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par de lâches promesses de soumission et de dévouement de sa part et de la part de tous les siens. Pendant qu'Isengrim refuse de se laisser fléchir par ces hypocrites paroles, Reineke avance une autre patte, saisit Isengrim aux parties génitales 9 et dégage adroitement la patte que celui-ci tenait entre ses dents. Plus Isengrim crie et hurle , plus Reineke tire , serre , pince, mord. Isengrim, vaincu par la douleur, succombe entièrement. Ses partisans, pleins de compassion, obtiennent du roi de faire cesser le combat.
Chap. IX. La victoire étant reconnue appartenir à Reineke, celui-ci consent également à lâcher son adversaire. Tous accourent pour le féliciter et le complimenter sur son triomphe. Le roi l'absout et lui accorde une réparation d'honneur en bonne forme.
Chap. X. Reineke raconte au lion une fable d'un chien qui, en sortant d'une cuisine avec un gros morceau de viande à la gueule, excite Tenvie d'une foule d'autres chiens, qui le croient en grande faveur auprès du cuisinier, tandis que celui-ci a cruellement échaudé tout le derrière du voleur, et aussitôt que les autres ont reconnu son état, ils l'abandomient honteusement. Reineke fait une application de cette fable à sa pro-
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pre situation, en adressant toutefois ses remerciements au roi, et en protestant d'être toujours disposé à se conformer à la volonté de son seigneur.
Chàp. XI. Le roi dit avoir bien compris le sens de la fable, réinstalle Reineke en toutes ses anciennes dignités , Tadmet dans son conseil intime, le nomme chancelier de Tempire et lui confie les sceaux. Dès lors, à toutes les réunions des princes, Reineke est le ministre le mieux prisé, et tout est bon, pourvu que ce soit lui qui Tait conseillé ou résolu.
Chap. XII. Isengrim est dans un état pitoyable ; ses amis l'entourent et le soignent. Giremod surtout est désolée et plus que jamais indignée contre Reineke. Celui-ci , de son côté , remercie le roi , s'humilie , prend congé , et se voit encore comblé d'honneurs, c Depuis ce jour, Fart de Reineke {Reinkens Kunst, l'ait de renardie), et ceux de l'espèce de Reineke sont bien vus et bien reçus partout chez les princes. Celui qui ne sait pas l'art de Reineke n'est pas fait pour le monde, et sa parole n'est guère écoutée. Mais cet art de Reineke fait parvenir bien des gens ; aussi voilà pourquoi il y a aujourd'hui tant de Reineke dans le monde , soit à la cour du pape, soit à celle de l'empereur, bien qu'ils
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ne portent pas tous la barbe rousse. Celui qi^^l sait employer Tastuce de Reineke ne tarde pas à réu^ssir. 9
Chàp. XIII. Arrivé au château de Malepertus, Reineke remercie et congédie ses amis. Il informe sa femelle Armetine de ses succès en tout» de ses dignités, et rappwte que le roi a dit : «Ce que Reindke fait et écrit sera bien fait et bien écrit. » Toute la famille s'en réjouit beaucoup, et Reineke continue de vivre comblé d'honneurs. < Ce livre a été fait afin que tout le monde tende à la sagesse, évite le mal et recherche la vertu. Tel est le sem du poëme et rien auti« chose. »
OBSERVATIONS
Le premier livre parait iuciHitestablement supérieur aux trois autres. Cette observation a déjà été faite , et Tun des points de cette supé* riorité consiste dans le plus d'originalité. En effet, nn coup d'œil comparatif sur ces différentes parties de l'ouvrage nous fait i^emarqner que dans la première ( qui a été faite sur le travail du prédécesseur de WiUems Utenhove, auteur de Madock, c'est-à-4ire à peu près la moî^ lié de tout l'ouvrage] il n'y a aucune faUe ou apologue géxiéral : ^us les récits ont pour objet
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des aventures convenant exelusîyement à la position particulière du r^iard, et à ses relations habituelles avec le loup et les autres acteurs de cette épopée ; tous les récits oui une empreinte oomiqqe et font rire de bon cœur ; aucun n'est emprunté à d'anciennes fables transmises par les Kttératures de Tantiquifté ou par celles des pre- HÛerB siècles àe notre ère. Si tous ne sont pas originaux, m entièrement de l'invention du prédécesseur anonyme de Willems Utenhove (dont notre texte allemand n'est qu'une imitation) , du moins tous appartiennent uniquement et certainement au cycle des aventures et récits traditionnels et populaires qui forment le fond et le sujet de tous les romans du renard et du loup. Il en est tout autrement dans le second, le troisième et le quatrième livre, c'est-à-dire dans la partie où notre poète bas saxon suit l'auteur du Madock. Ici, sans doute, au milieu de la très grande pai'tie des choses qui appartiennent au cycle général des romans du renard, il y en a qui sont dues à l'invention de l'auteur; mais le plan, Tunité et le caractère du récit ne sont pas soutenus comme dans la première partie, et de plus, l'auteur aime à faire entendre des proverbes et des sentences morales ; il abonde eu réflexions didactiques^ en satires et applications
