‹ Les Rouges et les bleus devant le pays [microforme]Chapitre 41 sur 49 · L. À. JETTÉ · texte numérisé non relu

L. À. JETTÉ

Que fait le gouvernement ? Au heu de retenir le terrain et d'y faire passer immédiatement les arbitres pour en établir la valeur actuelle, comme le gouvernement “onservateur avait fait pour le canal Welland, il donne l'ordre à son ingénieur, M. Sippell, de metire les spéculateurs au courant de tous les plans du gouvernement, {’était les autoriser à demander plus cher au gouvernement en proüitant de ces informations pour ins:

pirer au public une plus haute idée de la valeur de ces terrains.

Voici cet ordre :

Ottawa, 30 Sept. 1874.

!. G. SIPPEL, Montréal,

MM. Quinn et Cie. proposent de vendre un terrain situé sur la rive Nord-Ouest Canal, dopuis le ch-min de la Côte St.

Paul jusqu'aux limites de la ville, terrain 1ppartenant autrefois à Stevens, Evans et Wilson. Aura-t-on besoin de quelqne partie de ce ter'ain, si l’on se décide à olargir le Canal? Si oui, combien nous en faudru-t-il ? Indiquez cela sur votre plan et montrez-le à Quinn et Cie.

(Signé,) T. Braun, Secri.

La première lettre de MM. Lafamme et autres était en date du 7 septembre.

Comment se fait-il que le département dise à Sippell que c’est Quinn k cie qui vendent un terrain, quand c'est Laflamme et Cie qui loffrent et que le nom de M. Quinn n’apparaît nulle part dans la lettre du 17 septembre ?. Le gouvernement était donc dans les secrets de l’organisation. Il avait, voyez-vous, peur de se compromettre gn livrant au télégraphe les noms de MM. Laflamme et Jetté, c’est-à-dire, en

donnant ordre à un officier de commettre une indiscrétion au bénéfice de deux membres du Parlement qui voulaient vendre et qui, en connaissant les plans du gouvernement, devaient se trouver dans la position de demander un gros prix.

Cette seule substitution du nom de Quinn à ceux de MM. Laflamme et Jetté est de la part du gouvernement un aveu de culpabilité.

Mais la plus grande preuve de culpabilité repose dans le fait que le gouvernenent connai-sait tous les secrets de l’organisation en abritant l'affaire, aux moments difficiles, sous des noms d'hommes étrangers à la politique.

Ier l'intrigue se compliqne.

Nous retrouvons MM. Laflamme et Jetté tantôt dans le bureau de M. Sippell, à Montréal, tantôt dans le bureau de M. Page, à Ottawa, EN COMPAGNIE DE M. MacKENzIE en quête d'informations INDUES.

Nous avons dit informations 1N- DUES.

En voici la preuve. . M. Trudeau, le député-Ministre des Travaux Publics, dit dans sa déposition dans la cause Jetté-MeNaugh

{on :

Le ‘‘ délail ” de la nouvelle coupe est introduil sur des plans qui se trouvent au Bureau des Travaux Publics. Le public n'a pas le droit de voir ces plans Un m:mbre du PARLEMENT N’A PAS PLUS QU'EN AUTRE CE DROIT.

Ces Messieurs avaient voulu faire commettre d’abord une indiscrétion à M. Sippell.

Voici ce qu’il dit :

Je crois avoir vu quelques-uns des demandeurs à mon bureau au mois de septembre ou d'octobre dernier. Ils prenaient des informations au sujet des plans.

Je leur ai dit que l’on n'avail encore pris aucune décision au sujet de ces plans ; qu'ils élaien' à Ollawa. Je crois qu ces demandeurs étaient MM. Jeilté, Laflamme el Béique. Ils voul int avoir des délails au stijel de la nouvelle coupe.

Pa

C’est alors que M. Sippell reçoit! re extraordinaire le gouverned'Ottawa l’ordre cité plus haut de | ment va, par ses plans, augmenter montrer à ces Messieurs ce que le|la vaieur de la propriété. Allez, public, pas méme les membres du :servez-vous en ; faites de la propa Parlement n'ont le droit de voir. |gande ; excitez la spéculation ;

Mais, par malheur, M. Sippell créez la fièvre, et afin que votre estobligé de s’absenter. Il ne recoit | tentative réussise, voici la parole pas cette dépêche et les spécula- | écrite du gouvernement. Nous teurs sont toujours dans l'incerti- | n'achèterons pas maintenant, par tude. C'est alors qu'ils décident | ce que nous serions forcés de ne de faire un pélérinage vers le | vous donner que 8 centins, le prix grand Manitou, la source, delque vous avez payé. Faites pro toutes grâces et de tous bienfaits. |fiter les petile s informations que

