APRÈS LE COMBAT
Pendant près d'une demi-heure un silence de mort plana sur la clairière qui, à la suite du combat que nous avons décrit dans notre précédent chapitre, offrait r aspect le plus triste et le plus lugubre.
Cependant John Davis qui n'avait en réalité reçu aucune blessure sérieuse, puisque sa chute avait été occasionnée simplement par le choc du puissant cheval du Scalpeur, ouvrit les yeux et jeta autour de lui un regard étonné ; la chute avait été assez violente pour lui causer de graves contusions et le plonger dans un profond évanouissement ; aussi, en reprenant connaissance, l'Américain, encore tout étourdi, ne se rappela- t-il plus dans le premier moment rien de ce qui s'était passé, et se demanda-t-il fort sérieusement comment il se faisait qu'il se trouvât dans cette singulière position.
Pourtant peu à peu ses idées s'éclaircirent, la mémoire lui revint, et il se souvint de cette lutte étrange et disproportionnée d'un homme seul contre vingt, lutte dont il était sorti vainqueur après avoir tué ou mis en fuite ses agresseurs.
— Hum ! murmura-t-il à part lui, quel qu'il soit, homme ou démon, cet individu est, by godl un solide gaillard I 11 se releva avec quelque difficulté, tâtant avec
soin ses membres endoloris : puis lorsqu'il se fut assuré qu'il n'avait rien de cassé, il reprit avec une évidente satisfaction :
— J'en suis, Dieu merci, quitte à meilleur marché que je n'aurais osé le supposer, après la façon dont j'ai été renversé. Puis il ajouta en jetant un regard de pitié à son compagnon étendu près de lui : Ce pauvre Jim n'a pas été aussi heureux que moi, ses courses sont finies ! Quel rude coup de machete il a reçu I Bah ! fit-il avec cette égoïste philosophie du désert, nous sommes tous mortels, chacun son tour: aujourd'hui lui, moi demain, ainsi va le monde.
Alors appuyé sur son rifle, car il éprouvait quelque difficulté à marcher, il fit quelques pas dans la clairière autant pour se dégourdir les membres que pour s'assurer par une dernière expérience qu'ils étaient en bon état.
Puis après quelques instants d'un exercice qui rétablit la circulation du sang et l'élasticité de ses articulations, complètement rassuré enfin sur luimême, la pensée lui vint de s'assurer si parmi les corps étendus çà et là autour de lui, quelques-uns respiraient encore.
— Ce ne sont que des Indiens, murmura-t-il, mais après tout ce sont des hommes; bien qu'ils soient presque privés de raison, l'humanité me commande de leur porter secours, d'autant plus que ma situation présente n'a rien de fort agréable, et que si je parviens à en sauver quelques-uns, leur connaissance du désert me sera d'une grande utilité en ce moment
Cette dernière considération le décida à venir en
wde k des hommes que probablement, sans cela, il aurait parfaitement abandonnés à leur sort, c'est-àdire à îa dent des bêtes fauves qui, la nuit venue, attirées par l'odeur du sang, n'auraient pas manqué d'en faire leur proie.
Seulement il est de notre devoir de rendre à Tégoïsv!* citoyen des États-Unis la justice de constater qu'aussitôt qu'il eut pris cette détermination, il s'acquitta avec conscience et sagacité du devoir qu'il s'était imposé, tâche facile pour lui après tout, car les nombreux métiers qu'il avait faits pendant le cours de son existence accidentée, lui avait donné une expérience et une connaissance médicale qui le mettaient à même de donner aux blessés les soins que réclamait leur état.
Malheureusement la plupart des individus qu'il visita avaient reçu des blessures tellement graves que la vie avait fui depuis longtemps de leurs corps et que tous secours étaient inutiles.
— Diable 1 diable I marmotait l'Américain à chaque cadavre qu'il retournait, ces pauvres sauvages ont été tués de main de maître ! Au moins n'ont-ils pas souiFert longtemps, car avec ces effroyables blessures ils ont dû rendre presque instantanément leur âme au Créateur.
11 arriva ainsi jusqu'à l'endroit où gissait le corps du Renard-Bleu; une large estafilade s'ouvrait béante sur sa poitrine.
— Eh ! eh 1 voici le digne chef, reprit-il, quelle balafre I Voyons donc si lui aussi est mort.
Il se pencha sur le corps immobile et présenta la lame de son couteau devant la bouche de l'Indien.
— Il ne bouge pas, continua-t-il d'un air décou-
ragé, je crois que j'aurais de la peine à le tirer delà.
Cependant après quelques minutes il regarda la lame de son couteau et s'aperçut quelle étadt faiblement ternie.
— Allons, il n*est pas mort encore, tant que Tâme tient au corps il y a de l'espoir, essayons.
