INTRODUCTION
Le rosier (rosa) est un genre de plantes à fleurs complètes de la famille des rosacées. Il comprend un grand nombre d’arbrisseaux exotiques ou indigènes, à tiges presque toujours armées d’aiguillons, qui produisent ces belles fleurs si remarquables par l'élégance de leurs formes et la suavité de leurs odeurs. Le rosier naît dans presque tous les climats. Les vallons, les coteaux, les montagnes, les bois, le présentent aux regards du naturaliste. Aux lieux où le rosier croît spontanément, la rose est simple
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2 TRAÏTÉ DU ROSIER.
comme la nature : transporté dans nos jardins, la culture multiplie ses pétales ; et son passage de l’état sauvage à cette espèce de civilisation , loin d’altérer sa beauté, ne fait que lui prêter de nouveaux charmes, en ajoutant à la variété de ses couleurs, à la diversité de ses formes, à l'intensité de ses odeurs.
Les roses qu'on appelle simples sont les seules qui puissent fixer l'attention des botanistes : quant aux doubles, qu'ils appellent des monstres , ils ne les considèrent que comme des anomalies peu propres à entrer dans un système de classification. On doit dire cependant que, depuis plusieurs années, le nombre des espèces ct des variétés semi-doubles, doubles ou pleines, a tellement augmenté, que beaucoup d’auteurs n’ont pas cru devoir les négliger, et qu'ils ont donné des descriptions en les rapportant, autant qu'ils l'ont pu, à leur type primitif.
C’est l'hybridité, phénomène remarquable, et qu'on n’a pas encore approfondi, qui a donné naissance à l'immense quantité de rosiers qu'on connaît maintenant. On appelle rose hybride , celle qui est produite par la fécondation artificielle et adultérine de deux rosiers différens. L'arbuste qui provient de ce croisement est assez souvent susceptible de se reproduire sous les mêmes formes par la semence, et c’est ainsi qu'il devient le type d’une espèce nouvelle. Ce mouvement continuel, que l’on observe plus où moins sur l’universalité des plantes, est particulièrement remarquable dans les individus du genre ose, lesquels sont évidemment doués, au plus haut degré, du don de la mutabilité. Qu'on ne pense pas que ces’alliances croisées n’ont lieu que dans nos jardins ou dans les grandes pépinières ; on les retrouve encore dans les bois et partout où cet arbuste croît naturellement. En effet, si l’on compare la courte nomenclature des rosiers sauvages du Plantarum historia de Lobel, publié en 1576, au grand nombre d'espèces et de variétés signalées par Tournefort, en 1700; par de La Bretonnerie, en 1793; par Rau, en 1816 ; par Leman, en 1818; enfin, par nous-même,
dans cet ouvrage, on pourra prendre une idée exacte de limmense quantité d'individus ajoutée par l’hybridité, par des
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circonstances atmosphériques, où par d’autres causes qui nous sont inconnues, à ceux qu’on cultivait autrefois : et, à cette occasion, nous renverrons à l'ouvrage de Bradley. On y verra qu’en 1724, la duchesse de Beaufort, qui avait rassemblé à grands frais, dans ses jardins, à Badminson, les végétaux de toutes les parties du monde, n’avait pu réunir que seize rosiers différens, qu’elle faisait cultiver avec un grand soin.
Il est encore d’autres hybrides que la culture, mais surtout les procédés de la greffe, ont ajoutés à ceux qu’on trouve dans la nature. N’a-t-on pas vu souvent que l’usage recu depuis quelques années, de fixer par la greffe sur un même sujet des espèces différentes, en rapport pour l’époque de la floraison, avait donné naissance à d’autres mulets végétaux; que même les semences que l’on obtient d’un seul rosier greffé sur églantier fournissent souvent des hybrides qui participent et du rosier greffé et du sujet qui a reçu la greffe ! ? Ce phénomène, sans doute, n’avait
* Depuis des siècles on sait que, par la greffe, on place en subsistance permanente un individu sur un autre, et rien de plus. Celui qu’on ente sur l’autre y vit par succion, et se développe à ses dépens sans que jamais les sèves de tous deux se confondent. Aussi dans un végétal greffé, les deux individus qui le composent n’offrent-ils jamais, sur l’une ou l’autre de leurs parties respectives, aucun indice de mélange entre elles, ni conséquemment d'hybridité.
Voilà ce que démontre constamment l’expérience, malgré les auteurs qui, en écrivant le contraire, font preuve qu’ils auraient mieux fait de s’instruire eux-mêmes que de copier des erreurs imaginées par des cultivateurs de cabinet.
Disons maintenant que si la greffe n’a pas plus d'influence pour former ou créer des hybrides que la terre elle-même, elle peut du moins, comme moyen secondaire, favoriser les causes naturelles ou artificielles qui peuvent seules leur donner l’existence.