Seul, M. Jetté n'aurait rien pu|je vous donne, et lorsque vous au obtenir de M. Page, car M. Tru-lrez justifié 30 ou 40 centins, alors deau, le député ministre, nous ap-|Je vous exproprierai.” prend que pas même les membres C'est presque incroyable, tant le du Parlement ont le droit de voir| Coup est audacieusement monté : ces plans. Mais M. Page nous ap- mais les documents sont là: nous prend dans sa déposition comment continuons à citer. MM. Jetté et il s’y est pris : Laflamme se sont montrés à Ottawa

J'ai vu M. Jetté à mon bureau. Jelle 7 octobre. Leur lettre du 17 pense que c'est en octobre 1874 que M. | septembre n'avait pas eu encore de MicKenzie esl venu chez moi el m'a déclaré | réponse. Or, c’est précisément le À tté dans mon dureeu a M da préen | Cciobre, comme résultat de leur la un plan semblable au p'an , el di entrevue, que le gouvernement qu'il élait propriélaire avec d'autres, du leur répond : terrain indiqué sur le plan, et que si le gouvernement avail besoin d'une partie de ce terrain, ils ne vendraient pas celle par- (ie.

M. Jetté qui veut y aller à coup sr, force M. MacKenzie à lui faire écrire une lettre constatant les vues du gouvernement. Il ne lui suffisait pas d’avoir vu. Le public n'aurait pas pris sa parole et n’aurait pas enchéri sur les lots ou sans un écrit officiel les hauts prix mis par les compères n'auraient pas eu l'ombre de la vraisemblance.

C'est M. MacKenzie lui-même qui nous l’apprend dans sa déposition. Il dit :

Après avoir entendu M. Pagé M. Jeilé suggéra qu'il mit cela par écril.

Ainsi au lieu de rétenir d'avance | N'y a-t-il pas quelque chose de

| Ottawa, 7 Oct. 1874 Monsieur, .

Relativement à cette partie de votre lettre du 17, signé par vous-même et autres, offrarf DE VENDRE au gouvernement une lisit.: de terre pour l'usage d'un nouveau canal projeté entre le pont du Grand Tronc et Île chemin de la Côte St.

Paul, j'ai reçu l’onDRE de vous informer que l'Ingénieur-en-chef, auquel l'affaire a êté référée, rapporte qu’un espace de 225 à 250 pieds de large sera requis pour cette fin à l'endroit mentionné. Je saisis cette occasion pour vous dire que les autres sujets mentionné dans votre lettre (concession de pouvoir d’eau) sont encore sous considératien.

Votre abissant serv.

F. Braun, Secri L. A. JeTtTÉé, Ece., | Montréal.

en réserve ces terrains, M. Mac- | monstrieux daus le fait que M. Kenzie se contente de dire à M.| Jetté Stait alors à Ottawa ; que ce

Jetté : ‘“ Voici de quelle maniè-|n’est pas l'habitude de communi,

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son de trompe. lesuccès de la vente.

On lisait dans le Herald du 1?

octobre :

(Rappor! Cominereial, 1? Oclobre.) ‘ VENTE DE TERRAINS. ”

La Yente de terrains situés sur le Canal Lachine et appartenant à J. L Cassidy, L. A. Jetté, R, Laflamme, T. Arpin et autres, a eu lieu samedi, le 10 courant, comme on l'avait annoncé. Le résultat de cette vente a dépassé les prévisions des vendeurs eux-mêmes, et nous sommes heureux de leur offrir, ainsi qu’à M. Barsalou, l’encanteur, nos félicitations sur le magnifique succès qu'ils viennent de remporter, Cette vente est une des plns considérables qui se soit faite dans la Puissance. Les prix obtenus ne sont pas audessus de ia valeur des terrains, et comme les kommes les plus expérimentés sont les principaux acheteurs, on peut annoncer une hausse sur les propriétés se trouvant sur les bords du Canal.

Parmi les principaux acheteurs on compte : MM. Hudon, McNaughton et Hogan. Ce succès montre l'expérience des personnes intéressées dans cette vente et il parle hautement en faveur de l'encanteur qui a su si bien gagner la confiance des acheteurs, sans avoir recours aux cæagéralions dont on abuse parfois en semblables cireconslances.

L'an dernier M Barsalou vendit une partie de la ‘erme Forsyth, pour le compte de MM. Jetté, Molson, Desmarteau et autres, et réalisa $210,900. Cette année, il a fait mieux encore, car il a pu vendre pour $4198,693.35 la moitié d’une propriété

quer par écrit entre personnes présentes et qu'il y avait préméditation et connivence dans la rédacsion de cette lettre qui, montrée à Montréal, devait comme elle l'a fait, faire monter d'avance les prix des terrains.

Mais dira-t-or, cette information de M. Page a peut-être été donnée à l'insu de M. McKenzie. Impossible de recourir à ce subterfuge, car il existe un autre document qui comolète la preuve. C'est une autre lettre purtant la même date, le 7 Octobre et qui compiète le commencement d'informations données dans le témoignage de M.

MacKenzie :

Ottawa 7 Octcbre, 1874.

