E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Palais-Royal, galerie d'Orléans, 13.
L’auteur et l’éditeur se réservent le droit de traduction.
PRÉFACE
Il n’est rien de tel que de commencer par le commencement.
Or vous n’ignorez pas, lecteurs, amis ou ennemis, qui allez vous mettre en route pour me lire, qu’une préface s’écrit toujours après un livre.
Les auteurs vous présentent ainsi leurs œuvres par la queue.
— D’abord, c’est impoli.
PRÉFACE
— Ensuite, une préface, si longue qu’elle soit, se résumant à peu près k ceci :
Excusez mon peu de mérite....
Ce qui veut dire que l’on s’en croit beaucoup ; — et comme, après tout, si on n’avait pas la conscience de son mérite, on eût beaucoup mieux fait de ne pas écrire, il est toujours fâcheux de compliquer sa faute en mentant aux autres et à soi-même.
Ma préface diffère donc essentiellement des autres préfaces, et je ne me permets même de vous l’infliger que parce qu’elle en diffère.
D’abord, c’est par elle que je commence mon livre, lequel je vous présente ainsi poliment par la tête, dans l’espérance que, si celle-ci passe, le reste n’éprouvera pas de difficulté.
Ensuite, comme je ne me trouve pas assez de mérite pour faire de l’économie en écrivant , et que je donne tout ce que j’ai ,
PHÉFAC8.
loin de m’en excuser, j’altends qu’on m’en remercie.
— On va peut-être s’étonner des allures de mon style ?
—J’ai pris un titre , c’est donc lui qui me commande.
Je ne viens pas proposer ou défendre un système avec la gravité sentencieuse d’un Philosophe.
Je viens en Prophète pour dire la Vérité, et comme je la dois à tous, je parle le langage de tous.
— Comment pourrais-je avoir la prétention de dessiner l’Avenir, si je ne tenais pas compte de tous les éléments intellectuels que les Hommes triturent en eux -mêmes ?
— Celui qui rit comme celui qui pleure, l’ignorant comme le savant, celui qui rai-
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PRÉFACE
comme le grotesque, tous font leur partie dans le grand concert humain.
Ce livre sera mon second essai pour leur apprendre à jouer en mesure.
Ce n’est qu’après avoir passe quinze ans à réfléchir, que j’ai taillé ma plume pour la première fois. Ceci n’est qu’une figure ; car, Dieu merci ! depuis que l’Industrie m’a fourni des plumes en fer je ne me sers plus que de celles-là.
C’est déjà vous montrer le penchant de mes idées : je saisis tous les progrès au vol, et une invention si petite qu’elle soit me Irouve toujours le premier à l’essayer.
Je n’ai donc pas taillé ma plume ; mais je m’en suis servi sans crainte et sans reproche , et je puis dire qu’avec elle j’ai tout osé , fors attaquer l'honneur.
PREFACE
scientifique et philosophique par une porte bâtarde , celle du Magnétisme, je n’ai pas eu de Héraut pour m’annoncer, et comme mon écu était sans armoiries et que je ne portais les couleurs de personne, les Savants et les Philosophes à panaches et à écussons qui caracolent à l’ébahissement du public, ont cru devoir abaisser leur épée et refuser le combat.
Un an durant , je les ai provoqués en vain.
En publiant mon premier livre, Comment l'esprit vient aux Tables, je leur ai dit: — Je vous défie !
Depuis, tous les mois, dans un journal que je rédigeais seul, la Magie du xix' siècle, j’ai répété : — Je vous défie !
Plusieurs feuilles à grande publicité ont daigné rappeler mon cartel scientifique sur la question du Magnétisme considéré comme
rBÉFACE.
la base d’une nouvelle philosophie toute expérimentale.
De consciencieux écrivains m’ont fait l’honneur de croire que j’étais digne d’être écouté, et je reste toujours, l’épée au poing, attendant un adversaire.
— J’en suis las.
Comme le public a les regards fixés sur un autre arène où se débattent des intérêts qui semblent plus importants que celui-là, c’est au milieu même de celte arène que je me transporte, avec armes et bagages, pour renouveler mon défi.
— Savants embarrassés de vos théories ,
—Philosophes embarrassés de vos systèmes,
— Théologiens embarrassés de vos idoles ,
— Novateurs embarrassés de vos utopies ,
— Diplomates embarrassés de vos embarras,
PRÉFACE
vu
Qui n’a pas d’écusson, parce que le sien .
c’est Tout ,
Qui ne porle pas de couleurs, parce que la Lumière n’en a pas ,
Avec la Foi pour bouclier et la Volonté pour épée,
— Je vous délie ,
Dans vos Théories , dans vos Systèmes, dans votre Idolâtrie, dans vos Utopies, dans votre Politique.
— Je vous défie! et.... voici mon gant :
— C’est mon livre.
—Qui de vous le ramassera, Tenants du Rationalisme , ou Chevaliers de la Superstition ?
— Ensemble ou séparément je liens contre vous tous, et voici ma devise :