Après cet aparté, John Davis puisa de l'eau dans son chapeau, la mélangea d'un peu d*eau-de-vie et commença à laver avec soin la blessure; ce devoir rempli, il la sonda et s'aperçut qu'elle était peu profonde, la perte abondante du sang avait selon toute probabilité amené l'évanouissement. Rassuré par cette réflexion fort juste, il pila quelques feuilles d'oregano entre deux pierres, en fit une espèce de cataplasme, l'appliqua sur la blessure et l'assujettit solidement au moyen d'une bande d'écorce ; desserrant ensuite les dents du blessé avec la lame de son couteau, il introduisit le goulot de sa gourde dans sa bouche et lui fit boire une large gorgée d'eau-de-vie.
Le succès couronna presque immédiatement les tentatives de l'Américain, car le chef poussa un profond soupir et ouvrit les yeux pour ainsi dire instantanément.
— Bravo I s'écria John, joyeux du résultat inespéré qu'il avait obtenu. Courage, chef, vous êtes sauvé. By godl vous pouvez vous vanter d'avoir été rappelé de loin!
Pendant plusieurs minutes, l'Indien demeura comme hébété, promenant autour de lui des regards effarés, sans avoir conscience ni de la situation dans laquelle il se trouvait, ni des objets qui renvironnaieut.
John Texainmait avec soin, prêt à lui porter secours si cela devenait de nouveau nécessaire, mais il n*en fut pas besoin. Peu à peu le Peau-Rouge sembla se ranimer. Ses yeux perdirent leur expression d'égarement. Il se redressa sur son séant et passant ;la main droite sur son front moite de tueur :
— Le combat est donc fini ? dit-il.
— Oui, répondit John, par notre déroute complète ; jolie idée qui nous est venue là, de nous emparer de ce démon.
— Est-il donc échappé ?
— Tout ce qu'il y a de plus échappé et sans blessures encore, après avoir tué une dizaine au moins de vos guerriers et avoir fendu le crâne jusqu'aux épaules à mon pauvre camarade Jim.
-T- Oh I murmura sourdement l'Indien, ce n'est pas un homme, c'est l'esprit du mal.
— Qu'il soit ce qu'ij voudra, by god I s'écria John avec énergie, j'en aurait le cœur net, car j'espère bien quelque jour me rencontrer de nouveau avec ce démon.
— Que le Wacondah préserve mon frère de cette rencontre, car ce démon le tuerait.
— Peut-être ; du reste, s'il ne l'a pas fait aujourd'hui, ce n'est pas de sa faute, mais qu'il y prenne garde! Peut-être quelque jour nous trouverons-nous face a face, à armes égales, et alors....
— Que lui font les armes à lui ? n'avez-vous pas vu qu'elles ne peuvent rien sur lui et que son corps est invulnérable ?
— Hum I c'est possible ; mais quant à présent laissons ce sujet pour nous occuper d'affaires qui
nous touchent de beaucoup plus près. Comment vous trouvez-vous ?
— Mie uxr beaucoup mieux, le remède que vous avez appliqué sur ma blessure m'a fait grand bien ; jVprouve un indicible bien-être.
— Tant mieux; maintenant tâchez de reposer ieux ou trois heures, pendant que je veillerai sur Totre sommeil, puis nous aviserons à nous sortir du mauvais pas dans lequel nous nous sommes mis.
La Peau-Rouge sourit en entendant ces paroles*
— Le Renard-Bleu n*est pas une vieille femme poltronne qu'un mal de dents ou d'oreilles rend incapable de se remuer.
— Je sais que vous êtes un brave guerrier, chef, mais la nature a des limites qu'elle ne peut dépasser, et, quels que soient votre courage et votre volonté, l'hémorrhagie abondante que vous a occasionnée votre blessure doit vous avoir réduit à une extrême faiblesse.
— Je vous remercie, mon frère, ces paroles sont celles d'un ami ; mais le Renard-Bleu est un sachem dans sa nation, la mort seule le doit rendre immobile. Que mon frère juge de la faiblesse du chef.
En prononçant ces paroles, l'Indien fit un effort suprême ; en se raidissant contre la douleur, avec cette énergie et ce mépris de la souffrance qui caractérisent la race rouge, il parvint à se lever, et non-seulement il se tint solidement sur ses pieds mais encore il fit plusieurs pas sans secours étran-ger et sans que la moindre émotion parût sur son visage.
L'Américain le considérait avec une admiration profonde ; il ne pouvait imaginer, lui qui cependant
jouissait à juste titre d'une certaine réputation de bravoure, qu'il fût possible de pousser aussi loin le triomphe de la force morale sur la force physique. L'Indien sourit avec orgueil en lisant dans les yeux de l'Américain l'étonnement que lui causait son action.
— Mon frère croit-il toujours que le Ren»Td-Bleu soit aussi faible ? lui demanda-t-il.