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plus directes que celles de son prédécesseur et maître, et il a rempli son ouvrage d'anciennes fables qui n'appartiennent pas en propre aux romans du moyen-âge sur le renard, mais qui ont été puisées à des sources antérieures, et qui ont été conçues et répandues isolément , telles que les fables du cheval et du loup, du loup et de la grue , du renard qui a cent tours en son sac et du chat qui n'en a qu'un, et autres pareilles.
L^ouvrage que nous désignons par le titre de Roman de Renart est une composition plus vaste que les autres; elle renferme plus de 30,000 vers de huit syllabes à rimes plates^ forme ordinaire pour les fabliaux et pour une grande partie du reste de la poésie narrative de la littérature de la France au moyen-âge. Le sujet, l'idée fondamentale, les principaux acteurs sont les mêmes que ceux des poëmes dont nous nous sommes entretenus. Les aventures du poëme latin et du poëme flamand se retrouvent en partie dans le français. Il y en a qui n*y sont pas, telles que celles d*Isengrim avec la truie et sa progéniture, du Reinardus, et celles du trésor du roi Ëimery, du miroir merveilleux , d'Isen-» grim avec le hideux sagouin (Meerbatze) du Reineke. L'étendue considérable de l'ouvrage
français nous montre assez qu'il doit contenir des aventures absolument étrangères aux deux auti'es compositions. Là où les sujets sont les mêmes, le récita Texposition et les détails diffèrent pourtant toujours plus ou moins.
Dans Reinardus et Reineke nous avons reconnu des compositions d'un ou de deux auteurs qui ont donné à ces poèmes de l'ensemble, de la suite, de l'unité. Il n'en est pas de même du Roman de Renart : c'est ici une agglomération de plus de trente ouvrages inégaux de longueur et de caractère, faits évidemment par différents auteurs, à des dates différentes, le plus souvent sans liaison ni transition, ni rien de ce qui forme un seul corps d'ouvrage, si ce n'est le sujet et le personnage principal. Un petit nombre des récits ayant quelque analogie de caractère, s'attachent l'un à l'autre par quelques mots de transition, par une certaine continuité d*action ; cependant ceux-là même ne se lient pas assez étroitement, et ne font pas, à proprement parler, des corps de poëme à part où une certaine action commence, se développe et s'achève. Le texte même nous désigne trois poètes : Pierre de Saint- Cloud, auteur du récit Cest de Renart et d'Y-sengrim et dou Lyon com il départirent la proie (onzième de l'édition de Méon); uns prestre de la
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Croix-eû-Brie, auteur du récit C'est de Vouvs et de Renart et dou vilain Liétart (vingt-ciuquième de Méon), et Richard de Lison, auteur du récit Comment Renart et Tiberz li Chaz chantèrent vespres et matines (vingt-huitième de Méon). Mais c'est là aussi k peu près tout ce que nous savons sur les auteurs du Roman de Renart. Il en est de cela comme de la plupart des fabliaux : les origines se perdent dans les traditions populaires» dans les contes bleus , les anecdotes familières du vulgaire. Plusieurs versificateurs se sont emparés des sujets, et les ont variés à leur gré à des époques diverses, en diverses contrées, et sans y attacher aucune prétention, aucun nom, aucune importance littéraire. C'est là la cause des nombreuses variantes de tous ces récits, et du défaut de notions sur les auteurs, sur les lieux et les temps auxquels elles sont dues. Bien qu'il soit in^possible d'indiquer nettement l'origine des divers récits, et que, dans la forme où nous les connaissons aujourd'hui, une grande partie ne soit que des versions postérieures de compositions plus anciennes, selon toute apparence la plupart des morceaux qui composent pour nous aujourd'hui le Roman de Renart datent du treizième siècle. Quelques uns pourraient bien être du douzième, d'autres sem-
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blent lie dater que du quatorzième. Tous appartienneut infailliblement et originairement au nord de la France, à la langue d'oil , à la littérature romane-wallonne, celle des trouvères.
