LISE, DUPONT
DUPONT
Hé , c'est la femme de chambre de madame Dervaî.
LISE
Mieux que cela , c'est madame Dervaî elle-même.
DUPONT
Elle arrive !
Elle me suit.
DUPONT
Seule ?
LISE, d'uji air mystérieux.
Seule. Elle vient attendre ici quelqu'un...
DUPONT
Vous me dites cela d'ua air de n?jslère...
LISE
Mais c'est qu'il y en a beaucoup.
DUPONT, souriant d'un air intrio^uê.
A\i\ vous nous compterez cela , madenioiselle Lise.
LISE
J'ai pris le devant fout exprès.
DUPONT
En vérité?
Ecoutez-nioi , mon cher Dupont.
DUPONT
Je ne perds- pas un mot.
LISE
On a marié ma maitresse...
DUPONT
A l'âge de dix ans ; je sais cela.
LISE
Monsieur Derval....
DUPONT
N'en avait encore que quatorze. Après?
LISE
Mais il donnait dès lors les plus belles espérances- C'est le fils d'un excellent officier qui , de simple soldat, est parvenu , à force de inérite, aux t:;r;) des supérieurs, et qui, je ne sais dans quelle aH'aire, a sauvé la viea notre vieux maître 5 euHn c'était un de ces arrauiiemens d'amitié et de conveuance —
DUPONT
Qui ne sont pas sans exemple. D'ailleurs , je reconnais la le cœur de monsiein- d'Hejnel ; je lui dois ma peiite fortune , Gi ceries.... ixjçi^ij^ continuez , mademoiselle.
À r,?. Oi LISE.
Vous concev^?z 'qu'une demoitelie de dix ans, et un jeune homme de quatorze.,.
DUPONT
Ne se marient que pour la forme.
LISE
C'est cela précisétnent; Le jeune homme, en descendant de l'autel , monta dans une chaise de pos'o avec son gouverneur...
DUPONT
Et partit avec résignation?
CM
LISE
Avec assez d'Iiumeur.
DUPONT
Vq)'ez-voiis le petit espiègle.
LISE
On lui o])tint du service dans un régiment de cavalerie, et au retour de ses voyages, il fut joindre l'araice devant Pragues.
DUPONT
Sans voir sa femme?
LISE
Depuis six ans, il n'a poiiit approché Paris*
DUPONT, souriant.
Madame a donc aussi vojagé ?
LISE
Elle n'a point quitté sa mère , et n'est point sortie de la banlieue.
DUPONT
Quelle patience !
LISE
Et quel ennui ! Une femme de seize ans , vive, sensible....
DUPONT, saunant.
Et peut-être un peu curieuse. Enfin.
Derval a eu l'honneur de prendre un drapeau à la bataille de Fontenoy 5 il a obtenu un congé....
DUPONT
Ah ! c'est trop juste.
LISE
Et il arrive aujourd'hui à Paris, avec l'empressement d'urt mari de vingt ans , qui brûle de connaître sa lèmme , dont les lettres lui ont provisoirement tourné la tète.
DUPONT
Je ne vois rien de mystérieux dans tout cela.
LISE
M'y voici.
DUPONT
Je redouble d'attention.
LISE
Ma maîtresse, faites comme les grâces, folie comme les ar.iouiii, fuie tomme un luliu ^ et persiuidce de ce qu'elle
DUPONT
C'est tout simple.
Se défie cependant de la bisarrerie des hommes.
DUPONT
Et peut-être ii'a-t-cUe pas lori.
Son mari s'est fait d'elle une si haute iJ<-e, qu'en dépit de sa petite vnniié, elle craint par fois de ne pas réaliser la chiinère qu'il s'est créée. Elle sent que Derval , délicat, bien élevé, ne laissera rien percer des sensations qui pourraient lui être dél'avorables , et elle veut être bien sûre de la façon de penser de son mari. Depuis six ans il ne l'a pas vue, elle est devenue méconnaissable pour lui, elle compte se [)résen(er à son Jeune époux sans en être connue, et elle vous prie d'aider au succès de la petite ruse.
DUPONT
La fille de mon bienfaiteur n'a que des ordres à me donner.
LISE
Elle s'appellera madame d'Alleville^ elle sera partie pour se rendre près de son mari , dangereusement blessé à Fonteuoy ; vous n'aurez de chevaux pour personne ; vous mettrez monsieur Derval dans une chambre voisine de la sienne...
DUPONT
J'y suis, j'y suis. Il s'impatientera, il tempêtera; je le prierai de ménager l'épouse du général d'AUeville , dont la chambre touche à la sienne : en homme qui sait vivre , il demandera la permission de la saluer; madame d'AUeville l'accordera ; monsieur Derval se présentera , et m^i foi....
LISE
A merveille , à merveille.
DUPONT
Holà ! quelqu'un. ( Un garçon entr?. ) Tous les postillons à cheval, tous les chevaux, à la première poste , sur le chemin de Paris , un seul bidet ici pour aller chercher les autres , quand il en sera tems. ( Le garçon sort, ) Vous voyez , mademoiselle Lise, que j'entends au premier mot, st que je vais au-delà de vos intentions.
(S) SCENE V r.
LE GARCOK.
Uii vis-à-vis à quafre clievaux.
A'enant Je Flandres?
De Paris.
LISE
Amenant une dame? -
LE GARÇON
Ef j'^lie , mais jolie!....
LISE
C'est eîie, je cours la recevoir.
DUPONT
Et moi, je vais tout ordonner.