‹ Les Rochelais et le Canada [microforme]Chapitre 20 sur 20 · D AE VE · texte numérisé non relu

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Assurément le désavantage que signalent les documents officiels au sujet de notre commerce général avec le Canada est quelque peu atténué par cette considération que la plupart de nos expéditions ne figurent pas à notre actif, parce qu'elles ont pris la LE direction d’un port de l'Angleterre ou de celui d'Anvers : mais il Li n’en est pas moins vrai que les uses de notre infériorité } subsistent quoique complexes. Aussi convient-il d'y remédier.

À Au Canada, là peut-être plus qu'ailleurs, les marques de fabriques nouvelles ne trouvent que difficilement leur placement, | d'où il suit que nos négociants doivent circonscrire leurs premières ! opérations à des envois d'échantillons ; cette règle n’est presque i jamais observée dans la pratique, il arrive fréquemment que des | commissionnaires établis à Montréal ou à Québec reçoivent avis | de l’envoi de véritables stocks de marchandises à titre d'essai. Les placiers forcés de venüre finissent par céder la marchandise l à vil prix, d'où mévente des meilleures marques. :

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Le correctif en vue de remédier à cet inconvénient est le recours à l'emploi de commis-voyageurs. Ce procédé s'impose d'autant plus qu'il existe à Montréal une bande noire qui se fait envoyer

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d'Europe des marchandises dont les infortunés expéditeurs ne retrouvent les traces qu’en s'adressant aux tribunaux.

En somme, les expéditions de la France pour le Canada ont été de 2,402,634 dollars et les expéditions du Canada pour la France de 367,539 dollars. Ensemble 2,770,173 dollars pour l'exercice 1891-92.

De ces relevés officiels il nous faut conclure que la France n'occupe pas le rang auquel elle a droit de prétendre. Le champ est suffisamment vaste pour que nous y prenions une part plus large, tàchons par nos efforts de ne pas voir ce marché nous être complètement fermé par nos concurrents.

Nous devons d'autant plus nous attacher à accaparer le marché canadien que la France d'Europe doit être fière des Français d'Amérique, qui ont conservé l’amour de la patrie d’origine. Les Rochelais, en particulier, ne peuvent oublier ce que fut cette belle colonie avant la domination anglaise et que bien des leurs ont fait souche dans ce vaste pays. C’est donc avec des frères qu'il s’agit de renouer des opérations interrompues par des circonstances fatales ; le terrain est préparé, aux négociants et industriels d'en profiter.

Ces pages étaient écrites, quand la Chambre de Commerce de la Rochelle fit ses préparatifs pour recevoir M. Chapleau, Lieutenant-Gouverneur de Québec, et M. Hector Fabre, Commissaire- Général du Canada, en France, dans le but de montrer à ces représentants du Canada combien les souvenirs du passé sont encore vivaces à la Rochelle et afin qu’ils puissent faire savoir

aux Canadiens-français que nous les regardons comme les descendants de ces hardis pionniers, qui ont réussi, au milieu des plus grandes difficultés, le plus bel essai de colonisation que la France ait jamais tenté ; que nous conservons toujours le souvenir des bons rapports qui existaient jadis et que nous verrions avec plaisir reprendre avec eux des relations non moins solides qu'autrefois et profitables aux deux pays.

M. d’Orbigny, Président de la Chambre de Commerce de la Rochelle, dans son toast au diner offert le 3 juillet 1893 à ces Messieurs, tout en exprimant les regrets du commerce de l’absence du Lieutenant-Gouverneur de Québec, l'honorable M. Chapleau, retenu à Paris par le mauvais état de sa santé, disait encore : « qu'un service soit créé entre le Canada et la Rochelle, » comme celui qui existe entre Montréal et Brême, et on pourra » compter, avec le temps, sur un succès égal à celui de nos » rivaux. »

M. Le Beuf, Président du Conseil d'administration de la compagnie de navigation Franco-canadienne, a répondu à ce passage du discours de M. d’Orbigny dans les termes suivants :

Je suis heureux d’annoncer que le désir exprimé par M. le Président de la Chambre de Commerce de la Rochelle est un fait accompli. La compagnie de navigation à vapeur Franco-canadienne est créée : elle a choisi la Pallice, port de la Rochelle, comme port d’escale ; les paquebots partant de Rouen, où ils auront embarqué les produits de l’industrie parisienne et des manufactures du nord, viendront à la Pallice pour y recevoir les produits de toute la région dont ce port deviendra le centre d'exportation.

Au reste, il était impossible qu’une ligne se créant pour le Canada laissât la Rochelle'en dehors de son itinéraire. Tout le monde sait que ce port a entretenu, aux xvne et xvirie siècles, les relations les plus importantes et les plus suivies avec le Canada ; c’est à peine si j'ose dire, en présence de votre savant Secrétaire-Archiviste, pour lequel le passé commervial de la Rochelle n’a pas de secrets, que la deuxième compagnie coloniale créée par Richelieu pour exploiter la Nouvelle-France a été fondée par lui alors qu’il assiégeait la Rochelle, en 1628. C'est à cette seconde compagnie que revient l’honneur d’avoir développé les établissements rudimentaires de Champlain.

Le premier navire de la Franco-canadienne quittant le port de la Pallice- Rochelle en route pour le Canada et labourant l Océan avec sa quille, tracera un

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large sillon qui sera comme un nouveau trait d'union entre la France et son ancienne colonie.

Je souhaite vivement que les relations entre le Canada et la région rochelaise se développent rapidement et il faut rendre ici justice à la Chambre de Commerce de la Rochelle, qui, avec une énergie et une intelligence remarquables, a su doter cetle ville d’un port en eau profonde, appelant à lui les plus grands navires et présentant, sans conteste, l'outil maritime le plus perfectionné de la côte occidentale de France.

La Franco-canadienne sera heureuse de contribuer à la prospérité commerciale de la Rochelle et elle remercie la Chambre de Commerce de l’accueil sympathique et encourageant fait à ses représentants.

C'est donc un fait accompli! Le port de la Pallice-Rochelle va devenir le point d’escale des paquebots de la compagnie Francocanadienne, point d'où ils se dirigeront vers le Canada. Par ce moyen, la Rochelle peut avoir la prétention de reprendre une partie de l'importance qu'elle avait jadis, alors qu'elle était le grand entrepôt des denrées coloniales, des grains, des bois, des fourrures, des sels, des sucres, en un mot de toutes les matières importées ou exportées à cette époque.

Les facilités que vont donner les paquebots de la compagnie Franco-canadienne vont nous rapprocher de nos frères du Canada et nous permettre de renouer la chaîne des traditions du passé ; mais ii nous faut compter sur le concours des négociants et industriels, non seulement de la Rochelle, mais de toutes les contrées avoisinantes, qui ont intérêt à développer et à étendre les relations de la France vers l'Amérique septentrionale, ne fut-ce qu'en souvenir de notre première colonie, l’ancienne Nouvelle- France.

Emize GARNAULT.

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