Le mot ou nom de branche est adopté et employé pour désigner les divers récits dont se compose l'ensemble du roman. Cette dénomination, en efTi^t, est asseï significative par rapport à la nature du tout. Ici les diverses parties ne se rattachent pas comme les anneaux d'une chaîne, ne se suivent pas à la manière d'une rangée de perles retenues par un même fil, ne forment pas le développement successif et nécessaire d'une même idée, d'une narration unique comme les chants dans la conception d'un vrai poème épique : c'est bien plutôt un faisceau de contes qui tiennent à l'idée principale, au caractère prédominant, au sujet fondamental « comme les branches d'un buisson tiennent tontes à la racine ou au tronc commun, mais qui se divisent et s'écartent aussitôt librement et en grand nombre, qui se courbent, s'allongent et se développent avec des différences infinies, qui varient et qui se couvrent diversement de feuillages et de fleurs.
Le nom de branche est également employé par les versificateurs eux-mêmes et par les copistes qui ont ajouté les titres en tête des composi-
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lions, quand ils les ont réunies. Toutefois le mot de romaUf dans le vieux langage, ayant le sens général de conte ou récit, les rimeurs ont souvent intitulé roman chacune de leurs compositions particulières sur Renart, et en conséquence plusieurs des branches sont terminées par un eoh plidt ou par un ci fault li romanz de Renart. De cette façon, le titre général que les collecteurs des branches éparses, et nous-méme d'après eux avons attribué à la collection entière, a été d'abord celui de plusieurs de ces branches en particulier.
Le Roman de Renart a été conservé dans plusieurs manuscrits. Paris en possède au moins sept. Plus loin nous ferons de ces manuscrits Tobjet d'un examen particulier. Le titre général et la division par branche sont communs à tous ces manuscrits» mais tous ne contiennent pas un même nombre de branches; aucun n'est donc tout-à-fait complet, et aucun ne donne les branches dans le même ordre. Un assez grand nombre des branches commencent par des allocutions, des exhortations aux auditeurs. Les auteurs réclament, en termes précis, l'attention et promettent de l'amusement et de bons récits, nouveau témoignage de la manière dont ces poèmes étaient conçus et produits. Formant
des contes ou romans isolés et complets, ils fu* rent débités de vive voix par les trouvères euxmêmes ou par les jongleurs. Ce sont là encore des preuves de ce que démontrent d'ailleurs suffisamment la nature, le caractère et le contenu des diverses branches» à savdr que dès Torigine et pendant le douzième et le treizième rîècle on n'a nullement eu l'idée ni la prétention qu'il y eût un roman de Renart unique et formant un ensemble complet, et que la réunion des diverses et nombreuses branches éparses en un tout, ou pour mieux dire, en un seul et même livre, a été l'œuvre des versificateurs ou des copistes du quatorzième siècle.
