‹ Les révolutionnaires de l'A-B-CChapitre 16 sur 25 · Sont exceptés · texte numérisé non relu

Sont exceptés

6** etc., etc., etc.

Et quelles exceptions I

Par exemple, bijou, caillou, chou, genou, etc. , ne prennent pas d'5, ils prennent un x. Il serait très abominable et très cuisinière d'écrire des bijous, des cailloux, des chous, des genous ; il faut écrire des bijoux, des cailloux, des choux, des genoux, etc. Quand je pense que des hommes de quarante ans, qui ont les cheveux gris, donnent des pensums à de pauvres gamins pour ces cailloux et pour ces choux! , cela me paraît sublime d'imbécillité !

Il est nécessaire de dire un cheval, des chevaux; on dit au contraire un carnaval, des carnavals, un chacal, des chacals.

Pourquoi donc çà, s'il vous plaît?

Ainsi le veut l'usage, dit-on.

Mais moi, je vous dis : L'usage est un imbécille, et s'il reste imbécille, il n'a pas le droit de nous donner une langue universelle de sa façon.

Au chapitre des adjectifs, on est bien plus révolté encore. Dites-moi, entre autres , pourquoi ingrat fait au féminin ingrate sans redoublement de consonne , et pourquoi nul, sot, paysan, redoublent, et font : nulle, sotte, paysanne.

C'est à cause de l'étymologie, me dira quelque magister.

Tu te trompes, magister ! Il ost vrai que nul

vient de nulluSy sot de sottus {Quid distat inter Scottum et sottum, disait Charles-le-Chauve à Scot Érigène. — Rien que la table, répondit le savant, qui dînait avec le roi ) ; mais paysan vient depaganus, qui n'a qu'un n.

Magister ! écoute-moi. Toi et les tiens, vous êtes comme les lettrés chinois. Vous avez mis des montagnes d'obstacles autour de vos histoires, pour qu'on soit toujours obligé de les apprendre de vous, pour qu'on y mette beaucoup de temps, et que ce beaucoup de temps se résolve pour vous en beaucoup d'argent.

Voilà la vérité, ô mandai'ins de l'Occident. Et moi, je dis : Fi des mandarins ! et fi des bonzes ! et fi des lamas! Qui nous délivrera de toute cette musaraigne , de toute cette vessaille , conune dit Rabelais ! Qui nous délivrera de ces embaumeurs de langues vivantes! Qui nous délivrera dexes entortilleurs de choses simples ! Qui nous délivrera de ces partisans des brumes et des nuées ! Qui fera resplendir sur la société le soleil du bon sens, de l'utilitarisme bien entendu, pour qu'il chasse enfin tous ces oiseaux de nuit , qui ne croassent leurs vieilleries avec tant d'autorité, tanquam potestatem liabentes, que parce qu'il ne se trouve personne d'assez hardi pour leur rire au nez !

Parlons encore un peu des adjectifs; le sujet est d'une fécondité inépuisable.

Chasseur fait chasseresse; c'est bien, quoique ce soit déjà une cinquième ou sixième exception à la règle ; mais alors pourquoi , je vous prie , accusateur fait-il accusatrice? Quel grand mal y aurait-il à identifier les terminaisons? Et puis, dites-moi, monsieur le grammairien, pourquoi amateur, auteur, professeur, littérateur, docteur, etc., n'ont-ils pas de féminin? C'est sans doute parce que, de par les vieilles bonnes maximes de la bonne vieille doctrine blanchie par le temps, les femmes ne doivent ni s'occuper d'art, ni écrire de livres, ni enseigner? C'est sans doute parce que, toujours de par les bonnes vieilles maximes de la bonne vieille doctrine blanchie par le temps, le masculhi est plus noble que le féminin ?

pourquoi notre langue est-elle si bégueule !

Je serais bien heureux de traiter ces pédants de collège comme Luther traitait le mari de la Babylone : « Petit âne ! Petit ânon ! »

Oserai-je me fourrer dans la forêt noire des verbes? C'est là qu'on en trouve, des exceptions, des sur-exceptions, des sous-exceptions, des irrégularités, des demi-irrégularités, des quarts d'irrégularités, des fractions de fractions d'irrégularités. La plupart du temps, sur quel fondement

reposent ces infractions à la règle? Siir aucun. Ordinairen^ent même, on est obligé, pour les appliquer, de faire une violente entorse au bon sens. Les grammairiens, pour se conformer à ce prostitué qu'on appelle l'usage, font pour les mots comme font les médecins du Céleste-Empire pour les pieds chinois ; il les tortillent horriblement sous prétexte de les embellir et de les illustrer.

Dites-moi un peu, par exemple, pourquoi le verbe dire a une exception consistant en ceci :

Je dis

/ Je lis

Tu dis

[ Tu lis

Udit

) Il lit

Nous disons

\ Nous lisons

Vous dites

f Vous lisez

Ils disent

V Ils lisent

C'est singulier, n'est-ce pas? Comment trouvezvous maintenant cette sous-exception :

Je prédis Tu prédis Il prédit Nous prédisons Vous prédiseib Ils prédisent

Est-ce assez outrageusement bête?

On conjugue :

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