SCÈNE II Les Mêmes. YAN
YAN, grave.
Madame, je ne voudrais pas me permettre de gêner Votre Altesse dans ses divertissements, mais je dois cependant l'informer qu'on entend les voix et la musique;, de la grande route...
MADAME
Eh bien I Monsieur Tréadec, je ne vois pas que cela ait des airs de conspiration et s'il passe des Rouges par là...
YAN
11 n'en passe pas, Madame, tous les abords du château sont fortement occupés... Mais il y a là, tout autour, dans la nuit, des gens qui veillent en armes, prêts à combattre et à mourir, et qui trouvent peut-être qu'on chante et que l'on danse beaucoup
Mouvement do tous.
Yan!
MADAME
Laissez-le dire. Il a raison. J'aime sa franchise. Ah! voyez -vous. Monsieur Tréadec, c'est ce qu'on me reprochera toujours : je suis un peu légère, un peu
76 LES ROUGES ET LES liLANCS
frivole et je crois bien que, même au milieu du danger, il serait impossiLle de m'empùcher de rire. Prenez-moi donc comme je suis, mes braves, mes fidèles, et ne m'en veuillez pas^ si je mêle une note de gaîté à votre sérieux... Mon Dieu, comme j'attaclierais, au moment du combat, un petit bouquet de fleurs aux cocardes de vos grands chapeaux. Vous me trouverez grave, quand ce sera utile, et résolue jusqu'à la mort, s'il le faut. Et encore, à ce momentlà, quand tout sera décidé, et qu'il n'y aura plus qu'à montrer qu'on est d'une bonne race, eh bien I je ne jure pas que je ne trouverai pas encore moyen d'avoir un petit sourire, même s'il n'y a plus que le bon Dieu pour me le reprocher.
BERHYER.
Ah ! Madame ! Gomment ne pas vous admirer I Vous avez un cœur de héros !
MADAME
Alors, dites comme les Hongrois à mon aïeule Marie-Tliérèse : « Mourons, pour notre roi Marie- Caroline, n
LE COMTE
Madame, il y en a beaucoup qui le diront. Mais j'en connais quelques-uns qui sont prêts à le faire !..
Bévanho et Louis s avancent.
Merci. Que veniez- vous nous annoncer, Monsieur Tréadec ?
YAN
L'arrivée, à nos grands gai'des, des chefs que Votre Altesse attend...
MADAME
Faites-les venir, je vous prie- Deutz, tenez-vous