DE POLARISATION
Un rayon de lumière, polarisé par un miroir, se comporte au Iravers d'un spalh comme ceux qui ont déjà traversé un premier spath. Ses vibrations sont donc perpendiculaires à sa direction de propagation ; mais sont-elles pei pendiculaires ou parallèles au plan d'incidence, qu'on appelle plan de polarisation!
On doit à M. Wiener la solution de ce problème (i). Supposons qu'on obtienne avec un miroir un large faisceau de lumière polarisée. Le plan de polarisation est celui d'incidence. Faisons tomber ce faisceau sur un second miroir sous l'angle de 45°. Les rayons incidents et réfléchis sont perpendiculaires entre eux. Or, on sait qu'il est possible de faire interférer les ondes incidentes et réfléchies sur le fond d'un tuyau sonore, et que, si Ton promène une membrane dans le tuyau, parallèlement à son axe, celle-ci par ses crépitements met en évidence les nœuds et les ventres qui se produisent à des intervalles périodiquement équidistants du fond du tuyau, les nœuds correspondant aux points où les mouvements des ondes incidentes et réfléchies s'annulent, les ventres aux points où ces mouvements s'ajoutent.
M. Wiener remplace, pour les ondes lumineuses, la membrane exploratrice par une pellicule photographique extrêmement mince, assez transparente pour laisser passer les deux ondes qui se croisent à sa surface, et néanmoins assez sensible pour être impressionnée par les vibrations d'amplitude maximum.
A cause de la petitesse des intervalles qui séparent les plans des
nœuds de ceux des ventres, mm, M. Wiener incline trèsforte-
(l)Note de M. Wiener, présentée par M. Cornu, à l'Académie des sciences, C. R. 26 Janvier 1891, t. CXII, p. 186.
ment la pellicule exploratrice. Les vibrations lumineuses photographiques donnent une impression sur les lignes où leurs amplitudes s'ajoutent, et n'altèrent pas la couche sensible sur les lignes nodales où leurs amplitudes s'annulent. Quand on développe la pellicule comme un cliché photographique, on voit apparaître les lignes impressionnées sous la forme de franges.
Cela posé, faisons traverser aux rayons incidents un rhomboèdre de spath, dont la section principale est parallèle au plan d'incidence. De celui-ci sortent deux sortes de vibrations, les unes dans la section principale (rayons extraordinaires), les autres perpendiculaires à cette section (rayons ordinaires). Or, les rayons extraordinaires ne donnent qu'une plage uniforme sur la pellicule; les ordinaires seuls, dans une plage contiguë, montrent des franges ; ceux-ci sont perpendiculaires à la section principale du spath. Or, les rayons réfléchis par le second miroir ont comme les incidents leurs vibrations perpendiculaires à leur direction de propagation, puisque les vibrations de l'onde réfléchie interfèrent avec celles du rayon ordinaires du spath, c'est qu'elles leur sont parallèles, et, comme les ordinaires du spath sont perpendiculaires au plan de polarisation du miroir, d'après la disposition de l'expérience, les vibrations polarisées de l'onde réfléchie sont perpendiculaires au plan de polarisation, c'est-à-dire au plan qui contient les rayons incidents et réfléchis.