un dernier rêve, il lui obéit fatalement, il est vaincu.

TROISIExME PARTIE Résumé

RÊVES DORIGINE SENSORIELLE

Voyons maintenant quelles conclusions on peut tirer de ces diverses observations.

Tact. — Sommeil physiologique. — Tous nos rêves sont provoqués par une impression sensorielle, à Fétat de sommeil physiologique. Maury, ayant reçu un choc sur le cou, rêve une scène de la Révolution, dans laquelle il joue un rôle principal , puisqu'il est guillotiné ; la fraîcheur de l'atmosphère provoque toujours le même rêve chez M. Azam, et cela à chaque changement de saison, au printemps et à Tautomne, si bien que ce maître incontesté pour tout ce qui touche au domaine psychique se demande s'il n*y aurait pas des rêves saisonniers tout comme il y a des maladies saisonnières. La pression sur ma main me fait rêver d'un fardeau, etc., etc.

11 faut noter que toutes les impressions sensorielles reçues à l'état de sommeil physiologique sont très augmentées; le moindre mouvement prend une valeur qu'il n'a pas à l'état de veille.

Sommeil hypnotique. — Çn est-il de même dans le som-

i 7S RÉSUME

meil hypnotique ? L'expérience nous répond par Faffir* mative.

Le chatouillement provoque la pensée dé mouches, de puces, des sensations de picotement, etc. Une légère pres> sion sur le front est transformée en cercle de fer qui étreint la tête; sous le menton, c'est une barre de fer, un carcan qui serre horriblement le cou et provoque TétoufTement ; à la jambe, c'est un engourdissement; à la poitrine, c'est une douleur précordiale angoissante. Un bandeau sur les yeux provoque un rêve d'emprisonnement, et quelques gouttes sur le corps, un rêve de noyade avec suffocation, etc.

Gomme dans le sommeil physiologique, la valeur de l'impression est considérablement augmentée. Il faut noter aussi que cette valeur est d'autant plus grande que deux sens sont excités à la fois. Ce phénomène est connu à l'état de veille, on le reproduit expérimentalement à l'état de sommeil hypnotique ; tout porte donc à admettre qu'il existe aussi dans le sommeil physiologique et que nos rêves sont d'autant plus intenses que plusieurs sens ont été excités en même temps.

Ouïe. — Sommeil physiologique, — Un bruit d'enclume provoque un rêve d'écrasement de la tête, qui se fond en eau, parce que l'impression tactile de sueur existait en même temps. Un sifflet de bateau à vapeur sert à la formation d'un voyage en mer sur un paquebot et d'une promenade en rivière sur un bateau à vapeur. Un craquement de soulier entendu à l'état de veille et entendu de nouveau à l'état de sommeil physiologique sert de point de départ à un rêve-roman.

RÊVES d'origine SENSORIELLE 179

Les impressions étant plus vives, Tidëation se fait plus rapidement et la notion du temps n'existe pas ; on croit avoir vécu plusieurs jours ou plusieurs mois dans quelques secondes.

Sommeil hypnotique, -^ On sait qu'à Tëtat hypnotique, Touïe est le sens le plus développé. Les moindres bruits sont saisis ; c'est à lui que sont généralement dues les attitudes passionnelles. La musique a une grande puissance sur cet état ; les observations à cet égard sont trop connues pour qu'il me suffise de les mentionner en passant.

Ici encore l'excitation parallèle d'un autre sens avec l'ouïe provoque une impression plus vive. Le frôlement d'un verre à liqueur avec le doigt crée le rêve des Landes et des cigales qui y chantent en été ; mais que j'accompagne le frôlement du verre d'une légère chique* naude, le chant de la cigale est transformé en bourdon qui déchire les oreilles, et le crépitement d'une allumettebougie éveille l'idée d'un coup de tonnerre.

Fait curieux à noter : à l'état de sommeil physiologique et de sommeil hypnotique, le même rêve peut être fait en même temps par plusieurs personnes à la fois. Burdach et ses compagnons de voyage font le même rêve, ayant tous entendu le bruit de l'orage ; Bernheim provoque la même pensée à des malades d'une de ses salles, les uns endormis physiologiquement, les autres hypnotiquement.

Yufi. — Sommeil hypnotique, -^ Les rêves provoqués par une impression visuelle sont relativement rares dans le sommeil physiologique, puisque les paupières sont rabais*' sées et qu'on dort généralement dans l'obscurité. Nous

savons cependant qu'ils peuvent être provoqués par un jeu d'ombres et de lumière. Un jet de lumière passant sur leâ yeux fermés de deux personnes leur fait faire deux rêves identiques quant au fond, mais différents quant à la forme. Chez tous les deux il y a eu pensée de feu, incendie chez Tune, éclair chez l'autre, chacune ayant brodé à sa façon , selon ses tendances et Fétat d'esprit du moment. Je prends pour une clôture les persiennes à demi fermées de ma fenêtre, etc.

Sommeil hypnotique, — Les rêves sont plus fréquents

dans cet état, parce que les yeux sont quelquefois ouverts ou entr'ouverts. Je parle des rêves provoqués sans l'aide de la suggestion ; ceux-ci rentrent dans une autre catégorie. Albert étant endormi et laissé à lui-même, sans que je lui dise un seul mot, sans que je fasse un mouvement qui puisse lui indiquer ma pensée, fait un rêve de vol et d'assassinat. Il suffit pour cela qu'il voie mon porte-cigarette nickelé sur ma cheminée. Je l'avais posé à cet endroit avant la séance et sans penser qu'il pourrait me servir à quoi que ce soit.

A noter en passant la macrosopiie d'Albert, à l'état de sommeil hypnotique. Je fais un poiut sur un morceau de papier; je lui dis de le reproduire, il dessine un grand cercle. Je lui fais regarder le point à travers une loupe ; il le voit plus grand encore qu'il n'est réellement, vu à travers la loupe, et il le dessine de nouveau. L'amplification des impressions sensorielles est donc bien manifeste ; elle paraît ne pas dépendre de l'organe lui-même, mais de l'importance psychique accordée par le cerveau.

