‹ Les romans de la table ronde, nouvellement rédigés. Préf de Joseph BédierChapitre 66 sur 67 · LA CHEVALERIE Î · texte numérisé non relu

LA CHEVALERIE Î

Où? Oites-le par la foi ffue vous me

— A la cour du roi Artus, servir quelque prud'homme jiisqu*à ce qu'il me fasse chevalier.

— lia! beau Fils de Roi, désirez- vous tant d'être chevalier?

— Certes, Dame! c'est la chose du monde à laquelle j'aspire le plus.

— Si vous saviez quels grands devoirs impose la chevalerie, vous ne l'oseriez souhaiter.

— Et pourquoi. Dame? Surpassent-ils donc le cœur et la force d'un homme?

— Oui, quelquefois : Notre Sire Dieu a fait les uns phis vaillants que les autres, plus preux et plus courtois.

— Dame, il serait bien timide celui qui n'oserait recevoir la chevalerie. Car chacun, s'il ne peut avoir les vertus du corps, peut du moins posséder celles du cœur. Les premières, comme la grandeur, la force, la beauté, l'homme les apporte en sortant du ventre de sa mère. Mais la courtoisie, la sagesse, la débonnaireté, la loyauté, la prouesse, la générosité, la hardiesse, c'est la paresse qui empêche qu'on ne les possède, car elles dépendent de la volonté. Et je vous ai souvent oui dire que c'est le cœur qui fait un prud'homme.

Alors la Dame du Lac prit Lancelot par la

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main et Temmena dans sa chambre ; et là, après l'avoir fait asseoir, elle lui dit :

— Les premiers chevaliers ne le furent point à cause de leur naissance, cartons nous descendons de même père et de même mère . Mais quand Envie et Convoitise commencèrent de grandir dans le monde, alors les faibles établirent audessus d'eux des défenseurs pour maintenir le droit et les protéger.

« A cet office, on choisit les grands, les forts, les beaux, les loyaux, les hardis, les preux. Et nul, en ce temps-là, n'eût été si osé que de monter à cheval avant d'avoir reçu la chevalerie. Mais elle n'était pas donnée pour le plaisir. On demandait aux chevaliers d'être débonnaires sauf envers les félons, pitoyables pour les souffreteux, prêts à secourir les besoigneux et à confondre les voleurs et les meurtriers, bons juges sans amour ni haine. Et ils devaient protéger Sainte Église et celui qui tend la joue gauche à qui lui a frappé la droite.

« Car leurs armes ne leur ont pas été données sans raison . L'écu qui pend au col du chevalier et le garantit par-devant signifie qu'il se doit mettre entj-e Sainte Église et ses assaillants, et recevoir les coups pour elle comme un fils pour sa mère. De même que son haubert le vêt et protège de toutes parts, ainsi doit-il couvrir et environner Sainte Église, de façon que les méchants ne la puissent atteindre. Son heaume est comme la

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