Quelque original qu'il paraisse au premier abord, le Roman de Renarl n'a été imprimé pour la première fois que de nos jours, par les soins de M. Méon K C'est cette édition qui nous a servi principalement pour le présent travail , et pour le résumé que nous allons donner. Nous
* Le Roman du Renarl ^ publié diaprés les manuscrits de la Bibliothèque du Roi des treizième, quatorzième et quinzième siècles, par M. D. M. Méon, 3 toI. in-8*, Paris, 1826. L'édition a un quatrième volume contenant ie Couronnement de Renart et Renart le Nouvel, A cette publication il font encore Joindre : le Roman du Renart, Supplément ^ Variantes et Corrections, publiés diaprés les manuscrits de la j^bliothèque du Roi et de la Blbttothèque de l'Arsenal , par P. Ghabaille, in-S*. Paris, 1835.
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suivrous Tordre dans lequel Téditeur a rangé les branches, et quand nous désignerons quelque branche par un numéro d'ordre, ce sera celui de l'édition de Méon. De même que Méon a classé les branches à sa manière, et que les copistes des divers manuscrits ont agi chacun à la leur, de même Legrand d'Aussy * a proposé à sa guise encore un autre arrangement des branches entre elles.
Parmi les personnages, Renart et Ysengrin figurent ici, de même qu'ailleurs, conune acteurs principaux, avec le caractère, le naturel, aussi bien que les relations que nous leur connaissons. Dans plusieurs branches 9 l'un d'eux parait seul sans l'autre ; dans quelques unes leur inimitié semble, en apparence ou de bonne foi, changée eu amitié, de la part d' Ysengrin au moins. Souvent Renart est tancé, maltraité et jeté dans les plus grands embarras; mais presque toujours il triomphe, il l'emporte ou s'en tire du moins par sa ruse, son astuce, sa fourberie. L'élément erotique occupe assez de place dans un grand nombre des branches ; c'est l'expression du laisser-aller amoureux du moyenâge, c'est la gaité, le sans-gêne nàif des mœurs et
' Notices et extraits de la Bibiiothéque nationale^ etc., t. V, in-û*, p. 29Û. Paris, an VU.
du ton qui régnent dans la littérature des trouvères en général; toutefois, en maints endroits» cette gaité dégénère en licence, en grossièreté rebutante et en sale platitude.
Les diverses branches se distinguent très évidemment dans ce qu'on peut appeler leur caractère : les unes sont purement des fables ou apologues, selon la définition ordinaire de ce terme ; d'autres se font remarquer par une grande simplicité dans la narration, par Tempreinte toute naïve de ce qui appartient aux premiers siècles de la littérature du moyen-âge ; d'autres sont remplies d'allusions plus directes , d'imitations plus triviales de la vie journalière des hommes ; elles sont chamarrées des couleurs de la chevalerie; les animaux y montent à cheval, armés de cuirasse et de lance, parlent et agissent tous de la même manière et sans rester dans le naturel particulier de chacun d'eux. Ces branches-là, selon moi, sont les plus récentes , et ne remontent guère au-delà du quatorzième siècle, ou tout au plus à la fin du treizième ^
Les branches offrent des diQ*érences sensibles de ton, de style , de langue , conséquence et
' Nous renverrons volontiers encore une fois aux résumés et remarques de M. Gervinus, dans sa Gesehichle der poetischen National-LilUralur der Deuischen, th. 1-2.
preuve de la difTérence d'époques, de provinces et d'auteurs auxquels elles sont dues. Le récit, parfois long, diffus et fort prosaïque, est ordinairement facile, varié, plaisant, spirituel et assez fréquemment même très poétique.
Dans tous leurs dialogues, les animaux s'appellent par les noms propres d'Ysengrin, de Renart, de Primant, d'Hersent, de Noble, etc., et les noms génériques de Lion, de Leu, de 6orpil, etc., ne sont le plus souvent employés par les auteurs que quand ils parlent eux-mêmes des animaux à la troisième personne.
Nous allons maintenant présenter un exposé succinct du Roman de Renart , principalement d'après l'arrangement et l'édition de Méôn, de même que nous avons fait pour le Reinardus et le Reineke.