ACTE PREMIER
HENRI
Tiens, veux-tu que je te dise tout?
BISGA.REL.
Tu l'es?
HENRI, s'asseyant à gauche de la table. Mais non! Sais-tu à quoi je passe mon temps?... Je passe mon temps à écrire à ma femme!
BISGAREL, s'asseyant à droite.
Elle est donc absente?
HENRI
Non, tu ne comprends pas : je lui écris des lettres d'amour.
BISGAREL.
Pourquoi?...
HENRI
Es-tu assommant avec tes interruptions!
BISGAREL, vexé.
Bon ! bon ! je ne m'exprimerai plus que par gestes ! A partir de ce moment, Biscarel ne parlera plus que par
signes.
HENRI
Je t'en prie... j'ai chercbé longtemps le moyen de calmer ma jalousie inqualiliable. (Biscarel acquiesce de la tête.) J'ai d'abord songé à faire éprouver ma femme
par un de mes amis, (aeste d'étonnement de Biscarel.) J'aurais choisi un homme jeune, élégant, distingué, spirituel, brillant, joli garçon... (Geste de Biscarel qui
signifie: moi.) Mais non, j'ai dit jeune et joli garçon. (Geste de Biscarel, vexé.) Bref quelqu'un me valant ou à peu près... (sourire de Biscarel.) Mais cette idée avait
mille inconvénients et j'iaiaginai alors d'être moimême le monsieur qui éprouve. (Geste interrogatif de Biscarei.) J'écrivis à ma femme les déclarations les plus tendres, les plus passionnées. (Geste interrogateur de Biscarei.) Je sais ce que tu vas me dire : mon écriture, n'est-ce pas? (Biscarei fait signe que oui.) Je faisais recopier mes lettres par un de nos amis, Jacques des Eglantiers, tu sais Jacques des Eglantiers... et il les signait Lionel de Cabanville. Poste restante, rue Meissonier. Quarante lettres toutes plus brûlantes les unes que les autres sont restées sans réponse. Un autre se serait tenu tranquille. (Biscarei fait signe que oui.) Moi pas. Je me suis dit : ma femme ne veut peut-être pas répondre à un inconnu et j'ai écrit, pas plus tard qu'hier, une quarante et unième lettre signée cette fois : Lionel de Cabanville, 274, Boulevard Malesberbes, J'ai sous-loué un petit appartement tout meublé ! (sourire de Biscarei.) Eh ! bien,qu'estce que tu penses de tout ça? Tu ne dis pas un mot! Biscarei se lève, serre la main à Henri et sort sans rien dire. Quand l'effet s'est produit il rentre et dit simplement à Henri.
BISGAREL.
Dis donc, tu me tiendras au courant.
Il sort.
SGliNE III
HENRI, puis JEANNE.
Henri sonne. Même scène que la première.
HENRI
Est-ce que madame est rentrée?