‹ Les révolutions russesChapitre 74 sur 79 · I. Les illusions sur la Rassie · texte numérisé non relu

I. Les illusions sur la Rassie

Citoyennes et Citoyens, •

2. Je n'ai nulle prétention d'être le professeur de personne ; je viens simplement vous convier, à la fois au nom des intérêts dé la France, au nom des intérêts de la Russie, et par-dessus tout au nom de ces larges intérêts de Thumanité, dont nous ne pouvons pas séparer les intérêts étroits des nations, et que notre président mettait tout à l'heure sous le couvert de Pantiquité, avec tant de raison, — ^ au nom de tous ces intérêts je viens vous convier à vous joindre à nous dans une manifestation contre les monstruosités qui se passent dans une partie de l'Europe, pour un appel à l'esprit de justice qui, seul, peut sauvegarder l'avenir.

3. Nous assistons à un spectacle historique véritablement extraordinaire, au milieu de la civilisation contemporaine. Il y avait là-bas, bien loin dans le nord, dans Test de l'Europe, un pays qui était resté pour les conservateurs le paradis et le modèle de la vérité politique. Oh! là, vous pouviez être tranquilles : l'esprit de la révolution n'avait pu pénétrer dans les institutions,, et le pouvoir, Tautorité étaient établis sur des bases solides, et à ce qu'il semblait, inébranlables. D'un bout à l'autre de cet immense empire, qui d'un côté touchait aux frontières d'Allemagne, et de l'autre se prolongeait presque jusqu'à l'Amérique, d'un bout à Tautre de cet immense espace peuplé de plus de cent millions d'habitants, il n'y avait pas deux pensées,^ il n'y en avait qu'une; il n'y avait pas deux, volontés, il n'y en avait qu'une ; il n*y avait pas deux droits^ il n'y en avait qu'un ; le principe monarchique subsistait dans ce qu'il a de plus absolu ; aucun être huioaam ne pouvait se dresser contre le bon plaisir du ixLsâiT^,

4. Et cette organisation parfaite, que nos réactionnaires regardaient avec envie et avec une tendresse qu'ils ne pouvaient pas cesser d'exprimer, elle se prolongeait dans tous les o'rganes du gouvernement. Aucune garantie pour les sujets de ce maître tout-puissant; encore aujourd'hui, après les prétendues réformes libérales et bourgeoises, il arrive qu'un homme qui a des rentes, qui est tranquille chez lui, est écrivain : on le soujpçonne ; sous un prétexte quelconque la police vient chez lui, et le lendemain il part ^vec sa femme, il est déporté en Sibérie, dans des pays affreux où Ton ne voit pas même la verdure d'un arbre, où il y a dix mois d'hiver sous un climat atroce ; il faut que la femme cherche elle-même la nourriture que vole en passant celui qui en est chargé ; sans un tribunal, sans quoi que ce soit comme garantie, par acte administratif.

5. Il y avait là-bas des institutions admirables. C'est là q ue l'armée était forte ! Ah! vous le savez bien, Tesprit libéral, l'esprit républicain désorganise les armées; mais là-bas, comment l'armée n'aurait-elle pas été admirablement organisée? L'esprit civil ne pouvait pas s'en mêler; aucun droit de critique ; les soldats étaient courbés sous une loi de fer, et le maître et les états-majors pouvaient régler les institutions militaires comme ils l'entendaient, sans être troublés par personne.

6. Et puis, au-dessus de cet admirable édifice politique, il y avait Dieu, protecteur de la Russie, au nom duquel le Tsar pailait ; pas d'impiété possible, l'édifice était théocra* tique en même temps que despotique. C'était si bien le sens du gouvernement russe que notre ami le tsar, quand il voulut nous témoigner plus particulièrement son amitié et nous faire un cadeau, comme il craignait notre impiété qui aurait pu mécontenter la Providence, n'a pas trouvé de plus beau présent à nous faire, que des cloches pour Notre-Dame... {Rires et applaudissements,)

7. Heureux pays, disait-on, et le représentant le plus autorisé de notre vieille noblesse historique, j'ai nommé

M. Arthur Meyer... (Rires),, nous montrait cet exemple comme celui qui devait assurer notre puissance.

8. Oii pouvaient nous conduire nos malheureuses institutions républicaines ? Au socialisme, au collectivisme, plus que cela, à l'anarchie, à celte conception d'un pays oii tous les liens sociaux seraient brise's, où les organisations seraientdétruites, où la subordination et le concours réglé des efforts humains seraient à jamais annéantis, et où des forcesindivid\ielles effrénées pourraient se mouvoir dans l'espace illimité, avec la puissance de leurs instincts les plus sau~ vages... Nous répondions que ce cauchemar d'anarchie^ jamais on ne le verrait réalisé dans une société humaine : que ce pouvait être le rêve de quelque cerveau malade, mais que ce rêve ne serait jamais la vérité, ni la réalité nulle part. Citoyens, nous nous trompions. L'anarchie, dans son désordre et dans son chaos, nous l'avons sous les yeux, et c'est l'autocratie russe qui nous en donne le spectacle... {Applaudissements,)

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