ZINC
Les exploitations, ou même les découvertes de minerais zincifères africains, sont actuellement tout à fait localisées dans la région méditerranéenne et, plus spécialement, dans la Tunisie et la partie Est de la province de Constantine. Gela peut, sans doute, tenir, en partie, à la faible valeur de substances, comme la calamine ou la blende, qui seraient totalement hors d'état de supporter un transport par terre un peu prolongé et ne prennent de valeur qu'au voisinage des côtes, en sorte qu'on les regarde avec dédain, quand on les rencontre au centre de
l'Afrique. Cela doit résulter aussi de ce que le zinc est essentiellement un métal de filon : un élément, qui est entré aisément en dissolution dans les eaux métallisantes, qui a eu toutes facilités pour s'écarter du magma éruptif originel et qui, dès lors, se trouve peu dans les gîtes de grandes profondeurs, caractéristiques de toute l'Afrique continentale, mais, au contraire, beaucoup dans les gîtes à larges filons réguliers du type hercynien, ou, peut-être relativement encore plus, dans les filons éparpillés des chaînes tertiaires, comme celles de l'Algérie.
La statistique des minerais de zinc donne, pour ces dernières années, les chiffres suivants, dans les deux seuls pays africains, où ces minerais aient été exploités :
UINERAIS DE ZINC
Algérie (calamine). . . .
Tunisie (calamine). . . ., Tunisie (minerais de
plomb) '
Tunisie (mixtes)
tonnes.
tonnes.
tonnes.
tonnes.
tonnes.
tonnes.
tonnes.
En Algérie S les principales mines de zinc exploitées sont ceJles du département de Gonstantine (en tête desquelles se place Hammam N'bails, à l'Est deGuelma). qui ont produit dans l'ensemble, en 1900, 19.172 tonnes ; puis viennent celles du département d'Alger : d'abord Otiarsenis, d'où la Vieille-Montagne tire, depuis longtemps, environ 6000 tonnes par an; ensuite Sakamody {3 000 t.); accessoirement Guerrouma; l'ensemble des mines du département a produit, dans la môme année, 10180 tonnes. Mais ces chiffres, assez faibles en somme, traduisent mal la grande activité, avec laquelle les calamines ont été recherchées, depuis 1898, dans l'Est de l'Algérie, à la suite de quelques trouvailles heureuses, faites surtout en Tunisie. Des concessions ont été récemment instituées sur des gîtes qui semblent importants, au Kef Semmah (Ouest de Sétif), où l'on a reconnu près de 100.000 tonnes de calamine, et au Bou Thaleh, ou Djebel Soubella, où l'on en a reconnu 60.000. La petite concession de Bekkaria, aujourd'hui épuisée, a donné, pendant quelques années, plus de 300.000 francs de bénéfice net par an.
En Tunisie, l'extraction des minerais de zinc et des galènes connexes a occupé, en 1899 et 1900, plus de 1 700 ouvriers et produit
• Voir, plus loin, chapitre x, la description détaillée de ces gisements et les caries qui raccompagnent.
Richesses minérales de l'ÂCrique.
pour environ 2 millions de francs de minerais divers, comprenant 22 à 23000 tonnes de calamines calcinées.
Les principaux gisements tunisiens sont ceux de Djebel Reças, Kangueî Kef Tout, Sidi Youssef, Djebel ben Amai% Sidi Ahmed, Fedj el Adoum, El Akhouat, Djebba.
Ainsi que nous le verrons au chapitre x en étudiant l'ensemble des gîtes métallifères algériens et comme je viens déjà de l'indiquer au chapitre précédent en traitant du cuivre, les gisements d'Algérie et de Tunisie sont, essentiellement, des gîtes complexes, où la plupart des métaux, que l'on observe dans les filons sulfurés, peuvent se trouver à la fois rassemblés ; cependant, sans vouloir attacher une trop grande rigueur à cette remarque, on peut dire qu'il existe une première zone, voisine du littoral, où le fer et le cuivre dominent dans ces gîtes et une seconde où le zinc et le plomb prennent, au contraire, une particulière importance. Bien que certaines concessions aient été instituées pour plomb, c'est, dans l'état actuel des choses, le zinc surtout, qui constitue les minerais fructueusement exploitables d'Algérie : le plomb n'étant extrait qu'accessoirement des mêmes mines et séparé du zinc par les préparations mécaniques. En Tunisie, il y a eu un développement récent de la production du plomb par l'installation de grands ateliers de préparation pour traitement des minerais mixtes.