Albert voyant un point à l'œil nu, et un moment après à

ftÊVES D*0R16mE SENSORIELLE 181

la loupe, le voit, dans les deux cas, bien plus grand qu'il n'est vraiment. L'œil fonctionne normalement comme à rétat de veille, seulement les proportions sont plus grandes. Or. établir une proportion c'est juger, et le jugement ne dépend pas de Toeil.

Olfaction. — Sommeil physiologique et sommeil hypnotique. — Maury, ayant senti du^ tabac, rêve au tabac. Albert, ayant senti de l'ammoniaque, croit que les fosses d'aisances sont ma/ bouchées; la fumée de la cigarette lui fait croire que je brûle, etc.

GouT. -^ Ayant trop fumé la veille, je m'endors la bouche ouverte, et je fais un rêve dans lequel je mangeais un plat alliacé; Albert, ayant fumé quelques instants avant d'être endormi, rêve de mets mal préparés.

Organes génitaux. — On sait que les rêves erotiques sont dus quelquefois à l'état de sommeil physiologique, soit à la chaleur, à la pression, au chatouillement du drap, etc. Ils peuvent être provoqués aussi par une cause interne, la réplétion des vésicules séminales, le décubitus dorsal, ou bien encore n'être que purement psychiques. En effet, le système génital, qui préside à la procréation de l'espèce par l'individu, appartient au moi sensoriel et au moi splanchnîque ; par celui-ci il produit, par celui-là il émet. C'est en faisant appel aux sens qu'il peut fonctionner physiologiqnement. On sait quelle influence a le tact sur l'acte génésique et quelle répercussion a celui-ci sur le cerveau.

Le même processus existe dans le sommeil hypnotique. TissiÉ. XI

182 HÉSDMÉ

En résuméf la formation des rêves est due aux organes sensoriels^ soit dans le sommeil physiologique^ soit dans U sommeil hypnotique.

Dans leg deux états, les impressioDS sensorielles prennent une valeur plus grande qu'elles n'ont à Tétat de Teille.

L'excitation de deux sens à la fois amplifie encore la valeur des impressions sensorielles déjà amplifiées, et cela dans les deux états de sommeil physiologique et hypnotique.

RjÊTfiS. — Sommeil physiologique et hypnotique. — Les rêves d'or^ine absolameol psychique n'existeat pas. Tuos nos rêves sont provoquas par uae impression seoaorlelle initiale, ainsi que nos pensas à l'état de veille. Pour cellesci, le point de départ nous échappe quelquefois ; cela ne prouve pas qu'il n'existe pas. Dans le rêve il nous échappe toajours, parce que nous ne pouvons nous analyser, l'atteBtion. volontaire faisant défaut.

Ainsi un jet de lumière passant sous le» yeux d'un dormi^ir le fait rêver à un éclair : voilà l'image initiale piova^aée, mais qin provoque à son tour la représeolation de tonnerre, de canon, de bataille, et de feu sortant du caneit. Or, Timpression première était visuelle, de môme que la représentation ; mais celle-ci a donné naissance à une représentation auditive : le tonnerre. Ainsi les représentations peuvent être tour à tour concrète visuelle, ahstrake visuelle, concréto-abslraite visuelle, concrète auditive^ abstraite auditive, concréto-abetraite auditive, etc.

D!autre part, si la représentation est plus forte dans lesQflraMil que dans la veille, il semble que TimpressioD sen* sérielle mette un temps plus long pour arriver au oerveau et y éveiller la représentation afférente à rexcitation initiale. DwM l'expérience du 7 août 1888, Albert endormi dit qu'il va y avoir une belle récolte de raisins cette année-là, et il

184 RÉSUMK

voit des raisins. Je lui donne un morceau de sucre avec la suggestion que c'est un grain de raisin ; il dit que c'est du verjus. Dix secondes après, il m'apprend que le raisin qu'il vient de manger était doux comme du miel. L'idée principale dans le rêve était que la récolte s'annonçait bien, mais que le raisin n'était pas mûr encore (on sait qu'Albert a la notion du temps dans son sommeil, et on se trouvait au 7 août, époque où le raisin n'est pas mûr). Le témoignage du goût a été supprimé par l'idée principale de raisin vert. Le sucre qu'il mange est du verjus ; la durée du témoignage psychique qui lutte contre le témoignage gustatif est de dix secondes. Pendant ce temps, l'excitation sensorielle gustative arrive aux centres psychiques, le jugement est rectifié en faveur du sucre, le raisin n'est plus âpre, mais il est doux comme du miel.

Cependant, l'idée principale de raisin subsiste toujours, parce que la suggestion que je lui ai donnée renforce la représentation initiale de raisin. La représentation visuelle psychique d'un grain de raisin qui est rond est plus forte que la représentation tactile gustative du morceau de sucre que je lui avais donné et qui était prismatique et rugueux.

Un mot réveille des souvenirs à l'état de veille (cas de M. Espinas) ; il est permis d'admettre que Timage du mot en rappelle aussi pendant le sommeil. Ce rappel a lieu avec une telle rapidité qu'on n'a pas conscience du travail psychique, puisque l'attention volontaire n'existe pas.

Entre les mots microbes et tôt capita, celui de discussion avait servi de relation. Le mot dormir répondant à une idéation principale, celle de ne pas dormir, éveille une

idéation secondaire : le récit de Tépitaphe de Jean de La Fontaine, dans laquelle se trouve le moi dormir.

L'idée elle-même, c'est-à-dire l'état d'esprit du dormeur, peut faire évoluer le rêve de telle ou telle façon. X..., pour ne pas être compromis, reçoit une lettre écrite à l'encre et au crayon.

