‹ Les rivaux d'eux-mêmesChapitre 4 sur 15 · LISE, DUPONT · texte numérisé non relu

LISE, DUPONT

DUPONT '

Hé, c’est la femme de chambre de madame Dervaî.

Mieux que cela, c’est madame Derval elle-même.

Hile arrive !

LISE

Elle me suit.

^ DUPONT

Seule ?

LISE, d’an air mystérieux.

Seule. Elle vient attendre ici quelqu’un....

DUPONT

Vous me dites cela d’un air de mystère..*

LISE

Mais c’est qu’il y en a beaucoup.

DUPONT, souriant d'un air intrigué*

Ah, vous me coûterez cela , mademoiselle Lise.

LISE

J’ai pris le devant tout exprès.

En vérité ? ,

LISE

Ecoutez-moi , mon cher Dupont.

dupont.

Je ne perds pas un mot. '

LISE

On a marié ma maîtresse. . .

"" DUPONT

A Page de dix ans 5 je sais cela.

LISE

Monsieur Derval...

DUPONT

JN’en avoit encore’ que quatorze. Après?

/ LISE

Mais il donnoit dès-lors les plus belles espérances. C’est le fils d’un excellent officier , cjui de simple soldat, est parvenu à force de mérite , aux grades supérieurs, et qui, je ne sais dans quelle affaire, a sauvé la vie à notre vieux maître; enfin c’étoitunde ces arrangemens d’amitié et de convenance....

^ DUPONT

Qui ne sont pas sans exemple. D’ailleurs je reconnoîs là le cœur de monsieur D’he^^nel *, je lui dois ma petite fortune, et certes... mais continuez, mademoiselle.

LISE

Vous concevez qu’une demoiselle de dix ans et un jeun® homme- de quatorze.'. .

DUPONT

Ne se marient que pour la forme.

LISE

C’est cela précisément. Le jeune homme, en descendant de l’autel , monta dans une chaise de poste avec son gouverneur...

DUPONT

Et partit avec résignation ?

6 , L E s RIVAUX D’ E U X - M Ê M E S ,

LISE

Avec assez d’humeur.

Voyez-vous le petit espiègle.

LISE

Ou lui obtint du service dans un régiment de cavalerie, et au retour de ses, voyages, il fut joindre l’armée devant Pragues.

DUPONT

Sans voir sa femme ?

Depuis six ans, il n’a point approché Paris.

DUPONT, souriant.

Madame a donc aussi voyagé ?

Elle n^a point quitté sa mère , et n’est point sortie de la banlieue.

DUPONT

Quelle patience !

LISE

Et quel ennui ! une femme de seize ans, vive , sensible..., DUPONT, souriant.

Et peut-être un peu curieuse, enfin ?

LISE

Derval a eu l’honneur de prendre un drapeau à la bataille de Eoiitenoy, il a obtenu un congé

DUPONT

Ab , c’est trop juste.

Et il arrive aujourd’hui à Paris , avec l’empressement d’im mari de vingt ans , qui brûle de connoître sa femme , dont les lettres lui ont provisoirement tourné la tête.

^ DUPONT

Je ne vois rien de mystérieux dans tout cela.

LISE

M’y voici.

Je redouble d’atlenlion.

LISE

Ma maîtresse, faîte comme les grâces, jolie comme les amours, fine comme un lutin, et persuadée de ce qu’elle vaut...

^ DUPONT

C’est tout simple.

LISE

Se défie cependant de la bisarrerie des hommes.

DUPONT

Et peut-être n’a-t-elle pas tort.

Son mari s’est fait d’elle une si haute idée, qu’en dépit de sa petite vanité, elle craint parfois de ne pas réaliser la chimère qu’il s’est créée. Elle sent que Derval, dé'icat, bien élevé, ne laissera rien percer des sensations qui pourvoient lui être défavorables, et elle veut être bien sûre de la* façoii.de penser de son mari. Depuis six ans il ne l’a pas vue, elle est devenue méronnoissalde pour lui, elle compte se présenter à son jeune époux sans èn être connue , et elle vous prie d’aider au succès de la petite ruse.

DUPONT. '

La fille de mon bienfaiteur n’a que des ordres à me donner. i ^ '

Lv^T s E.

Elle s’appellera madame d’Alleville; elle sera partie pour , se rendre près de son mari , dangereusement blessé à Eontenov ; vous n’aurez de chevaux pour personne; vous mettrez monsieur Derval dans une chambre voisine de la sienne...

J’y suis , j’y suis. Il s’impatientera , il tempêtera ; je le prierai de ménager l’épouse du général à’AIleville, dont la chambre touche à la sienne : en homme qui sait vivre , ^il demandera la permission de la saluer ; madame d’Alleviîle l’accordera, monsieur Derval se présentera, et ma foi

LISE

A merveille , à merveille.

DUPONT

Holà ! quelqu’un. ( Un garçon entre. ) Tous les postillons à cheval, tous les chevaux, à la première poste, sur le chemin de Paris , un seul bidet ici pour aller chercher les autres, quand il en sera tems. {Le rarçon sort,) Vous voyez mademoiselle Lise, que j’entends au premier mot, et que je vais au-delà de vos intentions. i

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