Pour en citer un exemple, nous nous bornons à indiquer que, selon la vigueur d’an individu, on peut, par la greffe, lui en adjoindre un ou plusieurs autres qui différent avec celni-ci et encore entre eux. S'ils sont choisis avec discernement et conduits avec habileté , tous pourront fleurir ensemble : leurs fleurs , ainsi rapprochées, se féconderont plus facilement, soit d’ellesmêmes, soit par les secours de l’art, que si elles étaient à de plus grandes distances. Les graines qu’elles donneront en se croisant offriront un grand
k TRAITÉ DU ROSIER, point échappé à Linné, qui avait été amené à penser que peutêtre, dans l’origine, il n’avait existé qu’une seule espèce de rosier ‘, et il est vraisemblable que c’est en raison de ces trop fréquentes variations qu'il a inséré, à la suite de sa Monographie spécifique du genre Rosa , dans son Species plantarum , ces mots qui sont devenus un adage en botanique : Species rosarum difficillimé lémitibus, circumscribuntur, et forté natura vix eos posuit. De ces courtes notions sur les hybrides, il paraîtrait résulter que le nombre des espèces et des variétés du rosier peut toujours aller en croissant, et que la culture doit y ajouter encore. Dans le fait, si l’on considère, avec l’auteur de la Monographie du Rosier, dans le nouveau Duhamel, que les modifications produites par ces fécondations peuvent se combiner par deux, par trois ou davantage, on concevra aisément que leur nombre
nombre d’hybrides, mais seulement par cette cause du croisement, et non par le prétendu mélange des séves, puisqu'il n’a pas lieu.
C’est ainsi que la greffe peut concourir à la multiplication des naissances d’hybrides : c’est aussi dans ce sens que l’a entendu l’auteur, dont je ne fais qu’expliquer la pensée. Ce soin aurait été superflu, si tous les lecteurs savaient, comme moi, que ce n’est pas sur er avec des livres qu’il écrivait, mais bien sur les rosiers et roses qu'il cultivait avec zèle et non moins de succès. 15
* Bien sûrement le célèbre Linné n’a jamais pu vérifier toutes les vérités que son vaste génie a surprises à la nature.
Personne ne cultivait alors en grand le rosier comme aujourd’hui, que les amateurs de ce beau genre le sèment par arpens. Notre célèbre naturaliste n’a donc pu profiter de la longue expérience des autres pour éclairer et confirmer son jugement.
Parmi les cultivateurs de roses, il en est bon nombre, tant à Paris qu'ailleurs, dont les semis sont faits avec tous les soins et précautions qui peuvent en garantir les résultats, et conséquemment leur donner une autorité concluante.
L'expérience a déjà prouvé depuis long-temps, comme je l'ai écrit dans d’autres ouvrages , combien était profond ce sentiment de Linné, quant aux espèces de rosiers, puisque tous les cultivateurs éclairés savent aujourd’hui que dans la semence d’un même individu on obtient jusqu’à six et sept antres individus, caractérisés espèces pures et différentes par des botanistes d’un très grand mérite, E,
peut devenir incalculable , et que c’est dans ces faits qu'il faut
chercher la difficulté qu'on éprouve pour retrouver, par l’ana-
logie, un grand nombre d’espèces et de variétés ambiguës. Heureusement pour la science cette théorie n’est applicable qu’au rosier, et à un petit nombre de plantes susceptibles, comme lui, de varier à l’infini ; car il scrait désespérant de croire à la nonpermanence des espèces végétales , et « si elle était vraie, dit M. De Candolle, nous devrions nous conduire comme si elle était fausse. »
C'est ce grand nombre de formes et d’organes si différens entre eux, qu'on remarque dans les végétaux, qui ont donné naissance à la langue de la botanique. Nous la devons au génie de Linné, qui, par cette belle et utile conception, a remplacé avec tant d'avantages les longues périphrases qu'employaient les anciens pour la description des plantes. Tout portait à croire que ce grand homme lavait fixée pour toujours ; mais quand des découvertes nouvelles firent apercevoir des organes nouveaux, d’autres termes furent créés pour les rendre sensibles ; des mots inexacts furent réformés; des innovations indispensables furent introduites ; de sorte que, sous la plume de nos botanistes modernes, cette langue s’est encore enrichie d’autres termes, et semble aujourd’hui être arrivée au point de n'avoir plus besoin d’acquisitions nouvelles, au moins quant à la description des formes extérieures. À cet égard on citera long-temps, avec reconnaissance, les noms des Hedwig, des Necker, des Guertner, des Linck, et d’une multitude d'auteurs et de professeurs célèbres, dont les écrits attestent.les immenses travaux entrepris à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, pour l'avancement de la science des végétaux et le perfectionnement de la langue botanique.
C’est à ces sources que nous avons puisé pour former ce Vocasurarrs. Les lecteurs verront que les mots techniques dont nous avons fait usage appartiennent en grande partie à ces savans; qu'ils sont épars dans leurs ouvrages, et que cet écrit n’est qu'une imitation de travaux qui leur sont propres; de sorte
qu'il ne nous reste à peu près que le faible avantage d’avoir tenté de réunir en un corps de doctrine les termes de botanique applicables à la description du rosier, et répandus dans les meilleurs ouvrages.
Les botanistes ont porté leur attention, pour la description du rosier, sur les différentes formes qu’affectent les tiges, les aiguillons, les feuilles, les stipules , les bractées, les pédoncules, les pédicelles, les tubes des calices, les divisions du limbe, les poils, les glandes, les appareils de la fleur, les organes de la fécondation , les fruits et les semences. Nous passerons rapidement en revue les termes usités pour décrire ces divers organes; et, selon les circonstances , nous ajouterons à cet exposé quelques réflexions sur le sujet qui nous occupe.