ACTE PREMIER
vais de province en province, de cliàteau en chaumière, et partout j'ai trouvé du dévouement et de la fidélité.
LOUIS
Et du danger.
MADAME
Oh ! cela, c'était l'agrément du voyage !
BERRYER
Mais n'avez-vous pas couru risque de la vie ?
MADAME
Ah ! avant-hier, au gué de la Moine? Oui. J'ai failli me noyer, et sans M. de Kerléan, qui m'a repêchée, je faisais pendant au duc de Glarence. Seulement, moi, c'eût été avec de l'eau.
LE COMTE
Et hier soir, en arrivant à la lande de Rémouillé, Madame est tombée dans une embuscade, et il a fallu faire le coup de feu...
MADAME
N'ai-je pas fait bonne contenance sous les balles? Vous le voyez, monsieur Berryer... l'eau... le feu... Rien ne m'a manqué.
YAN
Même la gaîté... Madame, en arrivant ici, était riante et joyeuse, comme en courant à une fête...
MADAME
C'est que je savais, monsieur Tréadec, qu'en entrant dans votre maison, j'entrais chez un de mes plus fidèles. (Elle va à Hélène.) Et puis, sur le seuil, je trouvais ce joli visage pour m'accueillir et il m'a semblé dans ses beaux yeux et dans son doux sourire voir rayonner l'espérance.
Y AN, cm 11.
Merci, Madame... Les paroles que Votre Altesse prononce me touchent profondément, car avec ma foi en Dieu et mon dévouement au roi, ma tendresse pour ma femme est ce que j'ai de plus précieux, dans le cœur.
MADAME
Vous entendez, monsieur Berryer? Voilà les sentiments qu'on m'exprime, les paroles que j'entends depuisque j'ai quitté le pont du « Carlo-Alberto «.Sur cette riante terre de France, il semble que les pensées raffinées et les nobles propos naissent d'euxmêmes. Comment pourrait-on s'étonner que j'y sois venue, puisqu'on m'y reçoit avec tant d'empressement, et comment ne pas comprendre que j'y reste, puisqu'on m'y garde avec tant de courage?
BERRYER
Votre Altesse Royale suscite tous les héroïsmes par sa vaillance et assure tous les dévouements par sa bonne grâce.
MADAME
Mais non, je vous assure. Je n'y suis pour rien. C'est incroyable ! Depuis trois semaines, ma vie d'aventures est ce qu'il y a de plus charmant. C'est un vrai roman.
BERKYER, souriant.
On l'a dit à Paris que Votre Altesse voyait la Vendée à travers Walter-Scott et que Madame était une nouvelle Diana Vernon...
MADAME, gaîment.
Il y du vrai là-dedans ! Et tous ceux qui m'entourent, prêtent à l'illusion. N'est-ce pas un héros de roman que le comte de Kerléan qui vit, depuis deux ans, dans