POST-SCRIPTUM
f Ma chère enfant,
)» Voici la saison où tout Paris élégant va » prendre les eaux. Ma santé, ébranlée par un j) pénible accident, m'oblige à quitter la capi- » taie; je vais prendre les bains d'Asnières-sur- » Seine. Vous pouvez doncaccompagner M. Ana- > tôle, qui se rend à Bade, où il désire vous i> emmener.
» Je vous dirai comme dans la lithographie :
• Souvenirs et regrets.
> A vous,
» Feu Léon. »
Comme il allait se retirer, la porte s'ouvrit, et Laurence parut. Léonce lui mit la scène du gouverneur sous les yeux, lui baisa la main, prit son chapeau et marcha vers la porte.
— Attendez, dit Laurente. Elle ouvrit un petit buvard, et montra au jeune homme une lettre écrite en écriture d'écolier :
« Monsieur Anatole, » Je reçois vos adieux avec cordialité et je )) reste chez moi. Je n'ai pas de maladie de peau » pour avoir besoin d'aller prendre les eaux » de Bade. Vous m'avez plu un moment, parce » que vous vous appeliez Anatole, mais vous » n'avez pas tardé à me déplaire. Ainsi donc, » bonjour. Si je fais des fautes d'orthographe, » excusez-moi, je n'ai pas teté la grammaire.
> Votre servante,
> Aline. >
— lih bien! fit Léon en rendant la lettre d'Aline à Laurence, qu'est-ce que ça prouve?
— Comment, vous ne comprenez pas qu'Aline, en trouvant chez elle la lettre de M. Anatole, est venue me la montrer, et qu'elle l'a oubliée chez moi, ainsi que la réponse qu'elle lui faisait et que je lui ai fait écrire plus convenable?
— Elle était courte, mais bonne, dit Léon. Alors, ajouta-t-il, ce n'était donc pas moi qui...
— Oh! moi, répondit Laurence, je n'aimerai jamais un homme qui s'appellerait Anatole. S'il s'appelait Georges, je ne dis pas.
— Ah! oui, fit Léon, à cause de lord Byron. Alors, vous me préviendrez si cel se trouve.
— Oh! oui, dit-elle avec un grand élan de franchise, c'est trop ennuyeux de tromper les gens. Aline avait l'air de marcher avec des cail-
loux dans sa chaussure. Au moins, vous serez discret avec Théodore? ajouta Laurence, qui allumait à la bougie la page révélatrice.
Quinze jours après, Théodore et Lîon assistaient, en compagnie des deu^ modistes, à la première représentation de leur pièce, qui réussit parfaitement.
— C'est égal, murmurait Théodore, je regrette qu'on ait coupé la scène du gouverneur.
— Si tu la retrouvais, tu ne la trouverais pas bonne, dit Léon. Et se retournant vers Laurence, qui s'incUnait légèrement pour répondre au salut que ven^ de lui adresser un jeune homme :
— Qui saluez-vous là, ma chère? lui demanda-t-il.
— Un de mes voisins du magasin.
— Il s>pelle?
— Georges,
PERSONNAGES s
Olivier.
Melchior.
H. MORIN
Urbain.
Maria.