‹ Les Romans du Renard examinés, analysés et comparés d'après les textes manuscrits les plus anciens, les publications latines, flamanades, allemandes et françaises; précédes de renseignements généraux et accompagnés de notes et d'éclaircissements philologiques et littéraires;Chapitre 3 sur 84 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

nations , et voir mon ouvrage r^andu en différents pays, il a fallu que je me servisse d'une langue admise partout et familière à toutes les personnes instruites des diverses nations de l'Europe. Voilà en même temps mon motif d'avoir choisi le français, et mon excuse de m' être enhardi à parler une langue qui n'eU pas la mienne. Ne m' aveuglant point sur ma faiblesse et mes dtfauts, je m'exécute de bon gré, et je n'hésite pas à demander, à ceux dont j'ai osé emprunter la belle langue, indulgence et pardon pour tout ce qui pourra les blesser à cet égard. Obligé de renoncer à tout mérite de style, j'ai dû ne viser qu'à semer quelques notions et à présenter quelques observations critiques et littéraires.

Pour composer mon ouvrage j'ai profité des travaux et des lumières d'autrui ; aussi j'*ai eu constamment soin de renvoyer aux sources. De tous les auteurs auxquels je suis 'redevable d'instruction et de renseignements, aucun ne m'en a fourni autant et de plus précieux que M. J. Grimm; aussi je me plais à le reconnaître , à lui en présenter ici mes remerciements^ et à le prier d'agréer mes hommages.

Sorœ, enDanemarCy x*' décembre i8A3.

AUG. ROTIIE.

PRÉLIMINAIRES ET GÉlliRACX.

Soit sympathie ou antipathie , admiration ou mépris» familiarité ou crainte, de tous temps et en tous pays« le renard a fait une forte impression sur Vesprit humain, et le caractère frappant de cet animal est devenu un type auquel lliomme allude et compare sans cesse , et qu'il retrouve à tout moment parmi ses prochains et dans la société humaine. Il y a peu d'animaux dont le caractère se reflète malheureusement davantage parmi les hommes et les rappelle plus souvent à leur souvenir que le renard. Il n'est donc pas étonnant que de tous temps et en tous pays ridée du renard se présente dans les entretiens, les comparaisons, les fictions des hommes. Ce qui frappe l'œil et Tesprit de tous devient

facilement populaire ; le renard, bien que par des motifs différents , est également le commensal ou l'objet de poursuite du paysan et du seigneur. Aussi les fictions sur le renard ont toujours été la propriété de tout le monde, et partout elles ont passé à Tétat de traditions nationales et populaires. Mais ces traditions se sont formées et développées différemment selon le goût, le caractère, le sens poétique , Tétat ciyil et moral des nations ; voilà pourquoi elles ont dû se formuler autrement dans TOrient et dans la Grèce que dans TÂllemagne et dans la France, autrement dans Tantiquité reculée que dans le moyenâge ou dans les siècles plus modernes. En Orient, les fictions sur le renard ont, en grande partie, revêtu la forme lyrique : là, c'est Tapologue, là fable dans le sens restreint , comme forme et espèce , qui a dû prévaloir , conformément à Torganisation de la société et au caractère didactique et lyrique de toute I^ poésie de ces contrées. Bien que les nations de l'Europe occidentale aient généralement adopté Taiiblogue ou la

fable proprement dite comme un genre de prédilection , néanmoins, au moyen-âge , la poéâie narrative» pour ne pas dire épique, occupe une large place dans les littératures et les esprits de r Allemagne et de la France; et pendant ces siècles, et parmi ces nations douées de la force et de l'action, du mouvement et de la pétulance d*esprit, les fictions sur le renard se sont bien souvent formulées en récits régulièrement et facilement versifiés, tenaat tantôt de la vivacité

d'esprit et de la plaisanterie candide, tantôt des mœurs grossières ou élégamment chevaleresques de TEurope aux douzième, treizième et quatorzième siècles. Aussi, outre les nombreux apologues dont le i*enard fournit encore le sujet aux poètes de nos jours, au moyen-âge les Pays-Bas, rAUemagne et la France ont produit plusieurs poèmes narratlfe, ou épopées comiques assez étendues , dont le renard est le héros , le prin^* cipal personnage , et auxquels lia seul a imposé son nom. C'est ainsi que nous possédons et distinguons trois grands poèmes sur le renard et

portant son nom pour titre, c'est-à-dire un poëme latin, un poëme allemand et un poème français. Au nom même de Renart s'attache une particularité linguistique et peut-être historique assez curieuse. En français, le mot renard est aujourd'hui le nom appellatif, le nom commun qui désigne l'animal d'une certaine espèce, mais il n'en a pas toujours été ainsi; il n'en est pas ainsi non plus en aucune autre langue. Renard, Renart ou Regnard, nom propre, a ses analogues dans les autres langues» tels que Reinardus en latin, Reinaert en flamand, Rdnhart et Reineke en allemand, Reynard en anglais. Le nom commun de renard se traduit par vulpes en latin, volpe en italien , voss en hollandais , fox en anglaisi, fuchs en allemand , ràev en danois. Par métaphore, presque toutes les langues désignent certains animaux par des noms propres d'un usage fréquent dans la conversation et chez les poètes fabulistes : ainsi , en français, on appelle l'ours Martin , le singe Bertrand , la chatte Minette ; les Anglais disent Bruin pour l'ours , Jack pour