Hallucinations pstcho-sensorielles. — Sommeil physiologique. — Ces hallucinations existent dans le sommeil physiologique, surtout dans l'état hypnagogique. Tous les sens peuvent être hallucinés. Une personne rêve qu'elle est poignardée, elle se réveille en sentant la lame froide pénétrer dans son cou, et elle s'écrie: c Cette fois, ça y est. » Chaque fois qu'Albert rêve, en état de sommeil physiologique, qu'il est mordu ou frappé, il éprouve une douleur, le lendemain, à la partie atteinte. C'est une figure monstrneuse vue pendant le sommeil et qu'on voit encore les yeux ouverts, étant bien réveillé. L'hallucination peut être double. M. Dupuy voit un architecte et il l'entend parler

Ainsi l'hallucination psycho-sensorielle existe dans le rêve physiologique et se continue quelque temps encore pendant la veille.

Sommeil hypnotique, — En est-il de même dans le sommeil hypnotique? Et ici j'entends parler encore de Tballucination non suggestive, de Thallucination primitive. Le fait existe. Albert rêve, une nuit, qu'il voit M. D..., qui lui dit de partir. 11 se réveille, il oublie son rêve. Il va à son travail, à six ou sept kilomètres de sa demeure ; il s'accoude contre le parapet d'un pont, voit couler l'eau où set reflètent des becs de gaz. Il s^ endort hypnotiquement. Il voi

iS6 nÉfUHÉ

aussitôt réapparattre M. D... qui lui dît d« panir, et il part pour se réreiller la uuit suivante dans un parc de moutons. Albertest un Bomnanibulehystérique diurne. On saitqtfe dans son ëtat de somnambulisme il a eu plusieurs hallucinatibm ; il a vu en rêve M. Pitres, et il Ta suivi jusqu'à Libonrnè ; il a vu en rêve un monsieur, et il est allé le retrouver à Bazas. Ces hallucinations sont d'ordre somnambulique; le rappel en sommeil hypnotique de celle qu^il a eue de M. D... en sommeil somnambulique établît une filiation entre ces deux états, de même que les hallucinations hypnagogiques en établissent une entre Tétat de sommeil physiologique et rëtat de sommeil somnambulique d'Albert qui voit et entend ses personnages dans son lit, en dormant. Des haUucinaiions de même nature peuvent donc se ireproduire dans trois étais différents : dans les sommeils physiologiqus^ somnambulique et hypnotique,

HALLUCDiÀnoif psYCHo-spLAKCHKiQVE . — Mais les hallucinations ne sont pas seulement psycho-sensorielles, elles peuvent être psycho-splanchnîques. Le moi splanchnique est halluciné comme le moi sensoriel ; il lui suffit pour cela de recevoir une vive impression se rapportant à Forgane qui provoque rhallucination ; c'est dans cette classe qu'on peut mettre l'observation si intéressante de M. Amozan.

Dédoublemeict de la PEASOiffNALiTÉ. — C'ost à la dualité du moi, en sensoriel et en splanchnique, que paraît être dû le dédoublement de la personnalité dans les sommeils physiologique, somnambulique et hypnotique.

Sommeil physiologique, -^ Maury objective sa pensée

dans an interlocuteur qui lui apprend une ohose qu'il savait puisqu'il constituait lui-même la scène . Il en est de même pour M. Corriveaud. Le moi splanchnique cérébral ayant la mémoire d'oubli et le moi sensoriel se rappelant, le premier objectivait la mémoire du second par un phénomène d'attention spontanée. Ce dédoublement peut être fait aussi à l'état de sommeil physiologique par une autre personne. Une double objectivation de deux sentiments affectifs différents fit voir deux individus en moi, par ma sœur.

Sommeil somnambulique . — On a vu que l'idée principale d'Albert est de trouver du travail et de gagner beaucoup d'argent. Cette idée revient dans ses rêves. 11 l'objective dans M. Pitres qui lui conseille de partir pour Liège, où il trouvera de l'occupation ; dans un monsieur qui l'envoie à fiazas ; enfin dans M. D... qui lui promet 3,000 francs s'il retrouve sa femme. Cette pensée est si violente, tellement intense qu'elle ne provoque seulement pas un rêve avec une image qui passe et ne revient plus, mais une hallucination qui dure plusieurs heures. L'empreinte de l'image est si vive, qu'Albert l'extériorise pendant un certain temps.

Le dédoublement de la personnalité atteint son maximum d'effet dans les cas de Michel (1) et de Félida, d'Azam.

Sommeil hypnotique. *- Les expériences sont nombreuses, il me suffit de citer le fait.

L'observation du dédoublement de ma personnalité par Albert mis en état hypnotique et celle où je suis vu sous deux aspects différents à l'état de sommeil physiologique méritent d'être rapprochées.

Dans toutes les deux ce sont les sentiments affectifs qui

(t) R. Macnish, loc. cit., p. 113^

provoquent le dédoublement. Mais dans Tobservation d'Albert, Torgane de la vision qui reçoit deux impressions à peu près semblables est mis en défaut dans le premier cas. Son cerveau voit en même temps un geôlier et mon portrait qu'il reconnaît, alors que ses yeux ne voient qu'une même figure.

Le dédoublement de la personnalité existe donc dans les sommeils physiologique, somnambulique et hypnotique.

Auto-suggestion. — Sommeil physiologique . — \^ Le rêve provoque Vacte. Un soldat rêve qu'il doit rendre son sabre: au réveil il porte la main à la place qu'il occupe à côté de son lit pour savoir s'il y est encore. Je rêve de ma tbèse, et le lendemain je cherche la discussion écrite, dès que j'ouvre le tiroir de ma table. M. Baillarger rêve à un confrère qui prend la direction d'un journal, et il annonce le fait le lendemain.

