‹ Les revolutions du temps synthese prophetique du 19. siecleChapitre 73 sur 132 · LES MARIONNETTES ÉTERNELLES DE LA COMÉDIE HUMAINE · texte numérisé non relu

LES MARIONNETTES ÉTERNELLES DE LA COMÉDIE HUMAINE

Conseils aux spectateurs. — Orphée aux Champs-Élysées joue la pièce de Guignol. — Pantomime à grand spectacle avec intermède, interruption des spectateurs, causeries, etc. — Arrestation d’Orphée, son jugement, sa fuite et son exil sur la terre. — Comment le sérieux s’unit au burlesque.

Toutes les erreurs se valent ; mais comme il est vrai que nous ne marchons à la vérité que par une succession d’erreurs , les plus grosses sont tout simplement produites par les choses que nous nous mettons le plus près de l’œil.

Ceci est un résultat de la loi de perspective qui s’applique au moral tout aussi bien qu’au physique, et dont messieurs les Savants spécialistes ne se sont guère rendu compte.

Nul ne conçoit encore que la Science qu’il croit tenir n’est qu’un semblant de vérité qui lui bouche l’œil, tant qu’il reste collé à sa spécialité et ne veut pas l’aligner avec les connaissances des autres.

Il n’y a qu’en prenant un ‘point de vue éloigné de tous les événements, comme de toutes les sciences, que l’on peut juger de l’ensemble des événements et de l’ensemble des sciences, c’est-à-dire de la véritable Histoire et de la véritable Science.

C’est à ce point de vue que je crois avoir amené mes lecteurs.

Parmi eux cependant je ne puis faire qu’il n’y ait des myopes et des presbytes.

— Que chacun arrange donc sa lunette à sa vue , et prenne garde , en regardant de si loin , si une mouche vient se placer sur son objectif, de ne pas la confondre avec un éléphant. C’est un effet de mirage que l’on subit trop généralement et auquel messieurs les Savants, qui se servent de lunettes, sont surtout fort exposés.

DE LA COMÉDIE DOMAINE

Celui qui veut projeter ses regards au loin vers le Passé comme vers l’Avenir, ne doit voir dans tous les événements du Présent que de très-petites mouches, fort incommodes, qui ne volent près de son œil que pour se grossir, mais qui ne sont grosses ijue de ce qu’elles cachent dans la perspective.

Maintenant que vous voici prévenus,

— Attention !

La pièce va commencer.

Absolument comme Guignol , chez nous, c’est Orphée qui la joue pour les promeneurs des Champs-Elysées.

Vous connaissez déjà ses personnages, ce sont toujours les mêmes ; seulement à mesure que le temps marche et que leurs habits s’usent, et aussi un peu pour l’amusement de ses immortels spectateurs, il les remplace de temps à autre.

Le décor du fond ne change jamais.

Les premiers plans ont plus de variété et se rapportent toujours aux habits que revêtent les acteurs.

Aujourd’hui c’est grande fête aux Champs- Elysées, les bancs du théâtre d’Orphée sont au complet. Eurydice, sa charmante compagne , fait la quête. Les spectateurs, d’un air contrit, sont forcés de tirer la langue, pour montrer qu’ils n’ont plus l’obole sacrée ; mais Caron, avec un geste de financier en goguette, jette sa bourse aux pieds d’Eurydice.

Alcibiade la ramasse galamment et l’offre à Eurydice, qui le récompense d’un sourire.

Puis celle-ci s’avance au milieu de l’assemblée et annonce :

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