‹ Les Rois De Syrie D’arménie Et De CommagèneChapitre 242 sur 419 · Appien, Syriaca, V · texte numérisé non relu

Appien, Syriaca, V

21. Nous avons déjà eu l’occasion de déterminer la place chronologique et le rôle historique de cette Antiochis (fntrod., p. cxcrv et suiv.); mais ilimporte de résumer ici la question et de préciser les résultats de ce problème, qui [touche aux origines des dynasties arménienne et même commagénienne. Divers auteurs modernes ont attribué à Séleucus IT Callinicus, une fille qui, par conséquent, serait la sœur de Séleucus IIT Ceraunus et d’Antiochus III le Grand. Frœlich (Annal. Syr., p.31) ne lui donne pas de nom, mais il en fait la femme de Mithridate IV de Pont ; De Vit, (Onomast. v° Antiochus, p. 335) l’appelle Stratonice et lui assigne pour mari le même Mithridate. Il n’y a pas à tenir compte de ces opinions qui reposent sur une confusion avec les deux filles d’Antiochus IT Théos : nous n’y insisterons donc pas autrement. D’autres auteurs ont émis une opinion mieux fondée en apparence. Elle s'appuie sur le fameux passage de Polybe (VIIT, 25, éd. Didot: ci-dessus Zntrod., p. cxcIv) qui dit qu’un Antiochus maria sa sœur Antiochis au roi d'Arménie, Xerxès. C. Muller, l’éditeur de Polybe, a pensé qu’il s’agissait d’Antiochus III; son avis a été suivi par O. Blau, et en dernier lieu par M. Th. Reïnach, dans son étude si remarquable d’ailleurs, sur les monnaies des rois de Pont (Trois Royaumes, p. 165). Or, c’est une hypothèse qui, à mon avis du moins, se trouve renversée par les considérations suivantes que nous avons déjà fait valoir en partie : 1° Le passage de Polybe précité serait le seul témoignage de l’antiquité mentionnant une sœur d’Antiochus III, et rien, dans le récit de Polybe, n'autorise à croire qu’il s’agisse de ce prince plutôt que d’Antiochus IV ; 2° nous savons, au contraire, par différents auteurs, qu'Antiochus IV avait une sœur du nom d’Antiochis; Appien (Syr., V) et Diodore (XXXI, 19, 7) en parlent et lui font épouser , dès le temps d’Antiochus III dont elle est la fille, Ariarathe IV Eusèbe, roi de Cappadoce (220-163). On n’hésiterait donc pas à reconnaître que, dans le texte de Polybe, il s’agit d’Antiochus IV et de sa sœur Antiochis, s’il ne se présentait une difficulté : c’est que, d’après Polybe, Antiochis est