— Ma foi , chef, je ne sais plus que penser ; ce que je vous vois faire me confond ; je suis prêt à vous supposer capable d'accomplir les choses les plus impossibles.
— Les chefs de ma nation sont des guerriers renommés qui se rient de la douleur, et pour lesquels la souffrance n'existe pas, fit le Peau-Rouge avec orgueil.
-1- Je serais assez porté à le croire, d'après votre manière d'agir.
— Mon frère est un homme ; il m*a compris. Nous visiterons ensemble les guerriers étendus sur la terre, puis nous songerons à nous.
— Quant à vos pauvres compagnons, chef, je suis contraint de vous avouer que nous n'avons plus à nous occuper d'eux, tous secours leur seraient inutiles ; ils sont morts.
— Bon 1 ils sont tombés noblement en combattant ; le Wacondah les recevra dans son sein et les fera chasser avec lui dans les prairies bienheureuses.
— Ainsi soit-il.
— Maintenant, avant toute chose, terminons l'affaire que nous avions commencée ce matin, et qui a été si fortuitement interrompue.
John Davis, malgré son habitude de la vie du désert, était confondu par le sang-froid de cet homme qui, échappé à la mort par miracle, souffrant d'une affreuse blessure, et revenu en possession de ses facultés intellectuelles depuis quelques minutes à peine, semblait déjà ne plus songer à ce qui s'était passé, ne considérait les événements dont il avait failli être victime que comme des accidents foil naturels de l'existence qu'il menait, et reprenait, avec la plus grande liberté d'esprit, un entretien interrompu par un combat terrible, juste au point où il l'avait laissé. C'est que, malgré les longues fréquentations que l'Américain avait eues jusque-là avec les Peaux-Rouges, jamais il ne s'était donné la peine d'étudier sérieusement leur caractère, persuadé, comme la plupart des blancs, du reste, que ces hommes sont des êtres à peu près dénués d'intelligence, et que la vie qu'ils mènent ravale presque au niveau de la brute, tandis qu'au contraire cette vie de liberté et de périls incessants leur rend le danger tellement familier qu'ils en sont arrivés à le mépriser et à ne lui accorder qu'une importance secondaire.
— Soit, dit-il au bout d'un instant, puisque vous le désirez, chef, je m'acquitterai du message dont j'ai été chargé pour vous.
— Que mon frère prenne place à mes côtés. L'Américain s'assit sur le sol auprès du chef, non
sans une certaine appréhension à cause de l'isolement où il se trouvait sur ce champ de bataille jonché de cadavres ; mais l'Indien paraissait si calme et si tranquille que John Davis eut honte de laisseï voir son inquiétude, et, affectant une
insouciance fort loin de son cœur, il prit la paroîet
— Je suis envoyé auprès de mon frère par un grand guerrier des Visages-Pâles.
— Je le connais ; il se nomme le Jaguar. Son bras est fort et son œil brille comme celui de l'animal dont il porte le nom.
— Bien. Le Jaguar désire enterrer la hache entre ses guerriers et ceux de mon frère, afin que la paix les réunisse, et qu'au lieu de combattre les uns contre les autres, ils poursuivent les bisons sur les mêmes territoires de chasse et se vengent de leurs ennemis communs. Quelles réponse donnerai-je au Jaguar ?
L'Indien demeura longtemps silencieux ; enfin, il releva la tête.
— Que mon frère ouvre ses oreilles, dit-il, un sachem va parler.
— J'écoute, répondit T Américain.
Le chef reprit :
— Les paroles que souffle ma poitrine sont sincères, le Wacondah me les inspire ; les Visages- Pâles, depuis qu'il ont été amenés par le Génie du mal dans leurs grands canots-médecines sur les terres de mes pères, ont toujours été les ennemis acharnés des hommes rouges-, envahissant leurs territoires de chasse les plus riches et les plus fertiles, les poursuivant comme des bêtes fauves partout où ils les rencontraient, brûlant leurs cnllis (villages) et dispersant les os des ancêtres aux quatre vents du ciel. Telle n*a-t-elle pas été constamment la conduite des Visages-Pâles? Que mon frère réponde.
■— Huml fit l'Américain avec un certain embar-
ras, je ne pnîs nier, chef, qu'il n'y ait quelque chose de vrai dana ce que vous dites, mais cependant, tous les hommes de ma couleur n'ont pas été méchants pour les Peaux-Rouges, plusieurs ont cherché à leur faire du bien.
— Ooah I deux et trois encore peut-être, mais cela ne fait que prouver ce que j'avance. Venons à la question que nous voulons discuter quant à présent.
— Oui, je crois que nous ferons mieux, répondit l'Américain intérieurement charmé de ne pas avoir à soutenir une discussion qu'il savait ne devoir pas être à son avantage.
