SCENE VI IL F O R V I L L E , D Ë R V A L
Elle est charmante , cette fille-là.
FORVILLE
Etoudi , que penserait ta femme si elle te voyait?
Ma foi , mon ami , toute fille un peu jolie a droit aux hommages d'un officier français i un baiser pris sans conséquence n'est pas une infidélité , et il n'est pas défendu d'adoucir un peu les tourmens de l'absence.
FORVILLE
Fripon , je te soupçonné des m.ojens sûrs de les oublier. D E R V A E, tendrement.
Et cependant j'aime ma femme... je l'aime... tu le sais..', ( Avec dépit. ) Ce maudit homme ! n'avoir pas seulement deux chevaux à nous donner!... Tiens, laissons ici nos équipages et gagnons la première poste en nous promenant.
Et ta blessure ?
Ma blessure! c'est bien la peine de penser à cela.
FORVILLE
Tu as cependant de bonnes raisons de t'en souvenir. Uh brevet de lieulenant-colonel, la terre d'Ericourt...
Oh ! sous ce rapport tu as raison. Il est certain que 1« maréchal m'a servi chaudement.
FORVILLE
Et madame Derval sait-elle tout cela ?
Elle sait que j'ai pris un drapeau; mais je lui ai caché ma blessure pour ne pas l'inquiéter, et je n'ai rien dit de la terre d'Ericourt , pour avoir le plaisir de lui annoncer moi-même cette nouvelle faveur... Et pas de chevaux , pas de chevaux...
je suis d'une impatience Sais-tu que pour peu que ma
femme ait une figure supportable , je serai l'homme du monde le plus heureux : elle ne m'a pas écrit une lettre , qui ne mérite les honneurs de l'impression... et se voir arrêté à six lieues de Paris... tu les as lues, ces lettres, et tu crains de marcher un peu pour voir plutôt celle qui les a écrites !
FORVILLB.
Je veux qu'en arrivant à Paris tu n'aies que le cœur de malade.
C'est ton dernier mot?
FORVILLE
Absolument.
DERVAL
Je partirai seul.
FORVILLE
Je te le défends.
DERVAL, sortant vivement.
Raison de plus.
FORVILLE
Derval ; Déricourt , reste , je t'en prie , je le demande au nom de l'amitié.
DERVAL, revenant et avec -dépit.
Ce chien d'homme-là fait de moi ce qu'il veut. (Appellant) Holà ! l'aini.
( î9) SCENE XIV.