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Les roses du laurier

Je le dédie, ami, frère de ma pensée, Ce livre tout baigné de songe et de rosée, Où, quand grondait Torageau souffle meurtrier. J'ai fait pieusement et sous mes doigts éclore, Devant l'autel des Dieux qu'on peut servir encore, Les nobles roses du Laurier.

Kvoques-tu parfois les temps d'heureuse ivresse Où Marseille, en chantant, berçait notre jeunesse Entre le double azur de la mer et des cieux, Alors que nous voguions sur la foi des étoiles Et que les goélands, envolés dans les voiles, Étaient la fête de nos yeux ?

La Chimère passait, se croyant immortelle, Pendant que le lilas, l'œillet et l'asphodèle

2 ROSES DU LADRIER

Constellaient à ses pieds les parvis de Tété : Hien ne m'eût empêché de les oiïrir en gerbe Aux puissants ouvriers qui cisellent le Verbe En divinisant la Beauté !

Je n'ai pu les donner qu'à la tombe où repose Un enfant de vingt ans dont la prunelle close A gardé le reflet de ton visage en pleurs Et qui s'est endormi sur le seuil de l'arène, A cet âge où le rêve a la blancheur sereine

D'un nid de ramiers dans les fleurs.

Te souviens-tu des jours vécus à tire d'aile Dans ton fier pays corse où le pâtre est fidèle Au serment des aïeux prêté sur les tombeaux, Quand nous allions tous deux, pèlerins de la nue, Visiter tout là-haut, sur quelque roche nue, Vos bandits terribles et beaux ?

Aux frontières des bois, sous la montagne en pente. Des genêts égayaient le sentier qui serpente, Bordaient le précipice ou riaient au flot clair : J'aurais pu les tresser en guirlandes légères. Avec l'or du soleil et l'argent des fougères Qui penchaient au vent de la mer.

Lorsque, sous d'autres cieux, nous gravissions ensemble Ces montagnes d'Embrun où le pied glisse et tremble, Où l'âme seule prend d'assaut le vaste azur, J'aurais pu couronner un Homère lui-même Avec une des fleurs qui font un diadème A leur sommet neigeux et pur.

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Des femmes étaient là, souriantes et belles, Dans la fraîcheur des pins qui valsaient autour d'elles, Sous les branches où flotte un mystère éternel : J'aurais pu, soucieux d'élargir mes trophées, Demander un bouquet à ce groupe de fées Qui pillaient les jardins du ciel.

J'ai préféré cueillir, tant pauvre soit ma sève, La rose épanouie au jardin de mon rêve. Loin des pics orgueilleux des splendeurs du glacier ; Et la voilà fêtant les gloires étoilées. Avec les papillons et les strophes ailées Qui voltigeaient sur mon rosier.

Les strophes, pour voler des journaux aux volumes, Ont à peine eu le temps de se lisser les plumes Et de régler à point leur inégal essor ; La brise, qui rôdait aux lisières des proses, A pris aux papillons, endormis sur les roses, Un peu de leur poussière d'or.

Mais le souffle est divin, puisqu'il exalte et grise ; Les vallons sont heureux quand avril improvise Le brin d'herbe, le nid ou l'églantier vermeil ; La marguerite naît dun baiser de l'aurore ; Et l'eau, même en coulant vite, reflète encore Tout le ciel et tout le soleil.

Elle reflète aussi, sous la rive chanteuse.

Dans le tremblement vert de l'orme ou de l'yeuse,

Les iris, le muguet, la pervenche des prés, L'anémone inclinée à demi sur sa tige Kl le myosotis où tressaille et voltige L'c\me des souvenirs sacrés.

Or je les ai noués à la gerbe commune Avec un bout du fil qui pend aux clairs de lune, Parce que j'ai voulu qu'au frais lever du jour, A côté des lauriers beaux d'un éclat d'histoire. Le mois de mai fleurît d'une innocente gloire L'amitié, le rêve et l'amour.

Chacune de ces fleurs est doucement éclose Pour célébrer quelqu'un ou fêter quelque chose, Dans un rayonnement de candeur et de foi. L'anémone sourit à l'illusion blanche ; Les rêves ont l'iris, l'amour a la pervenche. Le myosotis est pour toi.

Les larmes d'Hégésippe y ruisselaient en perles, Lorsque je le cueillis, au bruit d'ailes des merles, Dans le chemin natal bordé de coudriers; Fit je mourrais en paix, riche de ma folie. S'il immortalisait l'amitié qui nous lie

En se greffant sur les Lauriers.

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