le singe, et iutitulent le renard Master Fox ; en danois, on dit Mikkel pour le renard. Mette pour la brebis, Mis et Mons pour le chat, Mads pour le bouc, mâle de la chèvre, etc. Dans les romans du renard, en quelque langue qu'ils soient, tous les animaux sont désignés tantôt par les noms communs de leur espèce , tantôt par des noms propres, qui souvent désignent un seul individu, mais qui parfois aussi ne s'emploient que collectivement et appliqués à l'espèce tout entière : tels Reinardus, Renart, Reineke, pour vulpes , renard , Fuclis ; Isengrimus , Ysengrin , pour lupus, loup, wolf; Tymer, Bemart, Boldewyn , pour l'âne ; Belin pour le bélier ; Tybert, Hinze, pour le chat; Coart, Lampe, pour le lièvre;

Roonel, Ryn, pour le gros chien; Cortois, Wackerlos , pour le petit chien ; Pinte , Krassefot , pom* la poule, etc. En général, le nom propre et individuel, tel que Noble, Renart, Ysengrin, est employé là où le poète et le poëme prennent le ton et le caractère épiques ; mais toutes les fois que les poètes , abandonnant la forme épique ,

se restreignent à l'apologue , à la fable universelle, ils ne se servent que des noms génériques des animaux , tels que lion , renard , loup , etc. C'est ainsi que, dans notre vieux roman en français, Renan n'est employé que comme nom propre, de même qu'Ysengrin, Noble, Hersent (la kmve), Fière ou Orgueilleuse (la lionne), etc.; mais toutes les fois qu'il s'agit de désigner l'animal, en tant qu'animal ou espèce, et non pas comme individu ou héros du récit , les auteurs emploient un nom commun dérivé du latin vu/^ pes, tels que gorpil, goupil, gorpiex; vulpil, vorpiex, etc. Dans la suite des temps , et lors du dévebppement et de la régularisation de la langue française, ces noms communs ont été entièrement abandonnés, et le mot renard, de nom propre qu'il était originairement, a passé à l'état de nom appellatif, et môme de seul nom appellatif de Tespèce d'animal en question. Sans doute ce personnage de Renarl, ce type de caractère et les fictions qui le concernent ont dû être extrêmement répandus pour

PRÉLIMINAIBES ET GÉNÉRAUX. 11

que, dans la suite, on ait entièrement oublié ou rejeté le nom commun de gorpil, et que Ton y ait substitué le seul nom propre de renard.

Les noms propres qui, dans le roman, sont donnés aux divers animaux, paraissent différemment motivés : les uns sont tout bonnement pris de quelque qualité intellectuelle ou physique de ranimai , tels que Brun , Tours ; Noble , le lion ; Hardi, Firapel (fier-appel ou fier-à-peau?), le léopard; Tardif, le limaçon; Malebranche (méchante race) , et Percehaie, les petits du renard; Bruiant, le taureau, etc.; les autres semblent avoir leur racine dans les termes de quelque dialecte ou de quelque autre langue, tels sont Ânes, le canard (de ana^); Cunin, Conin, Connil, le lapin (latin, cuniculus; allemand, karûchen; danois, kanin) ^ ; Hustin, le mâtin (le tapageur); d'autres encore semblent pris en Fair, à moins qu'il ne s'y trouve au fond quelque allusion historique ou sociale à des personnages vérita-

' Lapin a-t-il été un nom propre comme Renart? ou fauUil le 'dériver du latin lepus, ou autrement?

bles, opinion fort discutée et vivement contestée \ tels que Rufanus, le lion; Tybert, le chat; Karchofes, l'àne; Hçrsent, Giremot, la louve; Hermeline, la femelle du renard ; Hubert, Huans, Huart, le milan; Tiercelin, Rohart, le corbeau; Rainsaut, la jument; Beaucent, le sanglier; Frobert, le grillon, etc.^

Les noms de Renart (Reinardus, Reineke) et d'Ysengrin sont constamment les mêmes dans tous les poëmes et dans toutes les parties de ceux-ci, à quelques variantes d*orthographe près. La plupart des autres animaux conservent également, dans les divers poëmes, les noms propres une fois adoptés ; mais pour eux cependant les noms varient quelquefois dans les différentes parties du même poëme et dans les

' Sans doate cette opinion est fondée en plusienrs points et endroits de détail, mais eUe ne saurait être soutenue dans la généralité qu'ont voulu lui donner Eckard, Moue et d'autres, ni dans le cas où Ton irait jusqu'à prétendre que tout le poème renferme une allusion complète à une certaine époque historique entière.

