‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 169 sur 419 · CLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLII INTRODUCTION

CLÉOPATRE THÉA

Cléopâtre Théa, reine de Syrie, était la fille du roi d'Egypte Ptolémée Philométor. En lan 163 (149 av. J.-C.) elle épousa Alexandre I Bala : nous avons donné un tétradrachme et deux bronzes qui représentent les têtes accolées d'Alexandre et de Cléopâtre. Quelques années après, en 167 (145 av. J.-C.), Ptolémée Philométor enleva sa fille à Alexandre Bala, pour la donner à Démétrius II Nicator. Puis, pendant la captivité de ce prince chez les Parthes, et tandis qu’il épousait Rhodogune:, Cléopâtre offrit sa main, avec la couronne de Syrie, à Antiochus VII Sidétès, frère de Démétrius. Cette Cléopâtre fut ainsi successivement la femme de trois rois de Syrie. Si nous avons des monnaies où sa tête se trouve associée à celle d'Alexandre Bala, nous n’en connaissons point où la tête de Cléopâtre soit conjuguée avec celle de Démétrius IT ou celle d’Antiochus VII.

Après la mort d’Antiochus VIT Sidétès, Cléopâtre allait se trouver en butte à la vengeance de Démétrius IT revenu de captivité ; mais heureusement pour elle celuici fut vaincu par un nouveau prétendant au trône, Alexandre Zébina. Démétrius voulut alors chercher un asile à Ptolémaïs où se trouvait Cléopâtre, mais l’ambitieuse reine lui refusa l'entrée de la ville. Bientôt il fut assassiné ainsi que son fils aîné Séleucus V, par Cléopâtre qui plaça sur le trône de Syrie un autre enfant, son fils préféré, Antiochus VIII Grypus; c’était en 187 (125 av. J.-C.). En 192 (127 av. J.-C.), Cléopâtre, jalouse d'exercer seule le pouvoir suprême, essaya d’empoisonner Antiochus Grypus, mais celui-ci, au dire des historiens, força sa mère à boire le poison qu’elle avait préparé pour lui.

Il existe au Musée Britannique un superbe tétradrachme (fig. 37), frappé au nom de Cléopâtre seule, comme reine de Syrie. Au droit, figure le buste voilé et diadémé de Cléopâtre Théa. Au revers, une double corne d’abondance remplie de

fruits, ceinte du diadème royal; la légende fort intéressante est :

BAZIAIZZHZ KAEOTTATPAX OEAZ EYETHPIAZ. L’épi-

thète de eüernoto que prend Cléopâtre fait sans doute allusion à la corne d’abondance remplie de fruits, type emprunté à l’Egypte:.

r. À. de Longpérier, Mémoire sur la chron. et l'iconogr. des rois Parthes Arsacides, p. 27.

2. Percy Gardner, The Seleucid Kings of Syria, p.65 et pl. XXII, 1. Mionnet décrit deux exemplaires de cette belle médaille (Suppl. t. VIII, n° 321 et 322); l’un, qui se trouvait alors dans le cabinet de lord Northwich, est probablement le médaillon du British Museum; l’autre est cité d’après Sestini. Descr. num. vet. ex (diversis) museis, Leipzig, 1796, p. 499.

CLÉOPATRE THÉA CLIII

Cléopâtre prend, comme Cérés, les noms de @EA EYETHPIA; plus tard, la reine Musa, chez les Parthes, s'appelle OEA OYPANIA sur ses médailles, et Cléopâtre VII, femme de Marc Antoine et reine d'Egypte, prend. aussi, sur les monnaies, les épithètes analogues de OEA NEQTEPA :.

Saulcy* et M. Percy Gardner; croient que la magnifique médaille dont nous venons de reproduire l’image a été frappée dans l'atelier de Sycamina. Mais cette Opinion ne s’appuie que sur la présence, dans le champ du revers, du monogramme n° 278, qui peut se résoudre de bien des manières, soit comme nom d'homme, soit comme nom de ville; la petite ville de Sycamina n’a probablement jamais possédé un atelier monétaire, Quoi qu’il en soit, la médaille a été frappée en l’an ITTP (— 187), c’est-à-dire l’année même de l'assassinat de Démétrius II et de Séleucus V, et de l’avènement d’Antiochus VIII, événements qui s’accomplirent par la main ou sous l’aütorité de Cléopâtre, qui disposait alors du souverain pouvoir. Coïncidence à signaler : c’est vers la même époque, c’est-à-dire de lan 117 à l'an 114 avant notre ère, que la reine du Pont, Laodice, fille d’Antiochus IV Epiphane et veuve de Mitbridate Philopator Philadelphe (Evergète), fait frapper dans le Pont des monnaies à sa seule effigie.

On a d’assez nombreuses monnaies de Cléopâtre associée à son fils Antiochus VIII. Quelques années auparavant, on frappa en Cappadoce de rares monnaies avec les têtes accolées d’Ariarathe VI et de la reine Nysa, sa mére. Plus tard, on trouve de même, dans la série arsacide, la tête de Phraatace accolée à celle de sa mère Musa. Les monnaies de Cléopâtre Théa et de son fils Grypus s'étendent, d’après les dates qu’on relève sur la plupart d’entre elles, depuis lan XTTP =) jusqu’à l’an BHP (— an 192), dates qui correspondent, la premiére, à l’avénement d’Antiochus VIII; la seconde, à la mort de Cléopâtre Théa. Sur toutes ces monnaies, le nom de l’astucieuse reine figure, comme son effigie, en premier lieu, à la place d'honneur, avant celui du jeune roi son fils4.

Le musée de Berlin possède un tétradrachme de Cléopâtre et d’Antiochus VIII qui est de poids phénicien et au type de Paigle. Cette pièce est datée de l'an A9P (=an 191) et porte, comme marque d'atelier, la colombe et AZ, initiales d’Ascalons. Cette pièce se rattache directement à celles d'Alexandre Zébina, issues du même atelieré et elle précède les monnaies d’Antiochus VIIT seul, qui ont la même marque et le même emblème (Catal. nos 1402 et 1403) 7.

Mionnet a cru reconnaitre les bustes conjugués de Cléopâtre et d’Antiochus VIII sur des bronzes autonomes d’Antioche de Ptolémaïde®, mais il s’agit en réalité des

1. F. Feuardent, Co!]. Démétrio. Egypte ancienne. Monnaies des rois, Pe133. 2. Saulcy, Monnaies datées, p. 61.

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