— Ma nation hait les Visages-Pâles, reprit le chef, le condor ne fait pas son nid avec le mawkawis, et l'ours gris ne fraie pas avec l'antilope; moi-même, j'ai pour les Visages-Pâles une haine instinctive. Ce matin j'aurais donc refusé péremptoirememt les propositions du Jaguar : que nous importent à nous les guerres que se font les Visages-Pâles? lorsque les coyotes s'entre-dévorent, les daims se réjouissent; Dous sommes heureux de voir nos cruels oppresseurs s'entre -déchirer; maintenant, bien que ma haine soit aussi vivace, je dois la renfermer au fond de mon cœur. Mon frère m'a sauvé la vie, il m'a secouru lorsque je gisais étendu sur la terre et que le Génie de la mort planait au-dessus de ma tête ; l'ingratitude est un vice blanc, la reconnaissance est une vertu rouge. A compter d'aujourd'hui la hache est enterrée entre le Jaguar et le Renard-Bleu pour cinq lunes consécutives ; pendant cinq lunes, les ennemis du Jaguar seront ceux du Pienard-BIeu ; les deux chefs combattront auprès l'un de l'autre
comme deux frères qui s'aiment ; dans trois soleils après celui-ci, le sachem rejoindra le chef pâle à la tête de cinq cents guerriers renommés, dont les talons sont ornés de nombreuses queues de coyotes et qui forment l'élite de la nation. Que fera le Jaguar pour le Renard -Bleu et pour ses guerriers?
— Le Jaguar est un chef généreux ; s'il est terrible pour ses ennemis, sa main est toujours ouverte pour ses amis ; chaque guerrier apache recevra un rifle, cent charges de poudre et un couteau à scalper. Le sachem aura en sus de ces présents deux peaux de vigogne remplies d'eau de feu
— Ooah ! s'écria le chef avec une satisfaction évidente, mon frère a bien parlé, le Jaguar est un chef généreux. Voici mon tote^n en signe d'alliance, ainsi que ma plume de commandement.
En parlant ainsi le chef sortit de sa gibecière ou sac à la médecine qu'il portait en bandoulière un carré de parchemin sur lequel était grossièrement dessiné le totem ou animal emblème de la tribu, le remit à l'Américain qui le cacha dans sa poitrine, puis ôtant la plume d'aigle fichée dans sa touffe de guerre, il la lui donna également.
— Je remercie mon frère le sachem, dit alors John Davis, d'avoir accédé à ma proposition, il n'aura pas à se repentir de l'avoir fait.
— Un chef a donné sa parole, mais voici que le soleil allonge l'ombre des arbres, le mawkawis fera bientôt entendre le chant du soir ; l'heure est venue de rendre aux guerriers qui sont morts les derniers devoirs et de nous séparer pour rejoindre nos amis communs.
— A pied, comme nous le sommes , cela me
mble assez difficile, observa John.
L'Indien sourit.
• — Les guerriers du Renard-Bleu veillent sur lui, dit-il.
En elïet, à peine le chef eut -il fait entendre a deuxreprif^es un signal particulier, qu'une cinquantaine de guerriers apaches envahirent la clairière et vinrent se ranger silencieusement autour de lui.
Les fuyards échappés au bras redoutable du Scalpenr n'avaient pas tardé à se raUier; ils avaient rejoint le campement, et annoncé à leurs compagnons la nouvelle de leur défaite ; alors, sous les ordres d'un chef subalterne, un détachement de cavaliers avait été envoyé à la recherche du sachem. Mais ces cavaliers, voyant le Renard -Bleu en conférence avec un Visage-Pâle, étaient demeurés sous le couvert attendant patiemment qu'il lui plût de les appeler.
Le sachem ordonna d'enterrer les morts. Alors commença la cérémonie des funérailles, cérémomonie que les circonstances exigeaient de brusquer.
Les corps furent lavés avec soin, enveloppés dans des robes de bisons neuves, puis on les plaça assis dans des fosses creusées pour chacun d'eux, avec leurs armes à leur côté, le mors de leur cheval et des vivres, afin qu'ils ne manquassent de rien pendant leur voyage jusqu'aux prairies bienheureuses, et qu'arrivés auprès du Wacondah ils pussent immédiatement monter à cheval et chasser.
Lorsque ces diverses cérémonies furent accomplies, les fosses furent comblées et chargées de
grosses pierres pour que les bêtes ùuves ne pussent pas déterrer et dévorer les cadavres.
Le soleil était sur le point de disparaître à rhorizon lorsque les Apaches eurent enfin terminé de rendre à leurs frères les derniers devoirs; le Renard-Bleu s'approcha alors du chasseur qui était jusque-là demeuré spectateur, sinon indifférent du moins impassible, de la cérémonie.
— Mon frère va retourner auprès des guerriers de sa nation? lui dit-il.
— Oui, répondit laconiquement F Américain.
— Le Visage-Pâle a perdu son cheval, qu'il monte le mustang que lui offre le Renard-Bleu, avant deux heures il sera de retour parmi les siens.