* CL Reinhart Fuchs, von Jacob Grimm. Berlin, i83/i, 8% p. GGXXii etc., GCL etc.

PRÉLIMINAIRES ET GélfÉRAUX. 13

langues différentes. C'est ainsi , par exemple , que dans le poème français, Tàne est appelé tantôt Tymer, tantôt Bernard, tantôt Froment, et dans Fallemand , Boldewyn ; Hermeline est appelée Erme, Richout, Richeux; le gros chien, tantôt Roonel, Rooniax, tantôt Morout, et dans l'allemand, Ryn; la lionne, tantôt Fière, tantôt Orgueilleuse; le blaireau, Grimbert, et ailleurs Poncet ; le singe, Cointeriaus et Martin, etc. ^

D'après ce que nous venons de voir, on pour^ rait sans doute aujourd'hui parler du roman du Renard comme sujet des fictions du moyen-âge ; mais quand il s'agit d'indiquer le titre de l'ancien poëmct il faut nécessairement appeler celui-ci Roman de Benart , puisqu'ici Renart est

' Dans Le Benard oa le Procez des Bestes (Bruxelles, 1739, traduction libre du texte attribué à H. d'Alkmar), les noms sont donnés on peu différemment et arbitrairement : le loup, Glouton ; le renard, Trigandin ; le lièvre. Rouget ; le coq, Gozille; la poule, Copette ; Tours, Grosbrun, etc. Du reste, cette traduction en prose n'a rien de particulier ni de remarquable. De pareils changements arbitraires de quelques noms se retrouvent dans presque toutes les traductions ; ils ne tiennent qu'à des particularités de langue dans les différents pays.

censé être un nom propre et non pas un nom appellatif. On commettra une en^eur en confondant ces deux termes , car ils expriment deux choses différentes « .

Dans tous ces poëmes , Renart joue le principal rôle : Renart, c'est Tesprit, l'adresse, la ruse personnifiée, quelquefois la plaisanterie et le comique, mais le plus souvent Tastuce sans conscience, sans scrupule ni remords; de plus c'est la méchanceté et la luxure, traits qui tous se réunissent pour former le caractère et les attributs du renard. C'est là un type intellectuel, moral et physique, qui se retrouve malheureusement parmi les hommes, que tous méprisent et proclament odieux, mais auquel cependant la plupart cèdent et succombent bon gré mal gré, et par lequel se laisse souvent fasciner et séduire ce qu'il devrait y avoir de plus noble et de plus beau. Aussi voilà pourquoi les

* Cependant Méon , dans son édition , a intitulé l'ouvrage Roman du Renarl, et, à la vérité, Tirrégnlarité des manuscrits peut autoriser cet usage.

PRÉiUflNAIRES ET GÉNÉRAUX. lÔ

autres animaux prodiguent au renard les épithètes de pute-bête^ vilain, etc.» lui sont presque tous hostiles* et ne fléchissent que de bien mauvais gré devant sa supériorité usurpée et perfide. Néanmoins la lionne et la léoparde, aussi bien que la louve» lui accordent leurs faveurs et leurs bonnes grâces. Dans le Roman de Re-nart, ce personnage prédomine et triomphe dé«finitivement ; cependant il ne faut pas croire qu'il sorte en vainqueur de chacune de ses aventures , de chacune de ses rencontres avec les autres animaux ; bien souvent il se trouve dupé et fort maltraité, et ce n'est pas exclusivement la force physique et brutale qui l'emporte sur lui; plusieurs fois même ce sont les précautions, Tadresse, le bon sens des autres acteurs du drame qui lui font manquer son but ou même le font tomber dans des pièges, des embarras qu'il n'a pas prévus, dont il ne se tire qu'à grand' peine et aux dépens de sa peau.

Le plus fameux personnage après Renart, c'est Ysengrin, le loup. Ysengrin, c'est la force,

mais la force brutale unie à la maladresse, à la stupidité, à la voracité gloutonne. Cette force est redoutable, lorsque la colère Texcite ; aussi Renart la redoute et y succombe quelquefois; mais le plus souvent il s*en moque, triomphe d'Ysengrin, le trompe et lui attire de très fâcheuses affaires^ Renart et Ysengrin sont censés être parents ; Ysengrin est Toncle de Renart , quelquefois aussi ce n'est qu'un compérage. Toutefois, ce titre de compère que Renart donne à Ysengrin, ne se trouve guère confondu avec celui d'oncle, et les branches où il prévaut se distinguent même par là, de manière à faire naître la supposition qu'elles ont eu d'autres auteurs que le reste, et qu'elles n'ont pas d'abord fait partie des poëmes où le titre d'oncle et les relalions de parenté ont prévalu. Ysengrin n'est pas un personnage aussi essentiel et aussi important que Renart ; il y a des branches où il ne parait pas du tout ; il y en a d'autres où il ne joue qu'un rôle secondaire, peu éminent, peu distingué; dans quelques branches

il est remplacé par son frère Primant, qui , du reste, fait un personnage absolument analogue- Néanmoins Ysengrin est constamment un type principal et invariable ; toujours il commence ou finit par être la dupe de Renart ; toujours Tamitié ou la paix apparente entre Ysengrin et Renart est feinte ou passagère.

