NAISSANCE DE MERLIN
Cependant, le temps vint où sa grossesse ne se put plus cachjer. Et les autres femmes, en regardant ses flancs, lui demauidaient qui Tavait ainsi engrossée.
— Que Dieu me refuse une heureuse délivrance, si je le sais!
— Avez-vous donc connu tant d'hommes?
— Que Dieu ne m'accorde jamais d'être délivrée, si un homme, à ma connaissance, m'a approchée !
— Belle amie, disaient les femmes en se signant, sans doute vous aimez mieux que vousmême celui qui vous a fait cela, puisque vous ne le voulez accuser. Mais c'est grand dommage pour vous, car, lorsque les juges le sauront, il vous faudra mourir.
En ce temps-là, en effet, quand une femme était convaincue de débauche, si elle ne consentait à devenir fille' commune, on en faisait justice. Aussi fut-elle bientôt appelée devant les juges. Mais, comme ils pensèrent que l'enfant n'avait commis nulle faute et qu'il ne devait pas être puni pour le péché de la mère, ils résolurent qu'elle ne serait pas jugée avant qu'il fût né.
MERLIN L'ENCHAINTEIIR
Ils l'enfermèrent dans une forte tour en compagnie de deux femmes, les plus, sages qu'on put trouver, pour l'aider le moment venu, et toutes les ouvertures furent murées, sauf une petite fenêtre au sommet, par où elles tiraient au moyen d'une corde ce dont il était besoin. Et c'est là que la demoiselle eut son enfant quand il plut à Dieu.
En le recevant, les commères eurent grand' peur parce qu'il était plus velu que jamais nouveau-né n'a été. Et lorsqu'elle le vit ainsi, la mère se signa et leur commanda de le descendre sur-le-champ pour qu'il fût baptisé.
— Et quel nom voulez-vous lui donner?
— Celui de son aïeul maternel.
C'est ainsi qu'il fut appelé Merlin. Après quoi on le rendit à sa mère pour qu'elle le nourrît, car nulle autre femme n'eût osé allaiter un enfant si poilu et qui, à neuf mois, semblait déjà âgé de deux ans.
Or, quand il fut sevré, les deux femmes déclarèrent à sa mère qu'elles ne pouvaient demeurer dans la tour davantage.
— Hélas! sitôt que vous serez sorties, on fera justice de moi ! *
— Nous n'en pouvons mais, répondirent-elles. Sur quoi la mère se mit à pleurer amèrement
et à se lamenter.
— Beau fils, disait-elle en prenant son enfant dans ses bras, je re,cevrai la mort à cause de