‹ Les Roses de M. de Malesherbes, vaudeville en un acteChapitre 8 sur 20 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M. DEMALESHEREES, LUCETTE. Ils entrent en causant.

Ah! Monseigneur , je suis perdue si vous n'avez pitié de moi.

M. DE MA.LESHERBES.

Venez, venez, mon enfant, et apprenez-moi la cause (te votre chagrin.

LUCETTE

Monseigneur , vous allez tout savoir.

Air : Ah! vous avez des droits superbes.

En allant fêter ma marraine ,

Via qu'en route j'perds mon bouquet ,

Pour l'remplacer étant en peine,

J'cueillis un'ros1 dans ce bosquet j

De mon chagrin voilà la cauw : ^

J'oubliai , voyez quel malheur !

Qu'seul ici à? cueillir chaque rose 1 j •

Vous avez le droit, Monseigneur. /

M. DE MA.LESHERBE , à part.

C'est un droit dont je n'use guère.

LUCETTE

Même air.

Je dois l'avouer , je suis ben coupable,,

Et dans vous seul j'mets mon espoir.

On dit que , bon et secourable ,

Vous avez ici queuqu'pouvoir :

Des droits qu'vous donne votre place,

A mon avis le plus flatteur ,

C'est que vous pouvez faire grâce. "» 1 •

Ah! le joli droit du seigneur ! i

Vous faire grâce ; mais je ne vous comprends pas.

LUCETTE

C'est que voyez-vous, Monseigneur, ce méchant Duprés était là ; il m'a vue cueillir une rose de votr'bosquet , il l'a dit à tout le village, et personne ne veut plus me regarder.

On a grand tort. Mais après tout , prendre une rose n1est pas %m si grand crime.

LUCETTE

Queuqu' fois , Monseigneur , queuqu' fois.

Mais comment se fait-il que pour si peu de chose tout le village soit ainsi courroucé contre vous?... Expliquez-moi cela

LUCETTE

Vous saurez donc, Monseigneur, qu'vous ayant vu planter et soigner vous-même ces beaux rosiers , les habitans de c'village ont dit : Il faut prouver à celui qui répand chaqu'jour tant de bienfaits parmi nous , qu'il n'a pas affaire à des ingrats , et puisqu'il se plaît tant à cultiver ses fleurs, il faut l'aider sans qu'il s'en doute.

M. DE MALESHERBES , à part.

Les braves gens î Ah ! je ne m'étonne plus si mes rosiers sont aussi beaux!

lucette , continuant.

Alors, Monseigneur, on chargea de ce soin toutes les jeunes filles, ben persuadé qu'ça n'vous déplairait pas si vous l'saviez un jour, etellessont temXes , chacune à leur tour, d'arroser ces fleurs ; mais elles ne peuvent en cueillir une , sous peine de rester un an sans danser.

Et vous trouvez la punition trop forte, n'est-ce pas?

LUCETTE

Pendant un an Blaisot n'pourra pas s'passer d'danser , dans'ra avec d'autres, et moi, Monseigneur, j'en mourrai d'chagrin ; si ben qu'j'ai conté ça à ma marraine, qui m'a donné l'conseil d'm'adrejser à vous : g'n'y'a que c'brave homme-là , m'a-t-eile dit, qui puisse te faire obtenir ton pardon, vas l'i-rouver , il t'arrangera ça. J'sommes partie tout d'suite, et me v'ia,, Monseigneur.

air du Vaudeville de Turenne.

Il ne s'agit que d'une rose , Ma belle enfant , comptez sur moi; Helas ! i'ai plaidé mainte cause Plus difficile, sur nia foi.

Quand j'obtiens votre confiance , Combien je dois être flatté ; J'aime à protéger la beauté, J'ai aie à défendre Piim^ceuce.

LUCETTE

Eh bien ! défendez-moi , Monseigneur.

Soyez tranquille , je ferai votre paix avec tout le monde. Ne doit-on pas danser ici ce soir ?

LUCETTE

Danser ? ( Soupirant. ) Oui , Monseigneur.

Eh bien ! j'y viendrai ; je n'y danserai pas, je ferai mieux , je plaiderai votre cause et je la gagnerai. Air de Ponce de Léon»

Soyez tranquille , mon enfant , Je serai bien éloquent Pour prouver votre innocence ; Oui , nous aurons un plein succès , Vous gagnerez ce procès*, )

Ayez en moi confiance}

Mais du silence :

J'ai l'assurance

Que mon appui Peut vous être utile aujourd'hui.

Allons , bannissez tout effroi , Conservez espoir et courage , Ce jour se passera , je crois ,

Et sans orage. Il est peu de médians , sans doute , en ce pays ?

LUCETTE

A la quantité près , c'est tout comme à Paris.

Àh ! que me dites-vous là ? Mais allez vous préparer pour la fête.

lucette , avec joie.

Pour la fête I (

Oui; j'aime à croire que vous y danserez. lucette, de même.

J'y danserai, Monseigneur !, {Avec respect.} Ah! que de

bontés !

Elles ne se borneront pas là. Grâces à vos soins , à ceux de vos aimables compagnes, ma solitude me devient plus chère de jour en jour ! Aussi je me promets bien de la visiter le plus souvent que je le pourrai. Au milieu de vous, je parviendrai plus aisément, à adoucir vos peines; et si quelque mariage assorti par le cœur ne pouvait se faire par disproportion de fortune, je saurai tout concilier.

lucette , insênutnent.

Ah ! Monseigneur ne manquera pas d'occupation ; et moi*

même je pourrai Mais , pardon , Monseigneur , je vais vite

me préparer pour la fête. ( A part , en sortant.) Monseigneur a dit que je danserais^ quel bonheur ! Ne perdons pas un instant.

( Elle sort eu sautant de joie. )

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