Hersent, la louve, parait très souvent dans nos poèmes; mais, de même qu'Ermeline, la femelle de Renart , elle y parait plutôt comme machine que conmie personnage agissant. Mattresse lubrique du vilain Renart, elle n'est guère que le sujet perpétuel de la honte, des mésaventures et du déplaisir d'Ysengrin, ainsi que de là guerre acharnée et de la haine mortelle entre Renart et Ysengrin.

Noble , le lion , roi des animaux, figure sans doute encore en première ligne parmi les acteuré du drame ; aussi son caractère et son rôle sont assez bien soutenus, et ne manquent point d'unité ; mais c^est plutôt le portrait assez fidèle d'un personnage de la société humaine et de

TorgaiiisatioD civile, que le type moral d'un caractère humain. En conséquence, Noble n'est pas non plus un personnage essentiel au poëme comme le sont Renart et Ysengrin ; aussi y a-t-il des parties où Noble ne parait point du tout et où sa figure serait tout-à-fait déplacée. Dans les branches essentiellement comiques et anecdotiques, qui retracent le plus immédiatement les types du caractère et de la vie des hommes, par les tours et les rencontres de Renart et d'Ysengrin ; dans ces branches, il n'est pas question de Noble, le lion, ou bien il n'en est question qu'accidentellement, et sa personne y ferait disparate. On ne peut s'empêcher de remarquer que le lion, cet habitant du midi, des pays chauds, du désert, se trouve singulièrement déplacé au milieu des animaux de l'Europe. Aussi, Brun, Tours, appartenant en propre à la famille des animaux européens , semble quelquefois remplacer Noble en sa qualité de roi , et occupe constamment un des premiers rangs dans la hiérarchie des acteurs du Roman de

Renart. Lorsque les poètes se sont écartés plus ou moins de la simplicité de la nature et de la vie animale , et de la pureté du caractère d'animal , et qu'ils se sont appliqués à tracer un tableau de la hiérarchie sociale, de l'organisation civile, des relations publiques et privées parmi les hommes , là Noble , le lion , le roi , se trouve plus naturellement y plus convenablement , plus essentiellement à sa place; et ceci s'applique encore dans toute son étendue aux parties du roman qui prennent plus ou moins la couleur d'un roman de chevalerie, et sont moins un portrait spirituel , satirique et universel de l'humanité, qu'un calque spécial de la vie chevaleresque et guerrière d'une classe des habitants de quelques pays de l'Europe au moyen-âge. Il n'y a pas de doute que le roi Noble n'ait des modèles et des originaux parmi les monarques de la pauvre humanité. En quelques cas exceptionnels, à la vérité, tels que l'aventui'e du partage , où ce roi se fait adjuger toute la proie à lui-même, à son épouse et à leur enfant, il

use de sa force et fait réellement le puissant ; mais du reste ^ ce roi Noble est un assez triste sire, que maître Renart joue et mène par le nez tout à sa guise. Sous les yeux du roi , Renart fait sa cour à la lionne, et celle-ci parait empressée de lui accorder ses bonnes grâces. Le lion veut faire sa maltresse de la léoparde, mais Renart va jouir de ses faveurs , et laisse le roi se niorfondre à la porte. Noble ne semble figurer dans le roman que pour accueillir les plaintes des autres animaux contre Renart , pour prononcer sur leurs différends, pour servir d'intermédiaire entre Renart et Ysengrin , pour juger et faire punir celui-là. Noble se met dans de grandes colères, profère de terribles menaces et lance des arrêts foudroyants ; mais en définitive il cède et se radoucit toujours. Renart le persuade et le berne continuellement, et échappe toujours aux arrêts de mort prononcés contre lui. Noble, jaloux de sa dignité , emploie constamment de grands mots, et fait sonner bien haut son rang et son autorité; mais quant aux

PRÉLlMINAinES ET GÉNÉRAUX. 21

actions il est niais et débonnaire, et cette force^ cette puissance d'apparat n'agissant jamais, finit toujours par succomber ou céder à la prudence, à l'esprit, à l'adresse, à l'astuce de Renart. Il semble donc que le lion ne soit là que pour servir de rouage dans la machine , et de relief à Renart ; Noble n'est pas rendu ostensiblement ridicule comme Ysengrin, mais il fait hausser les épaules et sourire de pitié, de mépris ou d'indignation.

