LA LUNE ET LA MER
Une molle blancheur s'étend Sur l'immense flot palpitant, Soulevé comme un sein qui souffre ; Et cette goutte de ciel bleu Tient le milieu Du gouffre
Et c est l'image de nos jours Où les fugitives amours, Tout ce qui rayonne et qui passe, Songe doré, rêve chantant,
Tient au cœur tant *
De place.
«Et c'est peut-être aussi pourquoi Les flots s'en vont, hurlant d'effroi.
Le long de la sombre lagune, XJuand le vent chante, plus câlin Sous le ciel plein De lune !
Septembre 1888.
INTERROGATOmE
— Quand la nuit déroule ses voiles Dans le ciel vaste et frémissant, Que cherch^s-tu dans les étoiles,
Passant?
— Je rêve d'un pays étrange Où rhomme, volant au zénith,
Est comme un grand aigle qui change De nid.
— Quand au printemps saignent les roses, Les regardes-tu sans effroi ?
As-tu la tristesse des choses En toi ?
— Je demande aux tiges brisées, Frêle emblème de nos douleurs.
Où vont les sanglantes rosées
Des fleurs.