Voilà des auto-suggestions n'ayant pas provoqué d'actes pathologiques. Mais que le rêve soit plus intense et qu'il porte sur un ordre d'idées différent, et Ton entre dans le domaine de l'aliénation mentale.

M"** B... rêve qu'elle va tuer son enfant, et elle s'attache les mains pour ne pas accomplir son crime; M"« B... rêve qu'elle ne peut plus parler sans rire, et l'obsession s'établit dès le réveil; M"« R... va se noyer, parce qu'elle a rêvé que son mari voulait se séparer d'elle, et, selon que le rêve existe ou non, elle reste chez elle fort tranquillement ou elle tente de se jeter à l'eau ; W... rêve qu'il doit se battre en duel le lendemain, et il constitue des témoins; S... assiste à une exécution capitale, il en rêve, et, à partir de ce

RÉTES PSYCHIQUES 189

moment, il croit qu'il va être guillotiné ; X... devient voleur à la suite de rêves successifs de vol, et A... voit sa vie transformée parla répétition d'un même rêve. Ayant été élevé dans un milieu rien moins que religieux, il devient fl réformateur > après une longue lutte et n'étant pas < halluciné à l'état de veille ». 11 a suffi d'hallucinations psycho-sensorielles, telles que tout le monde en a dans le sommeil physiologique, pour le faire changer d'existence : c Tu ne prendras pas la femme de ton prochain, » lui dit une voix, et il quitte la maîtresse avec laquelle il habitait.

Je ferai remarquer qu'il y a eu dédoublement de la personnalité, puisqu'il s'adressait lui-même le commandement qu'il objectivait, c Travaille, » crie la même voix, et, au réveil. A... hésite encore, mais la voix se fait entendre de nouveau, et il va se faire arrêter parla police.

Longtemps, dit Moreau, de Tours, il n'attacha à ses rêves d'autre importance que celle que nous y attachons nousmêmes, mais peu à peu il fut obligé d'y croire, et, fait important à noter, il fit partager sa foi à son entourage ! Que de grosses questions soulève cette observation !

Enfin la veuve School entendant dans son sommeil une voix qui lui dit : « Tue ta fille », résista quelque temps, mais, la voix se faisant entendre de nouveau, elle accomplit le meurtre.

2^ Le rêve provoque la fatigue de Vacte :

a. Aussilôt après le réveil. Je rêve que je m'accroche avec désespoir au sommet d'un clocher. Je me réveille, et j'éprouve une grande fatigue dans les adducteurs; mes jambes étaient allongées dans le lit.

p. Quelques heures après le réveil. Je rêve que je monte

IM fttSCKÉ

Q&e eôta et je sais fatigaé. Huit ou neuf heures après, je monte réellement une c6te, et, arrîTéau milieu, j'épromre la fatigue du rêve.

La jeune fille eitée par Fëré rêve qa*elle est poursaitie sur la place de rOdéon. Le lendemain elle est très fatiguée, ses jambes fléchissent sous elle. Peu à peu, le même rêve se répétant plusieurs nuits de suite, elle devint paraplégique. Pour Féré, cette paralysie proviendrait d'un épuisement des centres moteurs résultant d'une succession rapide de décharges de voiitlon non suivies de mouvemems effectifs. La guérison fut obtenue par des mouvemcats passifs. Mais c'est précisément la puissance du rêve qui constitue Tauto-suggestion, et c'est cette même puissance qui provoque les décharges dites de volition.

3^ L'acte provoque le rêve, Nous avons vu que la position d'un membre provoque un rêve ayant un rapport avec cette position.

Sommeil somnambuliqite, — V Le rêve provoque Vacte. C'est le somnambulisme lui-même, le fait est connu. Albert rêve dans son lit, à l'hôpital, qu'il est sur une grande route, et il c pédale i. Il rêve d'un pays à voir, de trayail à trouver dans une ville ou d'argent à gagner, et il part enveloppé dans un rêve.

2^ Le rêve provoque la fatigue de Vacte, Ghea Albert il provoque une sensation. Pendant son sommeil à l'hôpital, il rêve qu'il a chaud, et, un mois après, étant endormi hypnotiquement, il éprouve la même sensation de chaleur dans mon cabinet.

Sommeil hypnotique. — 1» /*# rêve provoque l'aetê, Albert, étant endormi hypnotiquement dans mon cabinet, rêve

RÉYBS PSYCHIQUES I9l

qu'on se bat, et il se livre à un pugilat contre des êtres imaginaires qu'il voit dans son sommeil.

2<> Le rêve provoque la fatigue de Vacte. Albert, mis en prison par suggestion (scène du geôlier et de mon portrait), avait rapproché ses pieds Tun de Fautre sans que je le lui eusse ordonné. Il se rappelait avoir été enchaîné ainsi, en prison, et aussitôt il gémit, car il éprouvait une vive douleur au coude-pied.

3<^ L'acte provoque le rêve. Albert rêve de vol après avoir vu et touché mon porte-cigarette et ramassé des papiers par terre.

Il s'agit en tout cela d'auto-suggestion, mon sujet prenant tout en lui-même.

SuGCESTiON. -*— Commet/ physiologique. — Bernheim suggère en même temps k des personnes endormies p^ysiologiquement les mêmes idées qu'aux personnes endormies hypnotiquement, et toutes acceptent la même suggestion.

Je prononce une phrase qui n'a pas de sens à l'oreille de ma sœur endormie ; elle est obsédée par cette phrase pendant toute la journée suivante.

On sait aussi qu'on agit de même quand on veut apprendre à chanter aux oiseaux. C'est par ce procédé, c'est-à-dire en sifflant un air à côté d'eux pendant qu'ils dorment, qu'ils arrivent plus vite à l'apprendre. J'ai vu user de ce moyen pour un chardonneret.

Sommeil somnambulique. — Albert ayant caché son argent, je lui suggère de le rendre à sa femme à son réveil, et il le rend.