En appliquant au personnage de Renart les mots d'adresse, d'astuce et de méchanceté, nous avons désigné jusqu'à un certain point le caractère et le ton du poëme sur Renart. Toutefois, les nombreuses et longues compositions sur ce sujet forment une épopée tellement vaste et variée qu'elle renferme pour ainsi dire quelque chose de tout, et qu'elle diffère beaucoup en plusieurs points : il y a des parties tellement sérieuses qu'elles semblent tenir de la gravité de la haute épopée ou bien du savoir scolastique ; il y en a qui sont purement plaisantes et diver-

tissantes sans aucune allusion ni application immédiate de morale ou d'instruction ; il y en a qui renferment une satire mordante et directe, applicable à certaines classes de la société, à certaines relations ou à ceilains individus ; il y en a d'autres où la satire est générale et souvent moins amère , ou bien dans lesquelles une ironie universelle , quelquefois assez douce , assez spirituelle, inspire le poète, anime le récit, et lui donne un charme naïf et un attrait particulier et caractéristique, par exemple, quand le coq, emporté par le renard, jase tant et flatte si bien sa vanité qu'il lui fait ouvrir la gueule, et s'échappe aussitôt ; quand la poule est canonisée, et que le lièvre, en dormant sur sa tombe, guérit par miracle de la fièvre que la peur lui a fait gagner.

On ne saurait disconvenir qu'il n'y ait çà et là 9 dans les poëmes sur le renard , des allusions plus ou moins claires, plus ou moins directes à des personnages et à des événements historiques. Use peut, par exemple, que dans le

poëme latin de Reinardus, Bernard» le bélier, et dans le Benart français, Tàne Bernard, Tarchiprêtre, en quelques endroits, soit la caricature de saint Bernard de Clairvaux ou de quelque autre fameux ecclésiastique. Il est formellement question des moines blancs et noirs^ bénédictins etaugustins ou cisterciens, de templiers et d'hospitaliers, de princes et d'événements historiques du treizième et du quatorzième siècle. Remarquons toutefois que ces allusions ou désignations positives sont le plus fréquentes, le plus suivies, le plus évidentes dans les poèmes français, tels que le Couronnement de Benart, Benart-le- Nouvel, Benart'le- Contre fait , décidément du treizième et du quatorzième siècle et postérieurs à d'autres, et que plus les poèmes sont récents, plus les allusions et les désignations y sont précises et répétées ; mais dès lors aussi ces ouvrages perdent de plus en plus la douceur et l'universalité de l'ironie, le ton de simplicité et de plaisanterie naïve.

A certaines époques, quelques littérateurs

distingués ont voulu voir dans le Roman de Renart Tensemble d'un tableau historique complet d'une certaine période et de certaines relations politiques. Eckardt, ne connaissant et n'examinant guère que le Reineke Fuchs allemand de 1498, prétendit faire d'Ysengrin le roi Zventebold (Syetopolk) de Bohème, fils de l'empereur Âmoulf, et de Renart un comte Réginhard ou Reynier (Reinhard) d'Àustrasie, etc. 9 en déduisit toute une filiation hypothétique , qui n'a pas plus de fondement dans l'histoire que dans la nature d^une poésie telle que celle des romans du l'enard. Mone, en publiant pour la première fois le poëme latin de Reinardus VtUpes^ adopta l'hypothèse d'Ëckardt, et renchérit encore sur ses prédécesseurs : il veut que son poëme ait été écrit en partie au neuvième siècle, en partie au douzième, et qu'il contienne de plus des interpolations postérieures; il fait du renard le duc Réginhard ou Reynier du Hainaut; dans Rufanus il trouve l'anagramme de l'empereur Ârnoulf (Aruulfus) ; il désigne dans les divers

pays des soi-disant originaux de tous les personnages et de tous les noms propres du poème» et il prétend par conséquent faire regarder celuici comme une allusion ou satire toute personnelle, locale et contemporaine d'un bout à Fautre. Tout cela, au premier abord, parait fort spécieux; mais Téchafaudage tombe devant un examen approfondi et une saine critique ; aussiGottschedS qui du reste expose lui-même une autre supposition, Raynouard^, Grimm^ et d'autres ont complètement réfuté les hypothèses d'Eckardt et de Moue» et Henri d'Alcmar luï-méme (?), ainsi que ses traducteurs et imitateurs, ont eu soin d'assurer et de répéter à dessein, dans les préfaces et dans les observations intercalées entre les chants et chapitres, que le poème est une peinture générale du monde et de tous les états, et que dans cet ouvrage on n'a voulu blesser

* Heinrichs von Alcmar Reineke der Fuchs^ Leipzic, 1752, in-û% p. 26.

' Journal des Savants^ juillet 1836.

' Reinhart Fuchs, p. cii, p. ggli.

personne, ni attaquer, ni railler qui que ce soit individuellement ' .

