SCENE V
Il suivra le sentier où le plaisir verdit.
Quoi de plus naturel ? Claire me l'a bien dit :
« Ma chère, faites-vous aux mœurs de notre époque,
)i On nous trompe, on s'en vante à grand bruit.Qui s'en choque?
» Les gens très-scrupuleux disent : Péchés mignons!
» Et l'on rit aux éclats, quand nous nous indignons. »
BRION
Comment?
SUZANNE
Je m'indignais aussi: j'étais novice.
BRION
Mais, madame...
SUZANNE
Avouez qu'il est votre complice.
BRION
Lui! c'est un saint omis dans le calendrier.
SUZANNE
Pour vivre ainsi, mieux vaut ne pas se marier.
(Elle Ta s'asseoir au bureau.) BRION.
Madame, j'atteindrais, sans peine, le lyrisme. Pour peindre la verlu, que dis-je, l'héroïsme De ce parfait mari que vous trouvez si mal ; Mais je n'ai pas le temps, je vais au tribunal.
SUZANNE
Vous y trouverez Claire.
BRION
Hein?— Oh! rien ne l'arrête.
Elle est là?
Sous un voile épais que je lui prête.
Elle veut voir comment on défend l'accusé.
BRION
S'il l'aperçoit, Dargis sera paralysé.
SUZANNE
Vous le pensez, monsieur; nous ne l'espérions guère. Que cherchez-vous?
BRION, vivement.
Rien, rien, oh! c'est de bonne guerre; Et j'admets que chacun combatte à sa façon.
SUZANNE
Votre femme nous donne une grande leçon.
Un grand exemple à suivre. Elle ose entrer en lutte.
Vous prenez le pouvoir, souffrez qu'on le discute.
Vous vous réservez loul, les plai^irSj la gaîté,
La force, la raison, le bruit, la liberté.
Mais toutes les vertus restent à notre usage.
Nous pouvons exploiter la douceur., sans partage,
Avec le dévoùment, la candeur, la bonté,
Et tous les attributs de la naïveté.
On nous épouse un jour, comme on monte sa garde,
Par pur amour de l'ordre, et pourvu qu'on nous garde
Les signes apparents d'un facile respect,
Tout est bien, il suffit d'être un mari correct.
(Se levant.) Claire a raison, monsieur, il est temps qu'on s'explique. Il faut l'égalité civile et domestique.
Et nous aurons aussi notre quatre-vingt-neuf.
BRION
Permettez...
SUZANNE
Vous, monsieur, vous allez être veuf.
BRION
Qui? moi !
SUZANNE
Vous serez libre, aujourd'hui, dans une heure.
BRION
Oh ! laissez-moi penser que ma cause est meilleure.
SUZANNE
Dormez en paix, cela ne vous regarde plus.
^ BRION
Mais si.
SUZANNE
Pourquoi chercher des regrets superflus?
Vous perdez votre femme avant de la comprendre. Vous n'avez pas laissé sa tendresse s'é[)anclre; Et vous n'avez pas vu, vous qui raillez nos pleurs, Ce qiiC son ironie étoufiait de douleurs. Quand on le méconnaît, notre amour se déguise ; Quand on l'outrage, il meurt. Vivez à votre guise, Maintenant, sans souci du bonheur envolé.
BRION *
Elle m'aimait!
* Biioi), Suzanne.