Sommeil hypnotique, — La chose est [banale, que Ja

suggestion soit donnée verbalement ou par Fattitude forcée d'un membre.

Les mains posées à plat sur Tabdomen provoquent la colique ; le décubitus dorsal avec les mains croisées sur la poitrine, un rêve de mort; la main gauche appliquée sur le cœur et le bras droit tendu en avant, un chant de -guerre. Le sujet hypnotisé, ayant la conscience de la position qu'on lui fait prendre, adapte à cette attitude une idée correspondante.

En résumé y V auto-suggestion et la suggestion peuvent être produites dans les trois sommeils^ physiologique, somnamhulique et hypnotique.

Rappel des utuoiKES,-^ Sommeil physiologique. — 1® Veille à sommeil. On se rappelle en dormant ce qu'on a fait à rétat de veille. Le cas de M"^* B... qui rêve du cheval tombé dans la rue et qui ne peut plus ensuite parler sans rire et celui du gendarme S... prouvent que ce rappel peut être très intense. Cette intensité peut faire croire au miracle. L'employé cité par Abercrombie se rappeUe à l'état de sommeil un acte qu'il avait accompli neuf mois avant à Tétat de veille, et le propriétaire :d6 .' fio^iiand retrouve dans cet état un souvenir très iioportsilt de sa jeunesse. Cette hyperinnésiè avait été' provoquée pat une concentration d'esprit et' un travail . en dessous, à l'était de veille.

S"» Sommeil à veille. On se rappelle à l'état de veille le rêve qu'on a fait en dormant. Ce souvenir est quelquefois k moitié effacé, mais d'autres fois il est très vif;iii:va jusqu'à Tauto-suggestion. Lé rappel de mén)oîre. peut èlre

RÉTES PSYCHIQUES 193

provoqué par une impression sensorielle ayant un rapport plus ou moins direct avec le rêve ; quelquefois le rappel est dû à une représentation visuelle ou auditive.

Le mot c bourgeois > prononcé dans un rêve, et prononcé le lendemain, réveille le souvenir du rêve et fait vivre ce rêve pendant quelques instants.

Un costume original vu à l'état de veille rappelle un rêve dans lequel une personne était apparue costumée de la même façon.

^^ Sommeil à sommeil. Le rappel de mémoire de sommeil à sommeil est moins fréquent, du moins on ne peut noter le phénomène aussi facilement que dans les cas précédents. Un rêve peut être interrompt! par la veille, et repris dans le sommeil qui suit. C'est ainsi que Maury a repris bien souvent un rêve commencé dans la nuit précédente.

Sommeil somnambtilique, — i^ Veille à sommeil. Dans rétat de sommeil somnambulique les choses se passent comme dans le sommeil physiologique. Pendant la journée, Albert entend parler d'un pays à voir: la nuit, il en rêve et il part le lendemain. Je ferai remarquer, à ce propos, que son rêve èstfaltàrélat de sommeil physiologico-somnambulique, puisqu'il rêve comme tout le monde pendant la nuit et qu'il ne part que le lendemain, enveloppé dans son rêve. Le rêve est vécu musculairemeùt au réveil, le matin et dans la journée ou. les journées qui suivent, après avoir été vécu psychiquement pendant la nuit. Le sommeil de ce sujet si intéressant fait comprendre et admettre la filiatipn entre le -sommeil physiologique et le sommeil somnambulique. Si Albert était un somnambule ordinaire, il partirait pendant la nuit, en rêvant, ce qu'il n'a jamais fait. Il sort donc du

I9i RÉSUMÉ

type classique en partant dans la journée, soit en continuant son rêve, soit après Tavoir oublié pendant quelques heures, et c'est ici que se place le second paragraphe.

2® Sommeil à veille. Le rappel de mémoire a lieu comme dans les cas précédents, par représentation visuelle on auditive, par association d'idées. Albert rêve qu'un monsieur lui dit qu'il trouvera du travail à Bazas. Le lendemain, il ne se souvient de rien au réveil ; il fait six à sept kilomètres pour se rendre au chantier où il travaille, et ce n'est que lorsqu'il reprend sou travail qu'il se rappelle le rêve et qu'il part. Il faut noter ici que ses patrons n'avaient rien remarqué de particulier dans sa façon d'agir qui eût pu éveiller leur attention; Albert raisonnait très bien en disant que, n'ayant pas l'habitude de travailler à la construction des navires, puisqu'il est monteur d'appareils à gaz, il trouverait à gagner plus d'argent, à Bazas, dans sa partie. Tout cela est fort raisonnable ; le malheur est que ce n'est qu'un rêve.

C'est encore à l'état de veille que ce garçon m'a raconté tous ses voyages ; le récit offre des lacunes qui doivent correspondre à un état de sommeil plus profond, puisque, mis dans l'état hypnotique, il les comble, grâce à une précision de mémoire étonnante.

3o Sommeil à sommeil. Je n'ai pu observer ce sujet dans cet état. Mais on sait que des somnambules reprennent, dans un accès, un travail qu'ils ont commencé dans Taceès préeëdent.

Sommsil hypnoUque, — 1<> Veille à sommeil. Les personnes endormies hypnotiquement se rappellent parfaitement ce qu'elles ont fait dans l'état de veille ; leur mëmôite

RÊVES l^fttCBlQUÈS 195

peiil être hyperestbésiée comme à Vétki de sommeil physiologique. On connaît Tobservâtion de cette jeane paysanne qui parlait latin, grec et hébreu dans le sommeil hypnotique ; elle avait servi chez un curé dans sa Jeunesse. On peut rapprocher ce cas de celui du caissier d*Abercrombie et du propriétaire de Bowland.