L'Orient, l'antiquité grecque, l'Europe, telle qu'elle naissait à lachute derennpire romain d'Occident, nous l'avons dit, ont adopté le renard comme sujet de leurs fictions, comme modèle naturel du caractère malheureusement trop fréquent parmi les hommes ; ils en ont fait un type constant qui, dans les poésies les plus populaires, revêt des formes tant soit peu différentes, et se montre le plus souvent comme dérision, plaisanterie ou ironie universelle du genre humain , et quelquefois comme allusion spéciale plus ou moins remplie de satire et d'amertume *. Il n'entre point dans notre plan de rechercher ou d'examiner les productions des pays lointains et des siècles reculés ; aussi, après en avoir constaté l'existence, nous ne nous en occuperons plus ici.

* Voyez Gottsched, Préface de Nicolas Baunuinn : « Doch will ich mit dieser Ârbeit niemand ins besondere angetastet, verunglimpfet oder geschmahet haben. n

* Reinhart Fuch$ de Grimm, p. cglix.

Pendant le moyen-âge de l'Europe ( et par moyen-âge nous ne comprendrons, dans le cours du travail actuel, que les douzième-quinzième siècles) , les hommes se trouvaient divisés en trois clauses : le monde savant et scolastique » la société seigneuriale et féodale , les serfs et vilains sans instruction, ni liberté, ni urbanité, ni élégance de mœurs. Au monde scolastique le savoii*, le latin et toute la vaste littérature latine antérieure et contemporaine. Â la société, à la puissance mondaine^ les poésies en langue du pays, poésie lyrique, chevaleresque et amoureuse, telle que les troubadours en fournissent Texemple, et de plus, une large part dans la poésie narrative et légère, où règne la gaieté spirituelle, la simplicité de forme et de bon sens, la plaisanterie ironique et candide, mordante ou grossière, qui participent du caractère et de la position de la masse du peuple, qui mettent le cachet de la popularité à ses productions naïves ou ingénieuses, et qui les font vivre long-temps et les sauvent du naufrage commun des produc-

lions littéraires qui n'ont point de racines dans la sublimité de Tinspiration ou dans les entrailles des peuples.

Pendant le moyen-âge, la manie de composer, chez ceux qui ne savaient que composer et chanter, celle de composer et d'écrire, chez ceux qui étaient capables d'écrire , était proportionnellement aussi forte et aussi générale qu'aujoui^ d'hui. Le monde scolastique rimait en latin tout autant que le monde profane et vulgaire en langue du pays : tout était bon pour être versifié ; on mit eu vers latins non seulement Thistoire des peuples, des institutions, des hommes et des femmes, mais la Bible, la discipline monastique, la jurisprudence , l'astronomie , la minéralogie , la géographie, la chasse, la vie des animaux, etc. Les poètes des peuples proprement dits et des langues vulgaires ne s'élevaient pas jusqu'aux objets consacrés par le soufQe sanctifiant du scolasticisme et du latinisme ; maïs le naturel et la vie des animaux leur fournissaient d'heureuses couleurs pour leurs portraits de mœurs hu-

maines, souvent spirituels, animés, frappants de yérité et de ressemblance, et pour leurs récits quelquefois tout simplement naïfs, comiques et amusants. Le temps, les travaux patietits des religieux et des clercs, ainsi que les traditions populaires ont fait survivre bon nombre de ces compositions sur la vie des animaux, compositions qui portent bien évidemment le cachet et la couleur du temps et des pays qui les ont fait naître. Bien que ces compositions n'aient pas été toutes imprimées, on en connaît un bon nombre, et il serait facile d'en produire aujourd'hui un recueil assez considérable, tant en latin qu'en langues vulgaires. Je ne citerai ici comme exemples qu'Isengrimus , de 688 vers, Pœnitentiarius, de 387 vers, des Hundes Not, de 292 vers, Baldevin, de 126 vers ( qui se trouvent avec bien d'autres dans l'excellent ouvrage déjà cité de J. Grimm ), de l'Aiidoille qui fui juye es Marelles, de 130 vers; Renart le Bestourné, de 162 vers (et d'autres, dans le Roman dû Renartf supplément, variantes et corrections, par

P. Chabaille, Paris, 1835, in-8o), du Vilein qui dona ses bues (bœufs) au lou, de 108 vers (dans les Fabliaux et Contes de Barbazau , édition de Méon, Paris, 1808, vol. 2, p. 144), et le dit de la Queue de Renart, en vingt-quatre couplets de huit vers chacun (dans les Contes^ Dits et Fabliaux de A. Jubinal, Paris> 1842, vol. 2, p. 88). Comme je n'ai pas non plus l'intention d'énumérer, de recueillir et de faire connaître en détail tous ces petits poëmes en latin, en dialectes allemands^ flamands et français, après en avoir ici constaté l'existence et le caractère, nous passerons à ce qui doit faire plus immédiatement le sujet du présent travail, c'est-à-dire aux trois grands poëmes latin, allemand et français, que dorénavant nous désignerons simplement par les trois titres différents de Reinardus Vulpes, Beineke Fuchs et Roman de Renart *.