Les minerais de zinc peuvent être, dans certains cas, de la blende à peine altérée, comme dans le gîte, exploité avec continuité, de Sakamody, au Sud d'Alger. Ce cas ne se présente, naturellement, que dans les terrains inattaquables aux acides et, spécialement, dans les schistes ou les marnes. Les gisements blendeux, encaissés dans les marnes, participent alors de la nature de tous les filons compris dans ces terraios friables ; ils sont irréguliers, ramifiés, lenticulaires et souvent remplis de débris du terrain encaissant, qui arrivent à leur donner la constitution d'une véritable brèche.
Dans des gisements beaucoup plus nombreux, les exploitations de zinc portent sur des amas calaminaires, qui sont la forme altérée et oxydée, au-dessus du niveau hydrostatique, des gisements blendeux, lorsque ceux-ci se trouvent en relation avec des calcaires. Tous les calcaires compacts, rencontrés par des fractures métallisantes, sont aptes à fournir de semblables amas, et, en Algérie, où les venues zincifères semblent, pour la plupart, au moins éocènes, il arrive d'en rencontrer, en effet, dans tous les calcaires des âges antérieurs ; cependant, certains niveaux calcaires, particulièrement développés dans les régions fracturées, le lias, l'urgoaptien, le cénomanien, le sénonien, accessoirement le suessonien, (éocène inférieur), sont ceux où l'on connaît le plus de ces gîtes calaminaires.
La forme des minerais, très compliquée et très variable d'aspect au
premier abord, rentre, en résumé, dans les divers types, que Ton peut observer partout où il existe des gisements de substitution analogues, aussi bien dans le Gard qu'en Sardaigne : la substitution calaminaire a pénétré dans le calcaire à la façon d'une tache d'huile, en prenant pour point de départ les fissures , diaclases ou joints , préexistants dans celui-ci, de sorte que ces fissures, ou joints, s'accusent encore dans la calamine et lui donnent une allure, tantôt bréchoîde, tantôt schisteuse ou zonée suivant la disposition du calcaire primitif. Les belles calamines concrétionnées à aspect de phosphorites sont rares en Algérie; on en rencontre cependant des exemples àOuarsenis, etc.
La galène, qui accompagnait la blende, a mieux résisté à l'altération, mais a néanmoins produit un peu de cérusite.
Passons des minerais à l'allure des gîtes.
Les gites calaminaires ont pu se former dans les diverses zones de circulation facile des eaux souterraines, c'est-à-dire : dans les cassures verticales ou diaclases, dans les joints de stratification (où il en résulte des aspects de fiîoos-couches) et suivant le contact de ces calcaires avec un terrain imperméable : ce contact pouvant, d'ailleurs, se faire d'une façon quelconque, soit par faille, soit, naturellement, par superposition sédimentaire, (ce qui produit alors des gisements de contact à apparence interstratifiéc, dont le type classique se trouve au Laurium, en Attique). Certains districts ont une allure très complexe, notamment ceux qui se présentent à l'intérieur, ou sur la périphérie de certains îlots ou dômes, entourés de failles. Ainsi, au Djebel Soubella, on a un dôme de calcaire liasique, émergeant au milieu de schistes crétacés tordus. La concession porte sur des filons avec élargissements calaminaires dans le lias ; mais il se présente, en outre, des gîtes de contact à remplissages divers.
