CXII INTRODUCTION
leur imposer, obtinrent les privilèges d’Antiochéens dans les différentes villes où ils s’installérent:. De là vient que Saulcy a même pu prétendre, et Fr. Lenormant n’est pas éloigné de partager son avis, que les monnaies de plusieurs villes du nom d’Antioche : (Antioche près Daphné, Antioche de Ptolémaïde, Antioche près Callirhoé) ont toutes été frappées par les colons Juifs installés dans trois quartiers différents d’Antioche sur l’Oronte et qui reçurent le titre et les privilèges d’Antiochéens 5. Cette hypothèse est sans fondement et elle se trouve renversée par la simple énumération des villes où des monnaies analogues furent frappées. Eckhel avait raison en émettant l’avis que le titre d’Antiochéens désigne les habitants de villes diverses auxquels étaient concédés les mêmes privilèges +.
Ce qui le prouve bien, c’est que la plupart de ces villes empruntent à Antioche sur l’Oronte le type de ses monnaies de bronze, de même que, plus tard, les colonies de droit latin, sous l’empire romain, reproduisirent toutes, sur leurs monnaies, la statue de Marsyas, emblème de la liberté, qui s’élevait sur le forum de Rome. Le revers monétaire le plus fréquent que nous rencontrions dans les colonies d’Antiochéens, — Antioche sur l’Oronte, Antioche de Ptolémaïde, Hiéropolis de Cyrrhestique, Séleucie en Piérie, Ascalon, Laodicée sur mer, — est Zeus à demi nu, debout, détournant la tête et tenant une couronne de la main droite étendue. Ce type qui paraît représenter Zeus offrant une couronne aux vainqueurs des jeux olympiques inaugurés à Daphné par Antiochus IV, se rapproche beaucoup, au point de vue plastique, du Zeus Stratios des monnaies des rois de Bithynie à partir de Prusias Ier (228-180). 3
C’est un artiste du nom de Dædale (non Dædale le Sicyonien) qui avait exécuté cette statue de Zeus Stratios pour la ville de Nicomédie. Visconti a fait remarquer
que ce Zeus tient de la main droite étendue une couronne qu’il paraît présenter aux
vainqueurs des jeux Sofeira organisés à Nicomédie en son honneur. Bien que le Zeus des monnaies d’Antioche ait une attitude un peu différente du Zeus bithynien, il en paraît néanmoins dérivé, et Overbeckf a raison de dire que le Zeus des
monnaies syriennes en question est une imitation du Zeus Stratios de Dædale sur
les monnaies des rois de Bithynie. Il y avait sans doute, à Antioche, une statue de Zeus debout, tendant une couronne et détournant la tête, qui était inspirée de l’œuvre de Dædale, comme nous avons vu, dans la même ville, les copies d’œuvres célèbres d’autres artistes, exécutées sous l’impulsion d’Antiochus IV lui-même. Malala rapporte une légende qui paraît, sous un travestissement singulier, se
1. Le Bas et Waddington, Voyage archéol. en Asie Mineure, t. II, p. 351. La prétendue Antioche sur le Tragus (Mionnet, Cilicie, n° 115) n’existe pas. La médaille qui paraissait la mentionner est, en réalité, une monnaie mal lue d’Antioche sur le Cydnus (Tarse).
2. Voyez Graetz, Hisioire des Juifs, trad. Wogue, t. II, p. 87.
3. Saulcy, dans le Numism. chronicle, 1871 (N. S. t. X), p. 7o et suiv.; Fr. Lenormant, La monnaie
dans l'antiquité, t. IT, p. 34, note 8.