âo Sommeil à veille. L'hypnotique ne se rappelle plus au réveil ce qo*il a fait pendant le sommeil. Cependant il y a quelques exceptions à la règle. On connaît Texpérience qu'Heidenhein fit sur son frère. L'ayant endormi, il lui fit boire un verre de bière ; il le réveilla et lui demanda s'il n'avait pas soif. Sur sa réponse négative et voyant qu'il ne se rappelait rien, il dit : t Qu'il fait chaud ! » et aussitôt son frère lui apprit qu'il venait de boire.

Cette expérience n'est pas absolument concluante. On sait que l'hypnotique est dans un état spécial au réveil, état de sommeil éveillé si je puis ainsi dire, auquel je donnerai, avec M. le professeur Pitres, le nom d'état onarique (de ^vap, rêve). Un rappel de mémoire par un mot pouvait parfaitement avoir été produit, d'autant mieux que le c moi splanchnique » avait conscience du verre de bière.

Ce rappel peut être provoqué encore par une impression sensorielle en créant des zones idéogènes.

Voulant savoir comment Albert se comporterait à l'état de veille sous Tinfluence de deux suggestions opposées d'ordre élevé, je l'endors et je lui dis que l'épaule droite représente le bien^ et l'épaule gauche le ma/. Je le réveille, je presse l'épaule droite : Albert est un honnête homme, scrupuleux à l'excès, s'exprimant très convenablement. Je presse l'épaule gauche, et alors, au bout de quelques

secondes, comme une machine qui se déclanche, j'assisle à un jeu de physionomie révélaot le changement qui s*opère chez lui. En effet, il devient mauvais peu à peu, ses expressions sont dures ; il aperçoit une pièce d'argent, il s'en empare à la dérobée et la met dans sa poche ; il continue d'ailleurs à causer avec moi, me parlant de mauvaises actions à commettre comme de choses fort admissibles. Je presse l'épaule droite : même jeu de physionomie qui devient calme et douce; Albert prend la pièce d'argent dans sa poche et la dépose où il l'a prise. Je presse les deux épaules en même temps : il est indécis, passant de la bonté à la méchanceté, selon que je presse plus ou moins fortement telle ou telle zone idéogène.

Maison peut objecter à cela que ce sujet, bien qu'éveillé, était encore en état onarique. Voici deux observations dans lesquelles le poignet droit représentait la force (Albert est gaucher), et le poignet gauche la faiblesse; l'auriculaire droit la lubricité, et le gauche la chasteté.

La première fois que je donnai ces suggestions, j'oubliai de les supprimer avant qu'Albert quittât mon cabinet.

Or voici ce qui arriva :

c Après vous avoir quitté, me dit-il, je passai par les boulevards pour me rendre chez moi, ayant besoin de mar* cher. Je vis un cantonnier qui étendait des pierres sur la chaussée ; il était âgé. Je sentis, en le voyant, une force très grande dans le poignet droit. Je voulus saisir sa pelle et Faider pour lui prouver ma force ; il me repoussa, croyant avoir affaire à un mauvais plaisant. Je continuai néanmoins à lui faire mes offres de service; il prit mal la chose et je dus me retirer devant ses menaces. »

RÊTES PSYCHIQUES 197

On peut objecter encore à cela qu'Albert me trompait ; que, personne n'ayant pu contrôler son dire, Tobservation n'est pas concluante. Les deux suggestions de lubricité et de chasteté que j'avais données en même temps que celles de force et de faiblesse ne laissent aucun doute sur la véracité de ce sujet. Pendant vingt-quatre heures, Albert était passé par des alternatives d'excitation et de dépression que j'ai notées et publiées ailleurs (1). J'y renvoie le lecteur, le cadre de cet ouvrage ne me permettant pas d'aborder un sujet aussi délicat. Qu'il me suffise de dire que la pression de la main droite par un ami qu'ir avait rencontré dans la rue, une heure après la création des zones idéogènes, avait réveillé la suggestion de l'auriculaire droit ; qu'Albert avait senti sa force (!) et l'avait maîtrisée par la pression de l'auriculaire gauche. D*où on peut conclure que le rappel de mémoire de sommeil à veille dans le sommeil hypnotique existe,

3o Sommeil à sommeil. Le fait est connu. Un hypnotique se rappelle, à l'état de sommeil expérimental, la suggestion qui lui a été donnée dans un état analogue.

Je suggère à Albert, mis en état hypnotique, de ne pas quitter Bordeaux. Au réveil, il ne se rappelle rien. Quelques jours plus tard, l'ayant endormi, je lui demande s'il a eu envie de partir, et il me répond : « Vous m^avez dit de rester. »

Il y a mieux : Albert se rappelle, à l'état hypnotique, tout ce qu'il a fait à l'état de somnambulisme. C'est ainsi que j'ai pu reconstituer toute sa vie de voyages. Et il le

(!) Tissié, Création de zones idéogènes chez un captivé. {Congrès de médecine mentale, Paris, 1889.)

198 IIÉ6UMÉ

fait arec une précision et une verre ëtonnantes. Ce qui pronre une fois de plus que les deux états de sommeil somQambuliqne et hypnotique sont semblables. Or, nous avons vu que le sommeil physiologique empiétait sur le sommeil somnambulique dans les rêves qu'Albert fait dans son lit, sans le quitter, sans accomplir on acte musculaire quelconque. On voit bien se dessiner la Ifiliation entre les trois états. La chaîne n*est pas interrompue, puisqne les chaînons se succèdent.

Voyons maintenant s'il existe une filiation de sommeil ù sommeil.

Sommeils a sommeils. — !<> Physiologique à physiologique. Cas de Maury, déjà cité.

2^ Physiologique à somnambulique. Albert exécute dans rétat somnambulique diurne ce qu'il a rêvé dans le sommeil physiologique.

3o Physiologique à hypnotique, Albert m'avertit qu'il a rêvé qu'il va partir. Ce rêve, fait à l'état de sommeil physiologique, m'est révélé dans l'état hypnotique.

4^ Somnambulique à physiologique, Albert rêve dans cet état aux voyages qu'il a faits dans l'état somnambulique.

