DIANE ET FAUNUS
comme Fauniis,en courant les bois, et qui avait, nom Félix. Et celui-ci était pauvre et de bas lignage, et il savait bien que, si Faunus apprenait ses amours, il le ferait tuer avec toute sa parenté. Aussi vint-il un jour trouver sa mie, et lui dit :
— « Par ma foi, demoiselle, ou vous vous déli- « vrerez de Faunus ou je ne reparaîtrai plus « auprès de vous.
« — Hélas! dit-elle, comment le pourrais-je? « Il m*aime de si grand amour qu'il ne me lais- " serait pour chose du monde.
« — A votre guise, répondit Félix.
" Or Diane le chérissait si fort, qu'elle eût mieux aimé de mourir que de renoncer à lui, en sorte qu'elle se résolut à faire périr Faunus.
« Cette tombe que vous voyez était alors pleine d'une eau enchantée qui guérissait toutes les plaies. Un jour que Faunus revenait de la chasse, navré d'une blessure qu'une béte sauvage lui avait faite, elle fit ôter secrètement l'eau guérissante .
« — Que ferai-je? demanda Faunus quand il « s'aperçut que l'eau n'y était plus. Je suis « blessé durement.
« — Ne vous troublez pas pour si peu, « répondit Diane; je vous soignerai bien. « Couchez-vous là-dedans et nous vows couvri- « rons d'herbes de grande vertu, par quoi vous « serez tôt rétabli.
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« Faunus s'étendit ; mais Diane fit retomber là pierre qui fermait le tombeau et par un peituis elle versa du plomb fondu en telle quantité que le corps de son ami fut consumé en peu de temps.
u Alors elle vint à Félix à qui elle conta comment elle s*était délivrée de celui qu'il craignait.
« — Mauvaise, qui vous pourrait aimer - quand chacun vous devrait haïr? s'^écria-t-il.
« Et la prenant par ses tresses, il lui coupa la tête.
« C'est depuis ce temps qu'on nomme ce lac : le lac de Diane. >^
— Mais, demanda Viviane, qu'est devenu ïe manoir qu'elle y avait fait bâtir?
— Le père de Faunus le détruisit sitôt qu'il connut la mort de son fils.
— Il fit mal, car jamais l'on ne vit plus beaux lieux. Merlin, doux ami, pour l'amour de moi, je vous prie de m'en faire bâtir un qui soit aussi bel et riche qu'il y en eut jamais.
Elle n'avait pas achevé que déjà maçons et charpentiers travaillaient, et au bout d'un instant un château s'élevait à la place du lac, tellement magnifique qu'il n'en est point de pareil en toute la Petite Bretagne.
— Demoiselle, dit Merlin, voici votre manoir. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre; et
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aux yeux de tous il n'y a là que de l'eau. Et si, par envie ou traitrise, quelqu'un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaitrait pour lui et il se noierait en y croyant entrer.
— Par Dieu, bel ami, dit Viviane, jamais on n'entendit parler d'une demeure plus secrète et plus belle !
Merlin fut si content de la voir contente qu'il ne se put tenir de lui apprendre encore plusieurs de ses enchantements; bref il lui en enseigna tant qu'il en fut depuis tenu pour fol, et l'est encore. Car elle mettait tout en écrit, étant bonne clergesse dans les sept arts, et elle ne songeait qu'à l'engeigner.
— - Sire, lui demanda-t-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais bien savoir : c'est comment je pourrais enseri'er un homme sans tour, sans murs et sans fers, de manière qu'il ne pût jamais s'échapper sansmoî^ r«>*^<,"utement.
Merlin baissa la tête en soupirant.
— Qu'avez-vous? fit-elle.
— Ha, je sais bien ce que vous pensez, et que vous me voulez détenir à jamais, et voici que je vous aime si fort qu'il me faudi*a faii'e voti-e volonté !
Alors elle lui mit les bras au col :
— Eh bien, ne devez- vous pas être mien, quitnd je suis vôtre et que j'ai quitté j>ère et mère pour vous? Je n'ai sans vous ni joie ni bienj en
VOUS est toute mon espérance; je n'attends le bonheur que de vous. Puisque je vous aime ainsi, et que vous m'aimez, n'est-il droit que vous fassiez mes volontés et que je fasse les vôtres?
— Ma dame, dit Merlin, à ma prochaine venue, je vous enseignerai ce que vous voulez.
Mais le conte maintenant se tait de lui et de Viviane et retourne au roi Artus et à ses compagnons.
Dès qu'il fut arrivé à Logres avec la reine Guenièvre, il fit crier qu'à la Noël il tiendrait une cour renforcée à Carduel, et que chacun y amenât ses vassaux et sa femme, ou son amie.
Au jour dit vinrent les chevaliers et les dames vêtus de leurs plus riches robes, et pour la première fois la reine, comme le roi, poita couronne. Quand les cloches sonnèrent à la grand'messe, on fut entendre l'office chanté par l'archevêque de Brice. Puis la cour revint en la salle du palais où, les nappes mises, les barons prirent place, chacun selon son rang. Messire Gauvain, Keu le sénéchal, Lucan le bouteiller, messire Y vain le grand, Dodinel le sauvage, Sagremor, Yvain l'avoutre, Giflet servirent les rois et les reines, et quarante
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jeunes valets les hauts hommes et les dames. Gomme Keu le sénéchal présentait le premier mets au roi Artus, le plus bel homme qui se fût jamais vu entra dans la salle : sur ses cheveux blonds et ondulés, il avait une couronne d'or, comme un roi; il était vêtu de chausses de paile brun et d'une cotte de samit; sa ceinture de soie était rehaussée d*or et de pierreries qui jetaient de tels feux que toute la salle en était illuminée, et ses souliers de cuir blanc fermés par des bouclettes d*or; enfin une harpe d*argent à cordes d'or, toute décorée de pierres précieuses, lui pendait au col. Malheureusement, il était aveugle, bien qu'il eût les yeux clairs et beaux ; mais un petit chien blanc comme la neige, attaché par une chaînette d'or à sa ceinture, le conduisit devant le roi Aitus. Là, il se prit à chanter un lai breton, en s'accompagnant de sa harpe, si mélodieusement que le sénéchal, qui portait les mets, ôubUa tout et s'assit pour l'écouter.
Une aventure vous dirai Dont les Bretons firent. un lai.
A Saint- Malo, deux hauts barons Avaient tout proches leurs maisons.
Vun d'eux avait femme épousée, Sage, courtoise et bien sensée;
L'autre était jeune chevalier^ Naguère encore bachelier.
La femme à son voisin aima :
lant la requit, tant la pria, Quelle lui voulut très grand bien Et le chérit sur toute rien.
Des chambres ou la dôme vit Elle regarde son ami; Mais un haut mur de pierre bise Entre eux s'élève et les divise.
Ils ont des présents échangé, Ou par jeter ou par lancer; Mais ils ne peuvent en venir Du tout ensemble à leur plaisir.
Car la dame est trop bien gardée Et par son baron surveillée.
Tous deux, longtemps, se sont aimés Jant que revint le bel été.
Quand bois et prés sont reverdis Et les vergers tout refleuris, Celui qui aime tant et tant, Ce nest merveille s'il entend Les oiselets, avec douceur, Mener joie dessus les fleurs. %
Les nuits ou la lune luisait.
Lorsque son mari reposait, La dame du lit évadée Et d'un grand m an tel affublée A la fenêtre s'en venait Pour son ami quelle y savait^