UN APPEL DE M. HENRI BOURASSA
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Un appel de Monsieur Henri Bourassa
Se trouve-t-il, parmi les lecteurs du Deroir, quelques z'idux rouges, sincères et honnètes quoique ronmistéricis ? C'est à ceux-là que je m'adresse.
Se souviennent-ils de nos belles ltts d'antan, de nos honnetes fureurs contre ce que nous appelions le cynisme et la corruption du gouvernement conservateur, ‘le 1891 à 1896?
Se rappellent-ils, entre autres, notre indignation lorsque le ministère écourta l'acte d'accusation porté par M. Edgar contre sir Adolphe Caron?
Avec quelle ardeur nous applaudissions aux accents indignés de M. Laurier, aux sarcasmes sangiants de sir Richard Cartwright! J'entends encore les tirades furibondes et pesantes de 3rodeür, malappris et maladroit comme aujourd'hui, ma. encore maigre, pauvre et vertueux.
S-ns doute dans son âme sonmneillait le petit animal qui, avec l'âge et la provende, a transformé graduellement l'étudiant famélique et anarchiste en jeune avocat pauvre et radical, puis le député libéra! mais “sérieux” en ministre cossu, bedonnant, impérialiste, mais toujours et surtout gaffeur.
Il n'y paraissait rien alors. I! professait une haine non
déguisée pour les Roumanoff, les sténographes officiels et les ministres prévaricateurs — et pour cause: les Roumanoff bles-
saient ses princires, les stérographes officiel: rognaient ses émoluments et les ministres ne lui avaient pas encore donné leur pluce. à
Et Rodolphe, le bon gros Rodolphe — celui de l'Indépen-
ë. dance et de Ja morx de Charles 1er — secouait-il assez vigoureu-
sement su erinière de lion de comédie, de Mirab siu-moutard! Le barbier du général Okun ne lui avai: pas encor: fait sa tête de plénipotentiaire ! : :
Que” ; provocations vengeresses; quels trémblor énus: Tr: tarin et Roumestan combinés et doublés ! Oui boim Dieu? 3 avait ” ntibles muscles”.;:.1ans la voix!
Mais paix aux morts |
Que ceux-là; placés, repus, tentés, soïfn's et décorés. rava lent le passé et pratiquent pour leur SON, £I0NP CS Qu 'is ofit.d6noncé comme “erime” ct “‘turpitude” desbleus, je le compren..s : c'est, en somme, l'histoire de tous les partis qui cullent au pouvoir, de tous les gouvernements en putréfac. on.
Maïs qu'en pensent ceux dent l'âme et la bourse sont restées à fl'hbri des sé-luctions, Aont aucun bandeau ne voile les yeux, aucun tampon ne bouche l'entendement L
J'en rencontre parfois, de ces draves gens, rouges par habitiide, mais honnètes par nature, qui professent, sans trcp savoir pourquoi, la haine du bien. Aucun intérêt sordide ne les attache au pouvoir, mais ils ne peuvent se résigner à croire à la turpitude 'e leurs chefs. . De bons vieux Orgon, quoi è
D'autres, .noins aveugles, se font une consolation, “Mais, cisent-ils, les bleus étaient pires. Rappelez-vous l'histoire du pont Curran, l'enquête, MeGreevy, ets” : :
C'est précisément à ceux-[à que j'eri appelle Aujourd'h.
Pensent-ils que la vé:ité sur ces :“andales serait sortie du puisard si le pouvérnement conservatetr avait torturé la preuve comme le très vertueux M Laurier et te très M: Brodene mar: pulent et cireonserivent les encuêtes sur leurs. agissements on ceux de leurs compères — quan. il$ ne de refasent pas à toute investigation. :
Dans l'enquête du pont Curran, par une commission royale, la preuve fut aussi latge que possible. Ge.
Dans l'enquête MeGreevy, le ministre de Ja justice mit un
__avocat éminent à la disposition de-M: Parte;tavec ‘nstruction de faire connaître da vérité, J'ai en \ndt, plus d'une tois, M. Geot-
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nommé non pas à cause de sa compétence légale, mais par suite des services politiques qu'il a rendus,
Et l'accusateur irait en prison, Et une foule d'honnètes gens, vnlés, t-ompés et moqués, mais !e dos arrondi par ce régime de péculat, d'hypocrisie et d'intimidation, applaudiraient à ja sentence. “Pourquoi, diraient-ïls, affaiblir l'autorite et salir nos “gloires” nationales ?
SO * * Pure comédie!
Le World a spécifié l'accusation, tout en la transformant. Ïl a plus ou moins rattaché ces dépôts de $50,000 et $19,000 faits au compte de M. Oliver, à une faveur obtenue du gouvenement Par la compagnie de chemi: de fer Canadian Northern, sur la recommandation du ministre de l'Intérieur.
M Laurier à sauté M-dessus avec plus de justesse que de dignité. Ça lui arrive souvent, sur s. . sux jours.
11 fait circonscrire le champ de la preuve à la recherche d'un lien direct entre la faveur accordée à Mackenzie et Mann et l'argent reçu par M. Oliver. C'est grotesque.
M. Laurier en est-il arrivé à ce degré de mépris our le sens commun de ses “chers compatriotes” de toutes les provinces? Croit-il que dix hommes sensés penseront un instant que si ces deniers proviennent du Camadian. Northern, la compagnie a fait un chèque de $65,000 à l'ordre de M. Olivier : ou que M. Mackenzie, où M. Mann ou l’un quelconque de leurs employés sont allés porter les denier. à M. Oliver ou à son banquier, et que le montant figure dans le: livres de la compagnie sous lo rubrique: “à M. Frank Oliver, ministre de l'Intérieur, e. paie ment de l'arrêté ministériel du 8 mai 1907"?
On sait comment s'opèrent ces échanges de bons procédés entre récipiendaires de faveurs ministérielles et percepteurs de pots-de-vin et de fonds électoraux.
Du reste, ce qu'il importe de connaître, ce n’est pas seulement de savoir d'où provient cet argent, mais aussi de connaître l’usage qu’en a fait l’heureux donataire.
M. Laurier et M. Oliver lui-même ont joté la comédie de l'indignation vertueu.e, hier. C'est usé.
En justice pour son ministre de l'Intérieur, M. Laurier aurait dà accorder l'enquête complète et sans restrcition.
M. Oliver a toujours joui d’une réputation intacte, Si cette
affaire n'est pas de nature à entaches sa bonne renommée, il n'a rien à perdre à faire connaître toute la vérité, Si le ministère s'y refuse, les soupçons grandiront,
H s'agit probablement de “ouscriptions électorales. Le par-
lement et le pays ont le droit d'en connaitre la provenañice et l'emploi.
Dans les scandal.s Mebreery, dans l'affaire du Pont Curran, dans les accusations de M. Edgar, personne n'a soupçonné l'intégrité personnelle de sir Hector Langevin où ile de sir Adolphe Caron. Æt cependant, le parti libéral a exigé la lumière : et le gouvernement conservateur l'a faite dans les deux premiers cas. Il l'a refusée dans le troisième —- ‘’affaire FEdgar-Caron.
De tous les exemples du parti conservateur, M. Laurier choisit le pire et s'en glorifie.
Qu'il prenne garde: l'histoire tcute entière se répètera, la fin comme l'origine, ....,..,,,.
(Ariic € publié dans Le Devoir)