‹ Les révoltées, comédie en un acte, en vers. Par Edmond GondinetChapitre 14 sur 27 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Il suivra le sentier où le plaisir verdit.

Quoi de plus naturel ? Claire me l'a bien dit :

« Ma chère, faites-vous aux mœurs de notre époque,

)i On nous trompe, on s'en vante à grand bruit.Qui s'en choque?

» Les gens très-scrupuleux disent : Péchés mignons!

» Et l'on rit aux éclats, quand nous nous indignons. »

BRION

Comment?

SUZANNE

Je m'indignais aussi: j'étais novice.

BRION

Mais, madame...

SUZANNE

Avouez qu'il est votre complice.

BRION

Lui! c'est un saint omis dans le calendrier.

SUZANNE

Pour vivre ainsi, mieux vaut ne pas se marier.

(Elle Ta s'asseoir au bureau.) BRION.

Madame, j'atteindrais, sans peine, le lyrisme. Pour peindre la verlu, que dis-je, l'héroïsme De ce parfait mari que vous trouvez si mal ; Mais je n'ai pas le temps, je vais au tribunal.

SUZANNE

Vous y trouverez Claire.

BRION

Hein?— Oh! rien ne l'arrête.

Elle est là?

Sous un voile épais que je lui prête.

Elle veut voir comment on défend l'accusé.

BRION

S'il l'aperçoit, Dargis sera paralysé.

SUZANNE

Vous le pensez, monsieur; nous ne l'espérions guère. Que cherchez-vous?

BRION, vivement.

Rien, rien, oh! c'est de bonne guerre; Et j'admets que chacun combatte à sa façon.

SUZANNE

Votre femme nous donne une grande leçon.

Un grand exemple à suivre. Elle ose entrer en lutte.

Vous prenez le pouvoir, souffrez qu'on le discute.

Vous vous réservez loul, les plai^irSj la gaîté,

La force, la raison, le bruit, la liberté.

Mais toutes les vertus restent à notre usage.

Nous pouvons exploiter la douceur., sans partage,

Avec le dévoùment, la candeur, la bonté,

Et tous les attributs de la naïveté.

On nous épouse un jour, comme on monte sa garde,

Par pur amour de l'ordre, et pourvu qu'on nous garde

Les signes apparents d'un facile respect,

Tout est bien, il suffit d'être un mari correct.

(Se levant.) Claire a raison, monsieur, il est temps qu'on s'explique. Il faut l'égalité civile et domestique.

Et nous aurons aussi notre quatre-vingt-neuf.

BRION

Permettez...

SUZANNE

Vous, monsieur, vous allez être veuf.

BRION

Qui? moi !

SUZANNE

Vous serez libre, aujourd'hui, dans une heure.

BRION

Oh ! laissez-moi penser que ma cause est meilleure.

SUZANNE

Dormez en paix, cela ne vous regarde plus.

^ BRION

Mais si.

SUZANNE

Pourquoi chercher des regrets superflus?

Vous perdez votre femme avant de la comprendre. Vous n'avez pas laissé sa tendresse s'é[)anclre; Et vous n'avez pas vu, vous qui raillez nos pleurs, Ce qiiC son ironie étoufiait de douleurs. Quand on le méconnaît, notre amour se déguise ; Quand on l'outrage, il meurt. Vivez à votre guise, Maintenant, sans souci du bonheur envolé.

BRION *

Elle m'aimait!

* Biioi), Suzanne.

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