5® Hypnotique à physiologique, Albert me voit apparaître dans son sommeil, et exécute un ordre que je lui ai donné. Sa femme constate le fait et me le rapporte.

6o Somnambulique à somnambulique. Un somnambule reprend un travail qu'il a commencé précédemment dans un état analogue. Presque toutes les fugues d'Albert ont eu lieu vers le nord. 11 part toujours par la gare d'Orléans.

7° Somnambulique à hypnotique. C'est à l'état hypnotique

ij

BÉVEd PSYCHIQUES 1 09

qu'Albert rftcoBte lés voyages qall a accomplis en état som- Hâiobaliipie, et cela avec ane grande précision et beaucoup de verre.

8* Hypnotique à iomnambulique, Albert avait préparé uiie fugue, comme il le fait toujours. Il avait mis dan» sa poche un certificat médical que je lui ai donné et son livret de mariage. 11 avait pris le tout dans Tarmoire où sa femme avait caché ces papiers pour quMI ne pût s'en servir et s'en aller.De plus, il avait sur lui une vingtaine de fk*ancs, condition excellente pour lui donner Tenvie de quitter Bordeaux. Enfin il souffrait de la tète ; il avait la figure hébétée des mauvais jours, de ceux dé ses fugues en état de somnambulisme, et pourtant il reste à Bordeaux sous Tinfluence de la suggestion que je lui avais donnée. 11 se promène toute la journée et ne rentre que le soir à onze heures et demie. Albert s'est donc rappelé à Tétat de somnambulisme la suggestion que je lui avais donnée dans le sommeil hypnotique.

9^ Hypnotique à hypnotique. Ces rappels de mémoire sont classiques. Albert me répète à l'état hypnotique la suggestion que je lui ai donnée quelques jours avant dans un état semblable.

10<^ Physiologique à hypnotique et hypnotique à hypnotique, Albert me raconte à Tétat hypnotique un rêve qu'il a fait la nuit précédente dans son sommeil physiologique. Il a assisté à une représentation publique d'hypnotisme, puis il a volé une cassette et a été mis en prison, etc. Or il venait de faire ce second rêve un instant avant, devant moi, dans le sommeil hypnotique. 11 mêle donc deux rêves : un, fait la nuit précédente, dans le sommeil physiologique, l'autre f^it dans le sommeil hypnotique expérimentalement provoqué.

SOO RÉSDMÉ

Ainsi le rapport intime entre les trois états de sommeil^ physiologique^ somnambulique et hypnotique^ existe pour les organes sensoriels, dans les hallucinations psycho-sensorielles, dans le dédoublement de la personnalité^ dans Vautosuggestion et dans la suggestion, enfin et surtout dans le rappel des mémoires.

Maintenant que Tidentité est établie entre les sommeils (1) et que la formation des rêves est connue, quelle conclusion pratique peut-on tirer de ces faits aux points de vue médical et médico-légal ?

En médecine il y a deui questions :

1^ Celle du rêve appliqué au diagnostic ;

2o Celle du traitement par la suggestion thérapeutique ;

En médecine légale : celle de la responsabilité.

Rêves appliqués au diagnostic. — La fonction d'un organe crée un rêve en rapport avec cette fonction. Ce rapport de cause à effet peut servir à révéler des modifications dues à un travail pathologique lent et inconscient qui s'opère dans l'organe atteint. Le diagnostic acquiert donc un élément nouveau pour son établissement, car la révélation peut être faite longtemps avant que le mal soit diagnostiqué par les procédés classiques. Certes je ne voudrais pas pousser les choses trop loin, car en cette malière les causes d'erreur sont nombreuses et l'interprétation des faits quelquefois erronée ; mais je ne puis cependant m'empêcher de trouver quelque analogie entre les rêves pathologiques et les

(1) A. EApinas, Du tommeil provoqué chez les hystériques» Essai d'explication psychologique de ses causes et de ses effets. {Bulletin de la Société d'anthropologie de Bordeaux et du Sud-Ouest^ t. I, 1884, 1" fa se.)

RÊVES PSYCHIQUES ^Ol

faits observés sui^ des malades ayant révélé^ dans le sommeil hypnotique, l'affection dont ils étaient atteints (1). Dans le sommeil le « moi splanchnique » possède une conscience plus exacte de son état que dans la veille. Il le traduit dans le rêve.

Les affections de l'appareil circulatoire sont généralement révélées par un sentiment de peur, d'anxiété, d'angoisse non respiratoire; par des hallucinations visuelles, des rêves courts, effrayants, tragiques, des idées de mort prochaine, des scènes de meurtre, de carnage, des visions d'objets enflammés, des sensations de chute, de blessure reçue. Le réveil s'opère en sursaut.

Celles de l'appareil respiratoire provoquent de Tétouffement, de l'oppression, de l'essoufflement, des étourdissements, une sensation de poids sur la poitrine, d'écrasement du corps entre deux murs, des rêves dans lesquels on est poursuivi, la fuite est pénible, horrible.

Pour l'appareil digestif, les rêves sont généralement gustatifs quand il n'y a pas de lésion sérieuse. Dans ce cas, ils sont terrifiants ; le malade voit des bêtes, des fantômes, etc. Il a une sensation de pesanteur sur tout le corps, et des hallucinations olfactives. Ces rêves sont tragiques.

Le système nerveux a des rêves différents selon l'affection. Ainsi nous avons vu une paralysie générale précédée de rêves de grandeur, une ataxie locomotrice accompagnée de rêves d'impotence fonctionnelle. Dans T hystérie, les rêves sont effrayants, avec sensation de chute, de strangulation, etc., avec des visions d'animaux, chiens, ser-

(1) Rapport» et discussions... sur le magnétisme animal. Paris, J.-B. BaUlière, 1833.

peats, etc., ou dUnceodie ; dans la méoiogUe ils «oott^rri'* fiaots et accQoipagaé» d'baliuciaatîoa visuelle; danf U folie, iU revêtent la forme de raliënation meatale du lujet et peuveat la faire prévoir avant qu'elle ne le révèle.