John Davis accepta avec reconnaissance le cadeau qui lui était si généreusement fait, il se mit en selle, aussitôt et, après avoir pris congé des Indiens, il les quitta et s'éloigna rapidement.
De leur côté, les Apaches, sur un signe du chef, s'enfoncèrent dans la forêt, et la clairière où s'étaient passé de si terribles événements retomba dans le silence et la solitude»
XXY
uni EXPLICATION.
De môme que tous les hommes dont la plus grande partie de l'existence se passe au désert, le Jaguar était doué d'une excessive prudence jointe à une extrême circonspection»
Quoique bien jeune encore, sa vie avait été mêlée de tant de péripéties étranges, il avait été acteur dans des scènes si extraordinaires, que de bonne heure il s'était accoutumé à renfermer ses émotions dans son cœur et à conserver sur son visage, quoi qu'il vît ou qu'il éprouvât, cette impassibilité marmoréenne qui caractérise les Indiens et dont ceux-ci s»d sont fait une arme redoutable contre leurs ennemis.
En entendant tout à coup résonner à l'improviste à son oreille la voix de Tranquille, le jeune homme avait senti un frisson intérieur agiter son corps, il avait froncé les sourcils, et s'était demandé mentalement comment il se faisait que le chasseur le vînt ainsi relancer dans son campement et quelle raison assez forte le poussait à agir ainsi, d'autant plus que sa liaison avec le Canadien, sujette à des intermittences, se trouvait en ce moment dans des termes sinon complètement hostiles , du moins fort éloignés d'être amicaux.
Cependant le jeune homme, chez lequel le sentiment de l'honneur parlait haut et que la démarche tentée auprès de lui par un homme de la valeur de Tranquille flattait plus qu'il ne lui plaisait de le laisser voir, cacha l'appréhension qui l'agitait et s'avança vivement et le sourire aux lèvres au-devant du chasseur.
Celui-ci n'était pas seul ; le Cœur-Loyal l'accompagnait.
Le maintien du Canadien, sans être gourmé, était cependant réservé, ses manières froides et son visage voilé par un nuage de tristesse.
— Soyez le bieuveau à mou campement, chaa-
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seur, lui dit amicalement le Jaguar en lui tendant la main.
— Merci, répondit laconiquement le Canadien sans toucher la main qui lui était offerte.
— Je suis heureux de vous voir, reprit le jeune homme sans se formaliser. Quel hasard vous a amené de ce côté ?
— Mon compagnon et moi nous sommes en chasse depuis longtemps déjà; la fatigue nous accable; la fumée de votre camp nous a attirés.
Le Jaguar feignit de prendre pour argent comptant cette défaite maladroite d'un homme qui se flattait avec raison d'ôlre un des plus robustes coureurs des bois du désert.
— Venez donc prendre place au feu de ma tente, et veuillez considérer tout ce qui est ici comme vous appartenant, et agir en conséquence.
Le Canadien s'inclina sans répondre et suivit, ainsi que le Cœur-Royal, le Jaguar qui les précédait et les guidait dans les méandres du camp.
Arrivés au feu, dans lequel le jeune homme jeta quelques brassées de bois sec, les chasseurs s'assirent sur des crânes de bison placés là en guise de sièges, puis, sans rompre le silence, ils bourrèrent leurs pipes et commencèrent à fumer.
Le Jaguar les imita.
Les blancs qui parcourent les prairies et dont la vie se passe à chasser ou à trapper dans ces vastes solitudes, dut, à leur insu, pris la plupart des habitudes et des coutumes des Peaux-Rouges avec lesquels les exigences de leur position les mettent continuellement en rapport.
Une chose digne de remarque, c'est la tendance
des hommes civilisés à retourner à la vie sauvage, la facilité avec laquelle les chasseurs, pour la plupart nés dans de grands centres de population, oublient leurs habitudes de comfort, abandonnent les coutumes des villes et renoncent aux usages suivant lesquels ils se sont gouvernés pendant la première partie de leur vie, pour adopter les mœurs et Jusqu'aux coutumes des Peaux-Rouges.
Beaucoup d'entre ces chasseurs poussent cela si loin, que le plus grand compliment qu'on puisse leur faire est de feindre de les prendre pour des guerriers indiens.
Nous devons avouer que par contre les Peaux- Rouges ne sont nullement jaloux de notre civilisation, dont ils se soucient médiocrement, et que ceux que le hasard ou des raisons commerciales amènent dans les villes, et quand nous disons villes, nous parlons de cités comme New- York ou la nouvelle- Orléans, ces Indiens, disons-nous, loin d'être émerveillés par ce qu'ils voient, jettent autour d'eux des regards de pitié, ne comprenant pas que des hommes consentent de gaieté de cœur à s'enfermer dans des espèces de cages enfumées qu'ils nomment des maisons, à user leur vie dans des travaux ingrats, au lieu d'aller vivre au grand air dans les vastes solitudes, chassant les bisons, les ours et les jaguars, 30US l'œil de Dieu.