En résumé, l'on a pu distinguer, dans la pratique, trois types principaux de gîtes calaminaires algériens ou tunisiens :
!•* Les cassures minéralisées, pour la plupart situées dans l'urgoaptien, parfois dans le sénonien, en Tunisie {Djebel Reças, Djebba, Sidi Youssef):
2* Les contacts par faille, notamment entre le crétacé inférieur et les scliistes cénomaniens ou sénoniens {Kef el Afsa, Rouached, Djebel Azerou, Sidi Ahmed), ou entre les calcaires crétacés et les marnes triasiques en Tunisie (Fedj-el Adoub, el Akhouat),
3** Les contacts interstratifiés de marnes et de calcaires, parfois presque verticaux, comme à Bekkaria, Khanguet el Mouhady Aîn Chaouch.
Gomme remarque générale, on peut ajouter encore que le métamorphisme calaminaire est souvent en rapport avec la présence de grottes , dans les calcaires : ces grottes prouvant elles-mêmes une circulatioF
souterraine des eaux, particulièrement intense. On le voit cesser, lorsqu'on peut s'enfoncer assez pour sortir de la zone à circulation d'eaux facile, et entrer, au contraire, dans la zone, où ce mouvement est lent ou insensible ; mais, en général, à ce moment, les difficultés d*épuisement s'exagèrent de telle sorte et, en même temps, le minerai, devenu blendeux, s'épapille et s'appauvrit si bien, que le gîte peut être considéré comme pratiquement épuisé. Un système d'amas calaminaires est, de toutes façons, une richesse momentanée et limitée, sur la continuité de laquelle il serait extrêmement hasardeux de compter, et qui nécessite, si Ton veut entretenir une exploitation régulière, une proportion de travaux de recherche et de développement tout particulièrement notable.
En parcourant l'Algérie de l'Ouest à l'Est, nous trouvons, dans la région caractérisée ^surtout par la grande mine de fer de la Tafna, deux concessions de zinc et plomb un peu exploitées, Mazis et Djebel Masser. Dans la première, on est au contact direct du calcaire liasique avec les schistes anciens ; dans l'autre, au milieu du calcaire.
Sur la concession d'Ouarsenis (42 kil. S.-E. d'Orléans ville), on exploite, à raison de 5 ou 10000 tonnes par an, dans le lias, des amas calaminaires avec galène, blende, hématite et sidérose, produits d'altération probables de quelque gîte sulfuré complexe.
Puis vient, au Sud-Est de l'Arba, c'est-à-dire au Sud de la Mitidja, la zone blendeuse de Sakamody^ encaissée dans des schistes crétacés, zone très prolongée dans son ensemble, mais assez éparpillée dans le détail, comme tous les filons encaissés dans des schistes. L'extraction est là d'environ 3 000 tonnes par an.
C'est surtout la province de Gonstantine, qui est riche en minerais de zinc. On en trouve déjà quelques-uns dans divers filons sulfurés complexes de la côte, par exemple dans le plus connu de tous, celui de Kef-oumrTheboul. Le nombre en devient surtout considérable, quand on aborde les grands plissements crétacés et tertiaires, qui constituent l'intérieur du pays, vers le Sahara. Je ferai remarquer tout à l'heure, en parlant du mercure et d'antimoine, que, parmi ces filons, il en est un nombre important, où la calamine et la galène s'associent avec de la stibine et du cinabre.
En partant toujours de l'Ouest, le Djebel Soubella, ou le Bou Thaleb, (à 55 kil. S. de Sétif) ont attiré l'attention dans ces derniers temps ; la concession du Djebel Soubella est toute récente ; on évalue la calamine reconnue à 60000 tonnes; cette calamine, surtout silicatée, avec galène, y remplit des cassures régulières d'un calcaire compvact (lias ou bathonien), où l'on trouve, en même temps, un peu de cuivi;e gris et de cinabre. La concession nouvelle de Kef Semmah, à l'Oues^l de Sétif, porte sur des amas calaminaires, représentant environ 100000;^
tonnes de calamine reconnue. Plus à l'Est, Timportante concession d'Hammam rCBaih (23 kil. S.-E. de Guelma) présente, à côté de la calamine et de la galène, l'association de Tantimoine et du plomb sous la forme spéciale de la nadorite. L'amas, qui existe là, a été évalué à 300000 tonnes (20 mètres sur 100 mètres et 50 mètres). Le gîte de Djebel Hamimaty surtout caractérisé par la sénarmontite (antimoine oxydé) renferme, en môme temps, de la calamine et du cinabre.
