‹ Les roses du laurierChapitre 38 sur 114 · LA VIE EN TROIS SONNETS · texte numérisé non relu

LA VIE EN TROIS SONNETS

Subir le froid, Texil, l'injustice, l'envie : Telle est l'atrocité qu'on appelle la vie ; Et cela vaut pourtant les pleurs que nous versons !

Ce qui vaut tout le prix de nos larmes humaines, C'est de croire et d'aimer en se sentant aimé. On raille la souffrance, on s'évade des peines, Tant qu'aux troublants désirs le cœur n'est pas fermé.

Si peu qu'on ait gardé dans son sang, dans ses veines, Le frisson d'un amour saintement proclamé. Le méchant dédaigné s'épuise en trames vaines, Et l'outrage n'est plus qu'un passant désarmé.

L'espérance survit à la jeunesse morte.

On a voulu la gloire, on a l'amour. Qu'importe

La forêt sans le nid, le laurier sans la fleur?

Nos baisers d'autrefois qu'un aveu fit éclore, Ecloront de nouveau, plus parfumés encore. Aux lèvres des enfants nés de notre douleur.

D'ailleurs, le souvenir est là, charmant et rose. Vieillir, c'est s'endormir : on rêve quand on dort. Toujours un ancien vers chante dans notre prose ; Toujours un vague avril se mêle à notre sort.

Qu'est la vie? un instant. Et Tliomme? peu de chose. Mais, quand on se souvient, on est grave, on est fort Un rien fait déborder l'urne qu'on croyait close ; Tout l'être ressuscite en allant vers la mort.

On tressaille, on revit dans l'idylle passée;

On est enfant et père, épouse et fiancée;

On pleure avec la source, on plane avec l'oiseau.

On voudrait dans ses bras tenir le ciel immense; Car même pour les vieux le printemps recommence. Et la tombe, après tout, n'est qu'un autre berceau.

Monlreîiil-sovs-Bois. juin 188."»

Li GRANDE VALSE

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A travers la terre et l'espace, Dans Tordu ciel, dans l'or des blés, C'est la grande valse qui passe, Tournant sur ses talons ailés.

Sans la valse errante et lascive, Vénus serait morte d'ennui ; Aussitôt qu'une étoile arrive, Un monde l'entraîne avec lui.

La nuit, en écartant ses voiles.

Sourit aux astres fiancés :

Blanches étoiles.

Valsez !

Autour des cailloux verts de mousse, Dans le tremblement des roseaux, La brise harmonieuse et douce Fait en valsant rire les eaux.

Quand elle tourne dans les plaines, Au ras des fleurs ou des gazons, Les âmes s'ouvrent, toutes pleines De mystérieuses chansons.

Les branches, lourdes de cerises, S'oflrent aux couples enlacés :

Petites brises, Valsez !

L'humble toit, les murailles nues Voient tous les ans, au mois de mai. Les hirondelles revenues Valser autour du nid aimé.

C'est la ronde des libellules Qui fait, au bord du flot changeant, Tournoyer dans les crépuscules Des reflets de pourpre et d'argent.

Les ramiers et les tourterelles S'envolent, doucement bercés :

Rapides ailes, Valsez !

Et tout valse aussi dans la vie, La jeunesse, l'amour vainqueur.

L'illusion vite ravie A la crédulité du cœur.

Ce sont elles, quand la fortune Nous a trompés dans tous nos vœux, Qui dansent par les clairs de lune Avec des fleurs dans les cheveux.

LA GRANDE VALSE i27

Les baisers morts, les souffles d'àmes Valsent sur les tombeaux brisés :

Ombres et flammes, Valsez !

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