Les sauvages ont-ils complètement tort de penser ainsi ?
Veur raisonnement est-il faux ?
Nous ne le croyons pas.
La vie du désert a, pour l'homme dont le cœur est encore assez ouvert pour en comprendre les
émouvantes péripéties, des charmes enivrants qne l'on n'éprouve que là, et que l'existence mathématiquement étriquée des villes ne peut en aucune façon faire oublier, si on en a une seule fois goûté.
D'après les principes de l'étiquette indienne fort stricte sur les questions de politesse, nulle question ne doit être adressée aux étrangers qui s'assoient au foyer du campement tant qu'il ne leur plaît pas d'entamer l'entretien.
Sous la hutte de l'Indien, un hôte est considéré comme envoyé par le Grand-Esprit ; il est sacré pour celui qu'il visite, tout le temps qu'il lui plaît de demeurer auprès de lui, quand même il serait son ennemi mortel.
Le Jaguar, fort au fait des coutumes des Peaux- Rouges, demeura silencieusement accroupi auprès de ses hôtes fumant et réfléchissant, attendant patiemment qu'il leur plût de prendre la parole.
Enfin, après un laps de temps assez long, Tranquille secoua sur l'ongle de son pouce la cendre de sa pipe, et se tournant vers le jeune homme :
— Vous ne m'attendiez point, n'est-ce pas ? lui dit-il.
— En effet, répondit celui-ci ; cependant croyez bien que, pour être inespérée, votre visite ne m'en est pas moins agréable.
Le chasseur plissa les lèvres d'une façon singulière.
— Qui sait? murmura-t-il, répondant plutôt à ses pensées qu'aux paroles du Jaguar, peut-être oui, peut-être non ; le cœur de l'homme est un livre mystérieux et indéchiffrable dans lequel seuls lea fous croient pouvoir lire.
— Il n'en est pas ainsi du mien, chasseur, vous le connaissez assez pour le savoir.
Le Canadien secoua la tète.
— Vous êtes jeune encore ; ce cœur dont vous me parlez vous est inconnu à vous-même ; dans la courte période que votre existence comporte, le vent des passions n'a pas encore soufllé sur vous et ne vous a pas courbé sous sa puissante étreinte ; attendez, pour répondre sûrement, que vous ayez aimé et souffert ; alors, si vous avez bravement soutenu le choc, si vous avez résisté à l'ouragan de la jeunesse, il vous sera permis de porter haut la tête.
Ces paroles furent prononcées avec un accent sévère, mais cependant nullement empreint d'amertume.
— Vous êtes dur pour moi, aujourd'hui. Tranquille, répondit tristement le jeune homme. En quoi puis-je avoir démérité à vos yeux ? Quel acte répréhensible ai-je commis ?
— Aucun, du moins je me plais à le croire; mais je crains que bientôt... Il s'arrêta et hocha douloureusement la tête.
— Achevez ! s'écria vivement le jeune homme.
— A quoi bon? reprit-il ; que suis-je, moi, pour vous imposer une morale que vous mépriserez sans doute, et des conseils qui seront les mal venus? Mieux vaut garder le silence.
— Tranquille! répondit le jeune homme avec une émotion dont il ne fut pas maître, depuis longtemps déjà nous nous connaissons, vous savez l'estime et le respect que j'ai pour vous, parlez ! Quoi que vous ayez à dire, quelque rudes que soient les reproches
que vous m'adresserez, je vous écouterai, je voi^s le jure.
— Bah ! oubliez ce que je vous ai dit; j'ai eu tort de vouloir me mêler de vos affaires : dans la prairie, chacun ne doit songer qu à soi, n'en parlons donc plus.
Le Jaguar lui lança un long et profond regard,
— Soit, répondit-il ; n'en parlons plus.
Il se leva et fit quelques pas d'un air agité ; puis, revenant brusquement près du chasseur :
— Excusez-moi, lui dit-il, de n'avoir pas encore songé à vous offrir desrafraîchissements, mais voici' rheiire du repas; j'espère que votre compagnon et vous vous me ferez l'honneur de partager mon frugal déjeuner.
En parlant ainsi, le Jaguar fixait sur le Canadien un regard d'une expression singulière.
Tranquille eut ucq seconde d'hésitation.
— Ce matin, au ïdier du soleil, dit-il enfin, mon ami et moi nous av7(Dns mangé, quelques minutes avant d'entrer dans rotre camp.
— J'en étais sûr i ff écria avec explosion le jeune homme. Oh I oh I rt^ntenant mes doutes sont dissipés, vous refusez â'(3au et le sel à mon feu, chasseur.
— Moi? mais voun vous...