Rêves terribles daus l'hypocoadrie, désordoaoés dao^ la maQie, triste» dans la lypémanie» fugaees dans la démence, etc. Hais, fait important à noter, après la guerison de la folie les rêves peuvent conserver encore pendant quelque temps le caractère de cette même folie : une preuve de plus en faveur de la sensibilité du moi splanch* nique pendant le sommeil*

Les rêves chez les alcaoliques sont connus, mai$ iU peuvent exister aussi chez les enfants dont les parents ou la nwrrice sont alcooliques, soi( par imbibition héréditaire, soit par le passage de Talcool dans le lait. l.'air confiné, ou chargé d'organismes putrides, est aussî une cause de rêves ayant la forme de cauchemars. Enfin les parasUes et surtout les helminthes peuvent provoquer des rêves apécïtuSf les uns à forme angoissante, les autres ii ferme déli* rante.

Du TRAITEJtfïffT PAR SV<ïGi:STlQN THÉEAPÇCTIQUE. •**- Ce traite'

ment a de chauds partisans et des adversaires eon vaincus r J'estime que les uns et les autres spnt en dehors de la vérité, qui, en cela comme en toute chose, se trouve dans le juste milieu. Vouloir traiter toutes les maMdiee par le suggestion hypnotique, c'est commettre uiie faute; dire qu'elle peut lutter contre des néoplasmes, dans rataxie

locomotrice, par exemple, c'est commettre une erreur<- Mais repousser de parti pris un moyen thérapeutique parce

que des charlatans Texploiteot, c'est commettre ua acte bUmable. Le médecin doit prendre le remède où il le trouve; le tout est de savoir rappliquer. Ainsi que je Tai dit au dernier congrès de médecine mentale, la posologie de rhypnotisme est à faire. Certains insuccès proviennent de ce qu'on n'a pas su appliquer la suggestion en qualité et en quantité voulue. Il reste beaucoup à faire. Le cerveau est un organe trop délicat pour qu'on n'agisse pas avec une grande circonspection à son égard.

Une suggestion est une mémoire imposée à l'état de sommeil provoqué, ou de sommeil physiologique. Le sommeil hypnotique lui-même peut être provoqué par une mémoire. Quand, par exemple, ayant d'abord endormi Albert par la friction oculaire, je lui suggère qu'il s'endormira chaque fois que je presserai le pouce de sa main droite et qu'il se réveillera chaque fois que je presserai sur une apophyse épineuse, qu'il s'endort et qu'il se réveille, toujours ainsi, ce sont les mémoires de sommeil et de réveil qui sont réveillées par l'impression tactile du pouce et de la vertèbre dorsale. Endormir quelqu'un par la prise du regard ou par le braidisme, c'est le mettre en état de s'endormir plus tard, chaque fois qu'il verra un point brillant. Et puis il est une éducation pour le sommeil comme pour le réveil. Les personnes habituées à se réveiller de bonne heure ne peuvent rester au lit, que cette habitude ait été prise au lycée ou au régiment, et Dieu sait comme elle a été pénible à prendre pour certains. La réciproque est vraie : plus on dort, plus on veut dormir. Quoi d'étonnant alors que l'abus du sommeil hypnotique provoque des accès de sommeil instantané et de léthargie! Mais ce dont je

ÎOi RÉSUMÉ

m'étonne, c'est qu'il n'y en ait pas davantage, étant donné le peu de personnes qui savent pratiquer la suggestion !

Pour agir sur le cerveau, il faut le connaître; pour manœuvrer à travers tous les écueils de cet océan, toujours mouvant et infini, qui s'appelle la pensée humaine, il faut les avoir reconnus, contournés et étudiés, guidé par la psychologie et la physiologie.

Le cerveau est un organe comme un autre ; il digère la pensée. Avant d'arriver à lui, les impressions extérieures sont modifiées par une diastase sensorielle. Mais de même qu'après la digestion le chyme se transforme, la pensée se subdivise à l'infini. C'est l'honneur de la psychologie de la poursuivre le plus loin possible.

Pour bien étudier Thomme à l'état de veille, il faut savoir comment il se comporte à l'état de sommeil. Pour bien appliquer la suggestion, il faut savoir pourquoi et comment l'homme rêve. Ce qu'il ne faut pas ignorer, c'est l'influence que peuvent avoir les rêves et cette même suggestion sur les actes accomplis à l'état de sommeil ou à l'état de veille.

c L'homme qui s'endort, dit Maury (1), s'identifie pour ( un instant avec un vieillard dont l'esprit s'affaiblit... Il c représente véritablement l'homme atteint d'aliénation ( mentale. »

C'est pour avoir intempestivement endormi des sujets plus ou moins héréditaires, car l'hérédité y rentre pour une bonne part, qu'on les a conduits à la folie.

C'est à ce titre qu'une étude sur les rêves peut fournir un chapitre à la posologie de l'hypnotisme.

(l) ttaury, loc. et/., p. 167.

RÉVEâ PSYCHIQUES ^Oo

Dans le cas particulier et si iatéressant d'Albert, nous avons vu qu'une suggestion déplace un rêve, mais qu'un rêve déplace à son tour une suggestion. J'estime donc que sa guérison n'est possible qu'autant qu'on pourra endormir ce malade tous les matins au réveil, afin de déplacer par la suggestion le rêve de départ qu'il a pu faire pendant son sommeil physiologique ou somnambulique.

MÉDECii<Œ LÉGALE. — Je laissc parler les faits, car la conclusion à en tirer est grave.

La question de l'irresponsabilité se pose sans que j'aie la volonté ou le pouvoir de la résoudre. L'avenir y pourvoira.

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