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DES SÉLEUCIDES CCXxI

donnée en mariage à Xerxès roi d'Arménie et non à Ariarathe de Cappadoce (voyez ci-dessus Introd., p. cxcvi). Il peut paraître, à première vue, assez naturel de faire épouser à Xerxès une sœur d’Antiochus III, et de placer le règne du roi d'Arménie vers l’an 200, c’est-à-dire avant la révolte de Zariadrès, en 190. Mais aux arguments que nous avons déjà apportés pour combattre cette hypothèse, nous ajouterons les raisons suivantes : 3° L’Antiochis de Polybe est sœur d’un Antiochus et mère d’un Mithridate; l’Antiochis d’Appien et de Diodore est sœur d’Antiochus IV et également mère d’un Mithridate : cette coïncidence porte déjà à croire qu’il s’agit d’une seule et même personne; 4° Blau à reconnu que l’Antiochis qu’il fait sœur d’Antiochus III devait être, en même temps, la concubine de son frère; son fils Mithridate est en effet qualifié de fils naturel par Polybe; or, d’après le livre II des Macchabées (IV, 30-35), Antiochus IV Epiphane est dit formellement avoir une concubine du nom d’Antiochis. Cette nouvelle coïncidence contribue encore à rendre invraisemblable l'existence des deux Antiochis ; s°les deux Antiochis se seraient trouvées, l’une et l’autre, mélées aux affaires d'Arménie ou ‘de cette région; 6° si l’on admet une Antiochis sœur d’Antiochus III, on est contraint de donner à ce roi deux fils du nom de Mithridate ; en effet, celui qui est connu historiquement par Tite-Live (ci-dessus, note 17) fut chargé vers l'an 200 d’une expédition militaire en Asie mineure, ce qui suppose qu’il avait alors au moins 2$ ans. A la même époqüe, sa mère épouserait Xerxès qui est qualifié de jeune homme par Polybe (veav{oxos) : cette union disparate est inadmissible ; 7° la présence du roi Xerxès à Arsamosate vers l’an 200, et consolidé sur son trône par Antiochus III, serait en désaccord avec le témoignage de Strabon qui raconte (voyez ci-dessus TIntrod., p. cxcvr) que la Sophène fut gouvernée jusqu’en 190 par le satrape Zariadrés, et que ce fut à cette époque que, profitant de la défaite d’Antiochus III à Magnésie, Zariadrès se révolta et se proclama roi; 8° en dehors du texte de Polybe que l’on voudrait appliquer à Antiochus IIL, il n’y a aucune trace, dans les textes anciens, d’une expédition de ce prince en Arménie, tandis qu’au contraire, les campagnes d’Antiochus IV dans ce pays contre Xerxès et Artaxias, sont connues par des sources multiples ; 9° nous rappellerons enfin les arguments numismatiques que nous avons fait valoir ailleurs (Zatrod., p. cxcvr et excvur). .

Tout concourt donc à démontrer qu’il n’y a qu’une seule Antiochis : c’est la sœur et la concubine d'Antiochus IV Epiphane : tel est le résultat auquel nous nous sommes arrêté. Quant à faire concorder les témoignages qui font d’Antiochis la concubine d’Antiochus IV, la femme de Xerxès et la femme d’Ariarathe IV Eusèbe, il faut peut-être y renoncer. Voici hypothétiquemeut comment je proposerais d’arranger les faits : Antiochis, concubine d’Antiochus IV, en a eu un fils appelé Mithridate. Antiochus IV fait son expédition de Cilicie et d'Arménie et cède à Xerxès Antiochis et son fils. L'extension croissante de l’empire de Zariadrès met fin à celui de Xerxès, et Antiochis, sans doute veuve de ce dernier, se réfugie en Cappadoce où elle épouse Ariarathe IV. Après avoir réussi à écarter deux enfants qui avaient des droits au trône, Âriarathe et Oropherne (voyez Introd., p, cxcvi), elle fait adopter comme prince héritier son fils préféré Mithridate qui, en montant sur le trône de Cappadoce, prend le titre d’Ariarathe V Eusèbe Philopator ; il règne de 163 à 130. Ce qui excuse à mes yeux ce petit roman, c’est que je doute qu’on puisse lui substituer un arrangement des faits qui prendrait au pied de la lettre tous les textes dont nous avons fait usage,

22; Th. Reïinach, Trois Royaumes, p. 179.

23. Ce Séleucus qui fut prisonnier des Parthes a été parfois confondu avec Séleucus II Callinicus (voyez ci-dessus Introd., p. Lxv).

24. Les cinq enfants d’Antiochus VII Sidétès sont énumérés comme il suit par Eusèbe (Chron., p. 263, édition Migne) : « Antiocho quinque liberi nati sunt, tres nempe mares et feminæ duæ. Prior itemque

- altera filia Laodice audiverunt, uno nomine duabus communi, Tertius Antiochus, quem itemque sorores

morbus extinxit. Quartus Seleucus quem cepit Arsacës. Quintus tandem Antiochus idemque Cyzicenus, » Quant à Antiochus IX Cyzicène, Malala (p. 208) lui donne pour femme la fille d’un roi parthe, nommée

Bertrévn.

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