— Oh I interrompIË-il avec violence, pas de dénégations. Tranquille ; ne cherchez pas de prétextes fndignes de vous et de moi ; vous êtes un homme trop loyal et trop sincère pour ne pas être franc, cuerpo de Cristo I Ainsi que moi, vous connaissez la loi des prairies : on ne rompt pas le jeûne avec un ennemi. Maintenant, s'il vous reste au fond de
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l'âme une seule parcelle de ces sentiiuenls de bienveillance que vous avez eus pour moi à une autre époque, expliquez-vous clairement et sans ambages, je l'exige I
Le Canadien parut réfléchir quelques minutes, puis tout à coup il s'écria résolùmeot :
— Au fait, vous avez raison, Jaguar, mieux vaut nous expliquer comme de francs chasseurs que de biaiser vis-à-vis Tun de l'autre comme des Peaux- Rouges, et puis nul homme n'est infaillible : je puis me tromper aussi bien qu'un autre, et Dieu est témoin que je voudrais qu'il en fût ainsi.
— Je vous écoute, et, sur l'honneur, si les reproches que vous m'adresserez sont fondés, je le reconnaîtrai.
— Bien, fit le chasseur d'un ton plus amical que celui qu'il avait employé jusqu'alors, vous parlez en homme, mais peut-être, ajouta-t-il en désignant le Cœur- Loyal qui, par discrétion, faisait le geste de se retirer, preférez-vous que notre entretien soit secret.
— Au contraire, répondit vivement le Jaguar, ce chasseur est votre ami, j'espère que bientôt il sera le mien, je ne veux rien avoir de caché pour lui.
— Je désire ardemment, pour ma part, dit en s'inclinant le Cœur-Loyal, que le léger nuage qui s'est élevé entre vous et Tranquille se dissipe comme la vapeur folle que chasse la brise du matin, afin de faire avec vous plus ample connaissance, et puisque vous le voulez, j'assisterai à votre conversation.
— Merci, caballero. Maintenant, parlez, Tranquille, je suis prêt à entendre les griefs que vous supposez avoir à articuler contre moL
— Malheureusement, dit Tranquille, la vie étrange
Lj!iS RODEURS DE FRONTIÈRES 313
que vous menez depuis votre arrivée dans ces régions prête le flanc aux suppositions les moins favorables, vous avez enrôlé une tourbe de gens sans aveu, de rôdeurs de frontières, mis au ban de la société et vivant complètement au dehors de la loi commune des peuples civilisés.
— Sommes-nous donc obligés, nous hommes des déserts, coureurs des bois et chasseurs des prairies, de nous astreindre à toutes les mesquines exigences des Villes?
— Oui, jusqu'à un certsdn point, c'est-à-dire qu'il ne nous est pas permis de nous poser en état de révolte ouverte contre les institutions d'hommes qui, malgré que nous nous sommes séparés d'eux, n'en demeurent pas moins nos frères, et auxquels nous continuons à appartenir par notre couleur, notre religion, notre naissance et les liens de famille qui nous rattachent à eux et que nous n'avons pu briser.
— Soit, j^admets jusqu'à un certain point la justesse de votre raisonnement ; mais en supposant que les hommes que je commande soient réellement des bandits, des rôdeurs de frontières, ainsi que vous les nommez, savez-vous quel mobile les fait agir t Pouvez-vous porter contre eux une accusation quelconque ?
— Patience, je n'ai point fini encore.
— Continuez donc alors.
— Puis, à côté cette troupe de bandits dont vous êtes ostensiblement le chef, vous avez contracté des alliances avec les Peaux-Rouges, avec les Apaches entre autres, les plus eUrontés pillards de la prai^ riej est-ce vrai?
8 — LES RÔDEURS. — T. lY. 2
— Ouï et non, mon ami, en ce sens que l'alliance que vous me reprochez n'a jamais existé jusqu'à présent; mais que, ce matin même, elle a dû être conclue par deux de mes amis avec le Renard-Bleu, un des chefs apaches les plus renommés.
— Hum I voilà une malheureuse coïncidence.
— Pourquoi cela ?
— Savez-vous ce qu'ont fait cette nuit vos nouveaux alliés?
— Comment le saural-je, puisque je ne sais où ils sont et que même je n'ai pas encore la nouvelle officielle du traité passé avec eux?
— Ah ! eh bien, je vais vous le dire, moi : ils ont attaqué la venta del Potrero et l'ont brûlée de fond en comble.
La prunelle fauve du Jaguard lança un éclair de fureur ; il bondit sur ses pieds en saisissant convulsivement son rifle.
— Vive Dios ! s*écria-t-il d'une voix stridente, ont-ils donc fait cela?
— Ils l'ont fait, et l'on suppose que c'est à votre instigation.
Le Jaguar haussa les épaules avec dédain.
— Dans quel but? dit-il. Mais doua Carmela, qu'est-elle devenue ?