Dans les littératures du midi de l'Europe, la

' GeschichU der poetischen National - LilUratur det DeuUchen^ von Gervinus, 1*' Theil, Leipzig, 1835, p. 102- 123, Uti^-^ei; 2* Theil, Leipzig, 1836, p. 402-^10; 3* Theil, Leipzig, 1838.

fable du renard n'a été que peu répandue et n*a guère fourni le sujet de compositions originales; elle n'y a pas été populaire. Dans la littérature provençale, par exemple» des allusions et des citations assez fréquentes des noms d'Ysengrin et de Renart prouvent sans doute que les troubadours ont connu le roman du. renard; mais il ne parait pas probable qu'ils aient écrit ou possédé aucun poëme original sur ce sujet. Peut-être cette sorte d'esprit, de plaisanterie et de satire dont le renard est le type, convientelle moins à ces littératures sentimentales, retentit-elle moins bien aux oreilles musicales, trouve-t-elle moins de sympathie dans le caractère romanesque de ces nations. Dans les pays du nord et de l'est de l'Europe, il y a, et l'on découvre chaque jour d'anciennes fables et contes sur le renard; mais là encore ces fables du renard sont en plus petit nombre, paraissent avoir été moins répandues, moins vulgaires, ont pris moins de consistance ; elles n'ont point été rassemblées en corps d'ouvrage et pour ainsi dire eh

épopée comique et populaire. C'est donc particulièrement dans les pays limitrophes au nord de la France et au sud de rÂllemagne> qu'appartiennent les grands et nombreux poèmes populaires sur le renard dont nous allons nous entretenir.

Sans doute les longs poèmes de Reinaittus ^ de Reineke et surtout celui de Renart , sont nés à peu près comme les longs romans de chevalerie , les grandes épopées nationales ; ils ont été le produit , non pas d'une création spontanée , mais d'un travail lent et successif. D'abord il y a eu des anecdotes, des fictions ou bien des actions et des événements véritables, qui ont passé traditionnellement d'homme à homme , de génération à génération; puis ces traditions brodées , enrichies ou défigurées par l'imagination des poètes ou par la sottise de conteurs ignorants, ont été couchées par écrit , versifiées ou non , en latin ou en langage vulgaire , et enfin des poètes instruits et laborieux en ont réuni plusieurs pour former un tout, en ont composé

de longs récits en vers ou en prose^ en un mot , des romans.

 juger d'après ce que nous connaissons aujourd'hui 9 la France a dû avoir dans sa littérature le plus grand nombre de fables^ de fictions, de récits graves ou plaisants sur le renard «t d'autres animaux ; mais la latinité et FÂUemagne (les Pays-Bas, la Flandre) ont mieux réuni les compositions de ce cycle en un tout ^ de forme épique ^ avec unité 9 étendue et suite dans les événements et les récits ^

Le poëme latin de Reinardus Vulpes a été fait dans la seconde moitié du douzième siècle, mais jusqu'ici on a peu de notions sui* Tauteur ou les auteurs et les origines. Le Roman de Renart eu français , tel que nous le possédons aujourd'buii parait dater du treizième et du quâtor-

* Répétons encore qa^n ne s^agit ici que des donzième-qninlième rièdes, et qa^ea pariant de la Fraaee nous ne comprenons que le nord de la France, la littérature des trouTères et de la langae d^oll; car le Roman de Renart n^appartient nullement à la littérature provençale, celle des troubadours et delà langae d'oc, où il ne s'en trouve que des traces éparses, peu importantes et peu concluantes.

34 REMSEIGNEMRIVTS

zième siècle. Les noms de cinq ou six auteurs s*y attachent ; mais bien certainement il est l'œuvre d'un plus grand nombre. On a les plus fortes raisons de croire qu'il y a eu des poèmes analogues en français composés plus d*un siècle auparavant ; mais ces compositions primitives nous sont inconnues, ou, pour mieux dire, il est impossible pour nous de démêler si plusieurs des branches aujourd'hui réunies dans les mêmes manuscrits, et transcrites par les copistes du treizième ou du quatorzième siècle, comme formant ensemble le Roman de Renarty n'ont pas été composées et répandues depuis le commencement du douzième siècle ou même antérieurement. Plusieurs des troubadours qui ont fait mention de Renart et d'Ysengrin ayant vécu au douzième siècle, attestent par là même l'existence et la vogue de poèmes sur ce sujet , antérieurement à leurs propres poésies. Le Reineke FiÂchs allemand , ou pour mieux dire , en vieux saxon , ne date , pour le public d'aujourd'hui , que de la iin du quinzième siècle (1498). On

ne sait à qui est due la gloire de cette publication. C'est de ce texte qu'il a été fait non seulement de nombreuses éditions en Allemagne, mais aussi diverses traductions et éditions en d'autres langues^ telles qu'en allemand moderne, en latin, en hébreu , en anglais , en français, en danois^ etc *.