Du côté de Souk-Arrhas et en s'éloignant, au Sud, vers Aîn-Beida ou Tlemcen, ou à l'Est, vers le Kef, on trouve de nombreux gîtes complexes, souvent zincifères et plombeux, sur lesquels on a beaucoup fouillé dans ces derniers temps,
A Mesloula (48 kil. S,-0. de Souk-Arrhas) la calamine est accompagnée de plomb et de cuivre. La région, à demi tunisienne, de Bou Jaber (40 kil. N.-E. de Tebessa) est riche en indices plombeux, calaminaires et cuivreux, avec gangue de quartz et barytine, dans un calcaire urgo-aptien. La concession récente de Bekkaria (10 kil. E. de Tebessa) porte sur des amas calaminaires dansle turonien.
En Tunisie, nous décrirons, plus tard, un certain nombre d'amas calaminaires, accompagnés d'une proportion plus ou moins forte de galène, ou de carbonate de plomb. Ces calamines, localisées comme partout au voisinage de la superficie, sont assez rapidement coincées en profondeur, et les exploitations, qui ont pour but de les dépiler, n'ont, par suite, qu'une durée précaire ; mais quelques-uns de ces travaux ont été très fructueux dans ces dernières années. La galène, qui, à la surface, avait été souvent enlevée par les travaux antiques, tend à reprendre son importance en profondeur, soit sous la forme de galène proprement dite, soit sous la forme de minerais mixtes, nécessitant une préparation mécanique et pour lesquels on a installé diverses laveries.
Parmi ces gisements, l'amas calaminaire de Djebel ben Amar (25 kil. N.-O. de Béja) remplit une fracture des calcaires sénoniens, ainsi que celui de Kanguei Kef Tout, un peu plus au Nord-Est, d'où Ton a déjà sorti 37 000 tonnes de calamine. A Sidi Ahmed, sur la même zone, la calamine et la galène incrustent des bâillements de contact entre les calcaires et les marnes sénoniens. En continuant toujours au Nord-Est, à Djebel Ghenffa, el-Grefa et Béchateur, la proportion de plomb (galène et cérusite) devient prédominante dans des fissures analogues de calcaires. Sur la frontière algérienne, Sidi Fous- $efj qui produit, outre les minerais en roche, des quantités considérables de terres calaminaires, comprend également deux filons principaux de calamine, galène et cérusite dans les calcaires sénoniens. Le Djebel-elrAkhouat et Fedj-el-Adoum (plomb et zinc) sont dans les calcaires, près de leur contact avec des nfiarnes gypseuses triasiques.
d50 LES RICHESSES MINÉRALES DE L'AFRIQUE
Au premier de ces gisements, on rencontre déjà un peu de blende en profondeur. A Djebba, on a eu, toujours dans les calcaires, des filets de galène et des poches calaminaires. Au Zaghouan et au Djebel ReçaSy les gîtes de plomb et de zinc incrustent, dans les calcaires, des fissures, en relation probable avec la grande dislocation, dite du Zaghouan, à laquelle ils sont, au Djebel Reças, perpendiculaires. Le premier gîte a été vite épuisé ; le second est, au contraire, le plus important, en même temps que le plus anciennement exploité de Tunisie. Un grand amas calaminaire s'est rencontré à l'intersection de deux fractures ; actuellement, à une profondeur plus forte, la mine est surtout redevenue une mine de plomb.
Dans le reste de l'Afrique je n'ai à mentionner que bien peu d'indices reconnus de minerais zincifferes,
A Mindouliy dans le Niarl (Congo français), un peu de zinc apparaît, avec le cuivre étudié précédemment, dans un système filonien complexe imprégnant des calcaires, et s'y présente sous des formes d'altération surtout silicatées (calamine, parfois manganésifère, ou willémite).
Au Transvaal, le zinc n'est qu'un élément accessoire dans la série des gisements assez complexes, qui ont été déjà signalés au chapitre cuivre.