L.ANGLUMIER, se levant
Un tantinet !... c'est-à-dire qu'à ce point-là, ce n'est plus une danse, c'est un ballet!
JOSÉPHINE
Une petite polka tout au plus ! Les femmes vous coûtent bien davantage et elles ne vous aiment pas comme je vous aimais.
LANGLUMIER.
Je reconnais que tu avais pour moi une véritable affection.
JOSÉPHINE
J'ai tant besoin d'aimer ! Orpheline de bonne heure, ma tante me fit entrer dans un lycée de jeunes
filles; à dix-huit ans, j'avais mon brevet supérieur... Mais hélas ! nous étions trois mille brevetées cette année-là, et comme je ne connaissais même pas un conseiller municipal, je restai sur le pavé, n'ayant pour toutes ressources que la misère... J'aurais pu, comme tant d'autres, me faire une petite position dans la galanterie, mais j'ai préféré la domesticité... par vertu !.,. Je suis d'Orléans : je n'ai pas voulu déroger... Enfin, quand monsieur reviendra-t-il ?
LANGLUMIEll.
Quand j'aurai hérité de mon oncle!
JOSÉPHINE
Quel âge a-t-ii, l'oncle de monsieur?
LANGLUMIER.
Quatre-vingt-quinze ans.
JOSÉPHINE
J'appelle ça de l'indiscrétion !
LANGLUMIER.
C'est UD homme qui donnera son souper de centième.
JOSÉPHINE
Espérons que monsieur pourra attendre.
LANGLUMIER.
Je suis bien hypothéqué!...
JOSÉPHINE
Vous avez tant fait la noce !... I^a province vous reposera.
LANGLUMIER.
Vois-tu, Joséphine, j'ai mangé, depuis trente ans,