ACTE PREMIER dl
LANGLUMIER.
Je pourrais dire que le reste ne me regarde pas. Je suis sûr qu'un autre vous le dirait. Moi, monsieur, je ne suis pas comme tout l(î monde, et je m'en vante !... Alors que vous vous êtes présenté à moi sous le nom d'Henri de Précardin, vous avez donné à mon concierge le nom de Lionel de Gabanville.
HENRI
Oui, monsieur...
LANGLUMIER.
J'en ai conclu que vous étiez un homme marié qui sous-louait mon appartement pour tromper sa femme. Je ne vous demande pas vos secrets, je veux simplement vous dire : de deux choses l'une : ou vous allez reprendre votre argent et me donner mon reçu^ ou vous allez me donner votre parole d'honneur (se levant.) que vous ne tromperez pas votre femme dans mes meubles. (Henri se lève.) Ces meubles me viennent de mon père qui les tenait du sien. Ma tante, que j'aimais comme une seconde mère a son image dans la chambre... et je ne voudrais pas, bien qu'elle soit à l'huile, qu'elle eût sous ses yeux le spectacle d'unions interlopes!..,
HENRI, L'interrompant.
Monsieur, je vous donne ma parole d'honneur qu'il ne se passera rien chez vous qui puisse offusquer les toiles de famille que vous voulez bien y loger.
Il s'asseoit.
LANGLUMIER, s'asseyant et répétant sa phrase. — A part. Comme il est nerveux ! (iiaut.) D'unions interlopes! Henri se lève, 'va écouter à la porte de sa femme et vient se rasseoir.
L ANGLUiMIER.
Tel que vous me voyez, je suis obligé de quitter Paris faute d'argent... J'y suis venu à l'âge de dixneuf ans. A l'âge de vingt-cinq ans, j'avais mangé mon patrimoine... qu'auriez-vous fait à ma place?
HENRI, avec force.
J'aurais travaillé.
LANGLUMIER.
En effet, j'y songeai tout d'abord, je priai mes amis de me trouver une place de trente à trente-cinq mille francs par an. Vous savez, n'est-ce pas, ce que sont les amis? Aucun ne la trouva. Alors, je me retirai en province, auprès d'une vieille tante dont j'étais l'unique héritier. Un an après, je rentrai à Paris à la tète de quatre cent douze mille francs... A l'âge de trente ans...
HENRI
Je vois que nous en avons encore pour longtemps?
J'abrège. A l'âge de trente ans, j'avais mangé ma tante, (se levant.) Bref, monsieur, j'ai hérité huit fois, d'une somme totale de trois millions...
HENRI, se levant.
Oui... oui... oui...
Il remonte à gauche.
LANGLUMIER.
Eh bien, vous me croirez si vous voulez, il ne me reste rien! rien!... Quand je dis qu'il ne me reste rien, il me reste un oncle en province... dont je suis l'unique héritier... Alors, je pars, je vais attendre mon oncle. Mais par exemple, j'ai l'intention de le mena-