‹ Les révoltées, comédie en un acte, en vers. Par Edmond GondinetChapitre 3 sur 27 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

BRION

Est-ce illégal?...

Non. Que faut-il de plus? — Un seul détail me pèse ;

(il se lève.) Dans ma maison, Cité d'Anlin, numéro treize, Je conserve, à mes frais, une dame.

DARGIS, s'asseyanl.

Comment?

BRION

Adorable !

Chez vous? dans votre appartement?

BRION

Mais mon toit conjugal est sur le quai Voltaire.

DARGIS.

Vous avez un sang-froid candide qui m'attère. Deux ménages de front, au grand jour, ce n'est rien ?

BRlON.

Êtes-vous l'avocat de ma femme, ou le mien?

DARGIS.

Le vôtre.

BRION

Eh bien, alors, prouvez mon innocence.

DARGIS.

Renvoyez cette dame.

BRION, indigné.

Hein! renvoyer Laurence?

DARGIS,

Vous romprez poliment; faites les premiers pas.

BRION, gravement.

Non, il est des devoirs qu'on ne discute pas. Madame de Sainl-Preuil est baronne, elle est blonde. Elle est belle, elle est jeune et veuve, seule au monde. Sa passion pour moi, qui n'a rien écouté, Creuse un abîme entre elle et la société. Je lui dois bien, au moins, ma tendresse assoupie. Une faute se paie, un triomphe s'expie.

D.\RGIS, se levant et changeant de ton. C'est différent, Brion.

BRION

Vous m'avez approuvé.

i LES RÉVOLTÉES

DARGIS, gravement et avec conviclion.

Je sais à quelle chaîne on se trouve rivé,

(Passant devant lui *.)

Malgré soi, trop souvent, et comme une imprudence Peut lourdement peser sur toute une existence. Mais votre affaire est grave,

BBION.

Oli! rien n'a transpiré Laurence a pour son nom un culte exagéré, Oui met une sourdine à ma bonne fortune : Je ne suis p;is aduiis les soirs de clair de lune ; On ne peut me surprendre,

DARGIS.

En êles-voiis certain ?

BRION

Je ne mets plus les pieds dans la cité d'Antin, Depuis que ma vertu privée est en litige. La baronne me croit à Florence. On m'oblige A mentir.

DARGIS,

Gardez donc madame de Saint-Preuil S'il le faut, mais ailleurs, n'importe où,

BRIOA.

Son orgueil N'aurait jamais souffert qu'on lui payât son terme. Elle habite au [)remier : c'est là qu'elle s'enferme. Elle a pris le second pour le monde, un matin, Et du rez-de-chaussée elle a fait un jardin. J'ai réservé pour moi tout le troisième étage.

DARGIS.

C'est la maison entière.

BRlON.

Eh! oui, rien n'est plus sage ; N'ayant pas de voisins je n'ai pas d'espions. Autrefois, j'aurais pris moins de précautions; Un garçon se défend, il marchande, il lésine. (Avec un sonjiir.)

Mais je suis marié. — Ma femme me ruine.

DARGIS.

On vous condamnerait sur ce simple entretien,

BRIUN.

Êtes-vous l'avocat do ma femme ou le mien ? ' Brion, Dargis.

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