Plusieurs des aventures du renard et des autres animaux se trouvent également dans deux ou trois des textes latin, français et allemand, racontées de la même manière ou avec des variantes plus ou moins distinctes, et dans les trois textes les principaux acteurs sont les mêmes , sont appelés et caractérisés à peu près de même; mais aucun des trois textes de Reinardus , Renart et Reineke n'est absolument semblable aux autres ; chacun renferme des aventures ou récits qui lui sont propres, et ils forment trois poèmes bien distincts et tout-à-fait indépendants.

' D' Schalier, Reinke de Fos fan Hinreh fan Àlkmer^ 2' édit, Brunswick, 1835, p. iv. •— Gottsched, Einleitung^ p. /i3. — Grimm, p. glxxviii.

36 REMSEIGIfBHEIfTS PRÉLIMINAIEES ET GÉNÉRAUX.

Nous allons donner ici un résumé du contenu de chacun de ces trois poèmes , ce qui formera môme le su^et principal du présent travail» et à mesure que Toccasion s'en présentera 9 ou bien à la suite, nous y joindrons les dévelqppements, les remarques et les éclaircissements que nous jugerons encore convenables pour notre but ac* tuel.

REINARDUS.

G. Grimm (p. LYII et p. i) nous a fait connaître un vieux poème d* Isengrimus en latin^ de 688 vars, contenant deux récits, Tun sur la maladie du roi et sur sa guérison par les conseils de Renart et aux depuis d^Ysengrin, que Ton dépouille de sa peau pour en couvrir le lion ma^* lade et le faire transpirer; l'autre sur le pèlerinage projeté de la chèvre Bertiliana, qui se fait accompagner par d'autres animaux. Renart, qui est de la compagnie, les sauve d'un vieux loup en affectant de le régaler de la tête d'un loup qu'ils ont trouvé pendu, et en prétendant couper la tête à tous oeux qui vimnent les attacjuer. Grimm a'a pas découvert Tauteur de ee poème, mais il croit celui-ci écrit au commencement du douzième siècle, dans la Basse-Flandre (Sudflandern, l'Artois). Les avontures racontées ici

38 REIM ARDUS.

rentrent, bien qu'avec quelques variantes qui en prouvent l'indépendance, dans le poëme latin beaucoup plus étendu de Reinardus, de 6,600 vers, dont Mone a publié le texte pour la première fois en 1832, et qui, composé dans la Haute-Flandre , date sans doute également du douzième siècle, mais seulement du milieu de ce siècle, ou d'une cinquantaine d'années après risengrimus ^ . Sans doute les auteurs de l'un et l'autre poème n'ont inventé que très peu ; ils ont puisé leurs sujets dans des poëmes antérieurs , probablement même dans des compositions ou traditions françaises^, dont nous fondons l'existence sur les allusions des troubadours du douzième siècle, et sur.les emprunts évidents et incontestables, faits aux poëmes de ce siècle en flamand et en allemand. Bien que le nom de Tauteur, la date et le lieu de la composition ne soient pas nettement désignés dans le poëme même ni ailleurs, les indications de

' Reinardus Vulpes. Carmen epicum seculis IX et XII conscriptiim. Ad fidemcodd. rnss. edidit et adnotationibus illustra- ▼it Fr. J. Mone. Stuttgardis et Tubingae. Cotta, 1832, in-8^ Il faut bien se garder de confondi-e cet ouvrage avec la traduction latine du po€me de Reineke faite par Ilautmann Scbopper (Francfort, 1567), et intitulé : Spéculum vitae aulicae de admirabili fallacia et astutia vulpecula Reinika libri quatuor, etc.

* Grimm, p. lxxvu, lxxx, etc., cxvi et ccxxvii.

REINARDU^. 39

localités, de personnes et de faî^s historiques contemporains qui s'y trouvent suffisent pour établir la date ci-dessus mentionnée, et pour faire supposer que l'auteur était flamand, peuts étre même un religieux bénédictin de Gand ou des environs de cette ville. Les lieux de la scène sont ceux de la Flandre et des parties voisines de la France, tels que Gand, Lens, Arras, Tournay, Reims, Ëtampes, Cluny, Clairvaux, l'Escaut, la Meuse, etc.

Quel qu'ait été Tauteur, il ne laisse pas de mériter le titre de poète et un rang distingué parmi les écrivains latins de son siècle ; il a fait preuve d'instruction, d'esprit et d'imagination ; son récit est assez animé , et ses dialogues sont assez bien conduits.

Quant à l'étendue et à la division du texte, la somme totale des vers varie un peu dans les trois manuscrits connus, dont M. Mone s'est servi, et les divisions ne sont pas non plus les mêmes, bien que ces petites modifications n'entraînent aucune différence dans le récit. L'un des manuscrits établit six livres, les deux autres n'en font que quatre ; l'un partage le poëme en vingt-quatre fables ou exemples; Grimm, dans son résumé , réduit le tout à douze. La division suivante, adoptée pour Timpressiou, est de qua-

40 R^lMÀRDLS.

tre livres contjpnant un nombre différent de fables :

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