‹ Les romans de la Table ronde nouvellement rédigésChapitre 2 sur 100 · Al A.19 v · texte numérisé non relu

Al A.19 v

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PRÉFACE

Dès son apparition aux alentours de l'an

1225 , le roman en prose de Lancelot du Lac fut regardé comme le Miroir de toute chevalerie ,

comme la Somme de toute courtoisie , comme le

Roman des romans . Les plus belles fictions du cycle de la Table Ronde , déjà contées au dou-

zième siècle par tant de poètes dispersés , s'y

trouvaient rassemblées en un seul corps d'ouvrage, et la légende souveraine du saint Graal,

entrelacée à ces innombrables légendes de féerie et d'amour ,

les

dominait

les

enveloppait toutes de

sa

splendeur

grand livre

continúment admiré

ne cessa

-t-il ,

durant des siècles

d'enchanter les cœurs

Pour

le

maintenir

vogue

des remanieurs

de

temps

autre

le

récrivaient

en

circulait au quinzième siècle plusieurs versions rajeunies

Pint

la

Renaissance

On

le

lisait encore

telles enseignes que

les

presses parisiennes s'empressèrent

dès

d'en publier

en

trois

tomes

in -

folio

un renouvellement que

dans

cinquante années qui suivirent

fallut jus

PRÉFACE

qu'à cinq fois réimprimer .

Or, au milieu du

siècle , aux jours où se formait la Pléiade , il put sembler un instant que ce vieux Doctrinal

de prouesse et d'honneur , si fortunéjusqu'alors , allait connaître une fortune nouvelle , plus haute encore .

Car, aux pages de la Défense et illustration de la langue française , où Joachim Du Bellay appelle de ses vœux le Poète futur et lui trace

son programme , il lui recommande par -dessus tout de se faire l'émule de l'Arioste et lui dit :

« Comme Arioste donc, qui a bien voulu emprunter de nostre langue

les

noms

et

l'histoire

de

son poème

choisy moy quelqu'un

de

ces beaux vieulx romans françoys

comme

Lancelot

un

Tristan

ou

autres

et

en

fay renaître au monde une admirable Iliade

et

laborieuse Énéide

Ainsi Du Bellay

et

Ronsard

qu'on

se

repré-

sente

tort comme tout Grecs

et

tout Latins

ont commencé par recevoir des vieux romanciers

de

France des inspirations

et

des leçons

Ainsi Lancelot

et la

reine Guenièvre

Viviane

Perceval

Galaad ont hanté les bords du petit Liré

et

du Loir gaulois

Ainsi

l'âge

des longs espoirs

et

des vastes pensers

l'Angevin

et le

Vendomois

ces artistes ardents

et

lucides

, si

pleinement conscients

de

leur mission

de

rénovateurs

ne

concevaient pas

de

tâche plus noble que d'animer d'une vie nouvelle nos

PRÉFACE

antiques légendes :

« Choisy moi quelqu'un de

ces beaux vieulx romans françoys , comme un Lancelot ...

Hélas ! on ne le sait que trop , le conseil ne fut pas suivi . Pour des raisons multiples ,

unes accidentelles

et

les autres profondes

la

Pléiade

se

fraya d'autres voies

On vit re-

naître Hector

Andromaque

Ilion

mais non pas

les

chevaliers d'Arthur

et la

forêt

de

Broceliande

se

dessécha

Vers

la

fin du siècle

en

, le

soin

de

renouveler une fois encore

le

Lancelot fut abandonné

quelque commis

de

librairie

qui

le

résuma outrageusement

en

un

seul tome

de

166 pages

in - .

Alors

ce

fut

la

fin

ce

roman tomba du décri dans l'oubli

De

nos jours

hors du cercle étroit des érudits

quel

lettré

jamais

lu ?

Les noms mêmes des héros qu'il met

en

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