‹ Les rèveurs de Paris. Louis de Fontenay. Fabien de SernyChapitre 10 sur 32 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

ce qu'il vous plaira, et une foule d'autres volumes de ce genre dont les titres sont effacés de ma mémoire.

11 y a un public bon et indulgent qui rôde sans cesse à côté des librairies, guettant attentivement toutes les nouveautés qui poussent dans ces étalages qu'on pourrait appeler les serres chaudes de l'imagination. C'est sur ce public-là que je compte.

Il est composé en grande majorité de femmes, parce que notre grand'mère Eve a transmis à toutes ses filles le sentiment de la curiosité. Et puis, dans notre état social, \\ reste à la femme, bien plus qu'àl'homme, le temps nécessaire pour lire. La lecture est pour ces êtres charmants que nous délaissons une impérieuse nécessité. Les femmes restent au logis, et ne vont pas comme nous à la chasse, au cercle, et dans une foule d'autres endroits où nous ae croyons pas prudent de les conduire.

Aussi il faut les voir chaque jour accourir à la Librairie Nouvelle fureter dans les cases et dans les rayons, et feuilleter avec leurs jolies mains les volumes entortillés dans une bande de papier portant ces mots: vient de p abattre. Les commis de la mai-

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son sont dispensés de leur offrir le catalogue. Elles le connaissent par cœur. Elles savent à quelle édition en-est arrivé V Amour de M. Michelet, que l'Ensorcelée de M. Barbey d'Aurevilly contient 350 pages, et que la Femme de vingt-cinq ans du spirituel M. Xavier Aubryet est divisé en tout petits chapitres.

Il y en a parmi elles qui ont dévoré tous les romans édités depuis 1830. Toutes les péripéties imaginaires ont passé par leur cervelle, de la même façon qu'elles ont fait défiler sur les points culminants de leurs bonnets les rubans inventés par les fabricants de Saint-Étienne. Autrefois elles payaient un franc de location pour un ouvrage en quatre volumes; à présent, pour la même somme, elles peuvent acheter cet ouvrage, le lire, et le prêter ensuite à leurs amies.

La lecture des romans a le même attrait pour les femmes de toutes les classes. On lit dans les mansardes, comme dans les plus somptueuses demeures. H y 4 encore des grisettes qui, après avoir travaillé toute la journée, passent une partie de la nuit à lire des romans. La Société des gens de lettres devra songer quelque jour & exprimer sa gratitude à ce

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