Au Secrétaire des Travaux Publics, Monsieur,

En cé qui concerne une demande fuite PAR L'HON. MINISTRE, relativement à l'étendue du terrain dont on aura besoin en. bas de la Côte St. Paul pour l'élargissement projeté du Canal L&chine, je puis déclarer que depuis le pont du chemin de fer du Grand-Tronc jusqu’à la côte St.

Paul, il nous faudra acheter une langue de terre d’au moins 225 à 250 pieds de largeur, au delà des limites nord actuelles de la propriété pubiique, pour la nouvelle ligne projetée du. Canal, ses rives, etc. |

J'ai l'honneur d’être,

pe CR RE 7 RE PR OR

Monsieur, . payée quelques mois auparavant $240,000. VOS: 0PS RUE BOPURQNr, | Or, M. Béique déclare dans son Jonx Face, témoignage :

LG. dus"? P C’est M. Jetté et moi qui avons rédigé

Armés de ces promesses officiel. | les entreñlels qui ont élé publiés dans le

les MM. Jetté et Laflamme s’en re. | Pérald au sujet de la vente des terrains du viennent à Montréal à temps pour | 42%. ;

annoncer le matin même de la ven- |, Après avoir organisé eux-mêmes

te, c'est-à-dire le 10 octobre, la glo- les puffers, ces messieurs venaient rieuse nouvelle. déclarer sclennellement ps n'y

y en avait pas eu. Quoiqu'il en soif,

; , M. Page, l'ingénieur en chef, s’é-

LA FOURBERIE ECLATE. meut du coût'des terrains. Il vient

: Mais, hélas! L’intrigue est si | à Montréal et il télégraphie au dé-

puissamment montée que le résul- | Partement : tatde la vente commence à effrayer | | & aux Montréal, 15 Oct. 1874. ie gouvernement. Ces messieurs "Sec. M. T. P. Ottawa.

s'étaient empressés de publier à| Les propriétaires de terrains ont telle-

= Ur

ment fail monter le prix de la p'opriélé, | ligne. Il est important que cette affaire que le droit de passage seul épuiserait | soit expédiée dans le plus court délai.

tout le montant affect: à l'élargissement.

[1 faut renoncer au nouveau canal, de vais tâcher de ‘rouver un nouveau plan.

JouN PAGE,

C'était un rude soufflet pour les

spéculateurs ; maisen voilà bien,

d’autres.

J'ai l'honneur d’être, Monsieur, Voire Obéissant Serviteur, (Signé,) F. BRAUN, Secrétaire, J. G. SnpPeLt, ECR., B 1reau du Canal Lachine, Montréal,

M. Sippell agiten conséquence.

H ï e , Até L ? 1 1 2 + Q .

Tiraillé d’un côté par l'opinion | [] répond ce qui suit quelques jours pue qui avait commencé à | après au gouvernement :

jeter les hauts cris sur cette spé.

culation, et de l’autre par les job.

bers qui voulaient vendre, le gouvernement se décide à demander leurs prix. En conséquence, il envoie l’ordre suivant à son ingénieur M Sippell :

(Copie No. 27,616.

Ottawa, 3 Novembre 1874.

Mons'eur,

Comme on se propose de procéder aussitôt que les circonstances le permettront aux travaux relatifs à l'augmentation de la capacité du canal Lachine, :1 est désirable qu’une iaformation additionnelle soit fouraie de manière à déterminer la auestion, savoir : s’il serait mieux, dans l'intérêt public, d'élargir entièrement la présente ligne, ou seulement en partie, et de confectionner un canal tout nouveau

dans la partie supérieure de la route.

Pour tâcher d'arriver à une décision sur cétte matière, le ministre m'a conseillé

de vous dire qu’en recevant cette lettre, |

vous veus aboucherez avec les principaux propriétaires de terrains par où la nouvelle ligne proposée passerait, et de vous assurer par eux personnellement du prix qu'ils seront disposés à demander pour le terrain requis à cette fin.

Il est désirable que vous voyiez les propriétaires des t‘rrains depuis le pant du Grand-Tronc en haut; et dans chaque cas, informez-les de l’objet de votre visit, dites la quantité probable de terrain qui serait requis dans le cas où une nouvelle ligne serait adoptée, et prenez un mémoire du prix qu'ils s’attenéent de recevoir.

Après avoir fuit cela, il est désirable que veus fassiez rapport des informations réunies en détail, et faites un plan approximatif de ce qui serait nécessaire pour la

{ BUREAU DU CANAL, À Montréal, Novembre 1874.

Monsieur,

Relativement à votre lettre du 3 novembre, etc., je prends la liberté de vous dire que j'ai vu les différents propriétaires de terrains ef leur ai expliqué le but de ma visil”, &c..…….

Le errain requis entre le poni du Grand Tronc et la Côte St. Paul est possédé par MM. Laflamme, Jetlé el autres, qui paraissent tout-à-fait disposés à vendre le droit de passage pour le nouveau canal aux prix qu'ils ont vendu certaines portions Ge leur prontiété, savoir :

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