— Elle est sauvée, grâce à Dieu 1
Le jeune homme poussa un soupir de soulagement
— Et vous avez cru à une telle infamie de ma part? dit-il d'un ton de reproche.
— Je ne le crois plus, répondit le chasseur.
— Merci, merci, mais, vive Dieu l les démons
paieront cher le crime qu'ils ont commis, je vous le jure ; maintenant, continuez,
— Malheureusement si vous êtes parvenu à vous disculper sur mon premier grief, je doute qu'il vous soit possible d'en faire autant pour le second.
— Dites toujours.
— Une conducta de plata commandée par le Capitaine Melendez est en route pour Mexico,
Le jeune homme tressaillit légèrement.
— Je le sais, dit-il brièvement.
Le chasseur jeta sur lui un regard interrogateur.
— On dit..., reprit-il avec une certaine hésitation.
— On dit, interrompit nettement le Jaguar, que je suis la conducta à la piste, et que, le moment propice venu, je l'attaquerai à la tête de mes bandits et que je m'emparerai de l'argent, n'est-ce pas cela?
— Oui.
— On a raison, répondit froidement le jeune homme, c'est en elTet mon intention, après ?
Tranquille bondit de surprise et d'indignation & cette cynique réponse.
— Oh Is'écria-t-il avec douleur, c'est donc vrai, ce qu'on rapporte de vous ? Vous êtes donc véritablement un bandit?
Le jeune homme sourit avec amertume.
— Peut-être I dit-il d'une voix sourde, Tran^ quille, votre âge est double du mien, votre expérience est grande : pourquoi juger témérairement sur les apparences ? ^
— Comment I sur les apparences ? N*avea-voui pas vous-m^me avoué ? <
— Oui, j'ai avoué.
— Vous méditez donc un vol T
— Un vol 1 s'écria-t-il en rougissant d'indignation, mais, se remettant aussitôt : C'est vrai, ajoutat-il, vous devez le supposer 1
— Quel autre nom donner à une action aussi infâme ? s'écria le chasseur avec violence.
Le Jaguar releva vivement la tête comme s'il avait eu l'intention de répondre, mais ses lèvres demeurèrent muettes.
Tranquille le considéra un instant avec un mélange de pitié et de tendresse, et se tournant vers le Cœur-Loyai :
— Venez, dit-il, mon ami, nous ne sommes demeurés que trop longtemps ici.
— Arrêtez! s'écria le jeune homme; ne me col damnez pas ainsi ; je vous le répète, vous ignorez quels motifs me font agir.
— Quels qu'ils soient, ces motifs ne peuvent être honorables; je n'en vois d'autres que le pillage et le meurtre.
— Oh l fit le jeune homme en cachant avec douleur sa tête dans ses mains.
— Partons reprit Tranquille.
Le Cœur-Loyal avait attentivement et froidement examiné cette scène étrange.
— Un instant, dit-il ; faisant alors un pas en avant, il posa la main sur l'épaule du Jaguar.
Celui-ci releva la tête :
— Que me voulez-vous? lui demanda-t-il.
— Écoutez-moi, caballero, répondit le Cœur- Loyal d'une voix profonde; je ne sais pourquoi, mais un secret pressentiment me dit que votre con-
duite n'est pas aussi iiifâioe que tout porte à le supposer, et qu'un jour il vous sera permis de l'expliquer et de vous disculper aux jeux de tous.
— Oh I s'il m'était possible de parler l
— Combien de temps encore croyez-vous être contraint de garder le silence.
— Que sais- je ? Cela tient à des circonstances indépendantes de ma volonté.
— Ainsi vous ne pouvez fixer une époque?
— Cela m'est impossible : j*ai fait un serment, je dois le tenir.
— Bien, promettez -moi une seule chose.
— Laquelle ?
— De ne pas attenter à la vie du capitaine Melendez.
Le Jaguar hésita.
— Eh bien ? reprit le Cœur-Loyal.
— Je ferai tout pour l'épargner.
— Rlerci I Alors se tournant vers Tranquille immobile auprès de lui : Reprenez votre place , frère , lui dit- il , déjeunez sans arrière-pensée avec ce caballero, je vous réponds de lui corps pour corps; si dans deux mois à compter de ce jour, il ne vous donne pas sur sa conduite actuelle une explication satisfaisante, moi qui ne suis lié par aucun serment je vous révélerai ce mystère qui vous semble et qui est en effet inexplicable pour vous.
Le Jaguar tressaillit, en lançant au Cœur-Loyal un regard investigateur mais qui s'émoussa siur le visage placirlernent indifférent du chasseur.
Le Canadien hésita pendant quelque secondes,
mais enfin il reprit sa place devant le feu en murmurant :
— Dans denx mois soit I Et il ajouta eu aparté f Mais d'ici là je le surveillerai.